«Gaston MONNERVILLE, républicain, humaniste et président du Sénat» par Amadou Bal BA

«J’ai toujours eu un goût profond de l’égalité, la recherche de l’égalité entre les hommes est une réaction naturelle chez les êtres humains. Elle l’est encore plus chez celui qui fait partie d’une minorité ou dont les ascendants ont été traités comme tels, c’est-à-dire ont été victimes de l’injustice d’autres hommes. Sentiment compréhensif et instinctif d’ailleurs chez le sang mêlé que je suis» dit Gaston MONNERVILLE. Gaston MONNERVILLE est un métis né d’une mère noire et d’un père blanc. «Nous n’oublions pas que seulement en 1789, et surtout 1848, que les vrais libéraux de France ont pensé à hausser les populations de couleur à hauteur d’homme» dit-il. Sa vie est donc un témoignage indubitable pour le Bien-vivre ensemble et le multiculturalisme. Gaston MONNERVILLE aura, selon les termes de l’un ses biographes, le professeur BRUNET, «un destin d’exception». Avocat à Toulouse et à Paris, député de la Guyane de 1932 à 1940, vice-président du Conseil de la République entre 1946 et 1947, sénateur du Lot entre 1946 et 1974, président du Conseil de la République de 1947 à 1958, président du Sénat de 1958 à 1968, président du Sénat de la Communauté de 1959 à 1960, conseiller général du Lot de 1949 à 1970, maire de Cayenne de 1935 à 1940, maire de Saint-Céré (Lot) de 1964 à 1971, Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies de 1937 à 1938, et membre du Conseil Constitutionnel de 1974 à 1983. Sa nomination en qualité de sous-secrétaire d’Etat aux colonies «en dehors même qu’elle consacre la valeur de l’homme, et qu’elle magnifie celui qui en est l’objet, est l’illustration de la politique démocratique (coloniale) de notre pays, en vertu de laquelle tous les fils de la France totale sont placés sur un même pied d’égalité. La France républicaine affirme ainsi, à la face du monde, qu’elle rejette avec dédain et horreur cette dégradante conception raciste  qui fait reculer l’humanité de plusieurs siècles» dit le capitaine Gabriel BUREAU, Secrétaire général de l’UGAC, un orateur au banquet à Paris du 12 octobre 1937. La IIIème République est une période de paradoxe éthique, politique et sociale. La colonisation, une forme de hiérarchisation des civilisations est triomphante. Pourtant, une élite noire est entrain de se constituer, sans équivalent, ce début du XXIème siècle. Gaston MONNERVILLE est un bel «exemple d’intégration républicaine», suivant une expression du professeur BRUNET. Gaston MONNERVILLE c’est une carrière politique longue, riche et exceptionnellement éblouissante. C’est près de 41 ans de présence sur la scène parlementaire (1932-1973), si l’on ne tient pas compte de la parenthèse de la seconde guerre mondiale, à quoi il faut ajouter les neuf années passées au Conseil Constitutionnel (1974-1983).

Le philosophe Luc FERRY a soulevé cette question importante, dans son ouvrage paru chez Grasset en 1997 : «Qu’est qu’une vie réussie ?». En d’autres termes, comment trouver du sens à notre existence ? Gaston MONNERVILLE a eu une vie bien remplie, non pas à cause de ses hautes fonctions, de sa réussite sociale, mais parce qu’il a assumé les devoirs de sa charge avec compétence, humanité et intégrité. On peut dire que Gaston MONNERVILLE a mené sa vie en harmonie avec l’ordre spirituel de l’humanité. Il s’est fixé un idéal supérieur qui se résume en Singularité, Intensité et Amour, et auquel il n’a pas dévié.

En effet, Gaston MONNERVILLE représente, pour nous tous, un modèle d’ascension sociale et de vie exemplaire. Il a décrit les ressorts internes, sa motivation à s’en sortir : «Les garçons et les filles des nouvelles générations avaient à coeur […] de sortir de l’analphabétisme et de l’obscurantisme de naguère. Volonté de surgir de l’ignorance, fierté de démontrer qu’ils étaient les égaux des autres, devoir de se créer une situation sociale, tout les poussait à l’effort. D’où une grande effervescence dans les esprits, une soif irrésistible d’apprendre, une sorte de boulimie du savoir. L’un des objectifs les plus visés fut d’entrer dans le corps enseignant. Ambition qui, aujourd’hui, peut paraître modeste; mais dont la réalisation, en ces temps d’initiation à la vie civique, était aussi pleine de difficultés que de noblesse» dit-il. Dans cette ascension sociale, Gaston MONNERVILLE évoque l’importance de la culture générale, et en particulier de la lecture, notamment dans trois domaines : l’histoire et la littérature de l’Antiquité, la littérature française du XVIIème et du XVIIIème siècle, la littérature romantique. À quoi il faut ajouter le théâtre, l’opéra et la nécessité de s’approprier sa propre culture.

Au seuil du XXIème siècle, la France est gouvernée, maintenant, par des élites, des énarques qui redoutent toute mixité sociale. L’ascenseur social est donc en panne. Il est curieux de constater que les IIIème et IVème Républiques avaient accordé une place importante à la mixité sociale. Les enfants de classe modeste pouvaient espérer se situer en «haut de l’affiche», suivant une expression de Charles AZNAVOUR. Ainsi, Félix EBOUE (1884-1944), administrateur colonial en chef, résistant et humaniste, originaire également de Guyane, a été gouverneur général du Tchad et de l’Afrique Equatoriale Française. Aujourd’hui, très peu de Noirs, en dépit de savantes études dans les grandes écoles, occupent des postes à hautes responsabilités dans les administrations françaises qu’elles soient d’Etat, hospitalières ou territoriales. Sur le plan de la sphère politique, Blaise DIAGNE (1872-1934), Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) et Félix HOUPHOUET-BOIGNY (1905-1993), ont bien été nommés Ministres, pendant la colonisation, il faut le préciser.

Nourri des vertus humanistes et républicaines transmises par l'école laïque, achèvera ses études par une double licence de lettres et de droit, suivie d'un doctorat en Droit.  Gaston MONNERVILLE choisit de devenir avocat. Inscrit au barreau de Toulouse à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, il ne tarde pas à rejoindre Paris où il sera notamment secrétaire de la Conférence des avocats. Mais ce n'est ni à Toulouse ni à Paris que sa carrière va changer de cap, c'est à Nantes, où il défend les «émeutiers de Cayenne» devant les assises en obtenant leur acquittement. César CAMPINCHI qui l’avait recruté comme avocat à Paris, raconte cet exploit : «Un jour éclate aux assises de Nantes, une affaire douloureuse. L’indépendance politique, la dignité de l’homme devaient être affirmées et défendues. Il y a là quelques dizaines d’accusés dont la liberté est en jeu. A la barre, plusieurs grands noms du barreau de Paris, et un jeune avocat de couleur que certains ne connaissaient pas très bien. «La parole est à Gaston Monnerville», dit le Président ! Le petit camarade se lève, et il semble que sa taille grandisse d’un coup, parce qu’il représente des revendications politiques d’une race. Il plaide, et si magnifiquement, que les ténors parisiens se taisent, parce que Monnerville avait parlé. Et l’acquittement est triomphalement acquis !».

Homme de courage, Gaston MONNERVILLE a défié le général de GAULLE en 1962. Il a porté l’accusation de «forfaiture» contre le gouvernement de Georges POMPIDOU, en fait c’est contre le général de GAULLE qui a fait adopter la réforme de l’élection du président de la République au suffrage universel direct par référendum ; cette dérive plébiscitaire et autocratique serait une violation de la Constitution suivant certains juristes, instaurant ainsi une monarchie populaire. A l’automne 1968, Alain POHER remplace Gaston MONNERVILLE à la présidence du Sénat, et il sera nommé, en 1974, membre du Conseil constitutionnel.

I – Gaston MONNERVILLE, d’origine modeste

et symbole de l’intégration républicaine,

Gaston MONNERVILLE est né 2 janvier 1897, à Cayenne. La Guyane, cette «France équinoxiale», située en Amazonie, près du Brésil, d’abord occupée par les Hollandais, a été conquise par la France en 1664. La Guyane est un petit territoire ayant donné naissance à des hommes illustres comme Félix EBOUE (1884-1944), gouverneur du TCHAD et résistant, René MARAN (1887-1960), fonctionnaire colonial et écrivain, Léon GONTRANS-DAMAS (1912-1978) fondateur, avec Léopold Sédar SENGHOR et Aimé CESAIRE, de la Négritude. En France métropolitaine et dans le monde entier, Mme Christiane TAUBIRA, Garde des Sceaux, est célèbre. On trouve en Guyane du cacao, du café, de la vanille, de la canne à sucre, et de l’or. Sous-peuplée et manquant d’infrastructures, le paludisme y est endémique. Multi ethnique, la Guyane devient «terre de punition», à cause de la déportation de forçats qu’y installe, à partir de 1854, Napoléon III. Tout individu condamné à moins de 8 ans, après avoir purgé sa peine, doit séjourner en Guyane pour une durée équivalente. Toute condamnation supérieure à 8 ans, entrainait une relégation à vie. La nuit est propice aux mauvais coups. Là-bas, c’est le monde à l’envers, ce sont les Blancs, ces bagnards, qui sont censés représenter l’insécurité. Gaston MONNERVILLE fera fermer ce bagne.

La famille MONNERVILLE, qui vivait en concubinage est, en fait, originaire de Case-Pilote, en Martinique. Issu d’une famille de six enfants, Marc Saint-Yves MONNERVILLE (1857-1921), le père de Gaston,  un métis, comptable à la direction du port, deviendra un commis de mairie. Son père est décrit comme étant un homme tolérant et d’une grande bonté. Marie-Françoise ORVILLE, (1860-19947), la mère de Gaston, est noire, et originaire également de Cas-Pilote. Contrairement au comportement des métis de cette zone, qui renient leurs origines (la peau claire serait une «peau sauvée»), Gaston MONNERVILLE revendique son sang noir. Gaston est d’un tempérament vif et turbulent, mais doté d’une puissance de travail prodigieuse, il est habité par une soif irrésistible d’apprendre. Son biographe dit de lui qu’il est «placide comme le Guyanais, sujet à de brusques colères comme l’Antillais».

Dès le départ, Gaston MONNERVILLE est un amoureux de la République française. Gaston MONNERVILLE résume ainsi son attachement à la France et sa philosophie de vie : «Le fils d'Outre-mer que je suis doit tout à la République. C'est elle qui, dans ma Guyane natale, est venue m'apporter la dignité et la culture. C'est elle qui m'a tout appris et qui a fait de moi ce que je suis». Gaston MONNERVILLE est un républicain, mais c’est un admirateur de la République de 1848, celle de Victor SCHOELCHER (1804-1893), né à Paris de parents alsaciens, député de gauche de la Martinique, puis de la Guadeloupe, qui a fait abolir l’esclavage, par décret en date du 27 avril 1848. Il vénère la République émancipatrice, la République de Victor SCHOELCHER qui a fait des esclaves des citoyens, la République enseignante qui l’a aidé à s’élever dans la hiérarchie sociale et la République des droits de l’homme qui l’a aidé à devenir président du Sénat. Collaborateur de César CAMPINCHI, entré de bonne heure dans la franc-maçonnerie et au Parti radical, il milite pour une «gauche sans excès».

C’est dans ce contexte que Gaston MONNERVILLE a voulu, à l’instar du personnage de Jack LONDON, dans son roman autobiographique, «Martin EDEN», prouver par le travail, qu’un Noir, voué aux tâches ingrates, peut s’élever dans la société. L’exemplarité le condamne à la perfection. Conscient des sacrifices faits par ses parents, Gaston MONNERVILLE est un travailleur acharné à l’école. Il rafle tous les premiers prix et obtient une bourse pour poursuivre ses études en France, en 1912, à Toulouse. Les qualités personnelles du jeune Gaston ont été soulignées, c’est «l’intelligence, l’éloquence, la sensibilité communicative, et leur sœur préférée, la modestie souriante» dira Henri BERENGER, sénateur de la Guadeloupe, lors du banquet du 12 octobre 1937.  Gaston MONNERVILLE fréquente le Lycée Pierre de FERMAT, pour ses études secondaires. Etudiant aux facultés de Lettres et de Droit de Toulouse, sous la direction d’Achille MESTRE, il passe à la fois sa licence ès lettres et sa licence en droit avec félicitations du jury. C'est également avec félicitations du jury qu'il est reçu, en 1921, docteur en droit, après avoir soutenu une thèse sur «La théorie de L'enrichissement sans cause». Celle-ci est honorée d'une souscription du ministère de l'Instruction Publique et primée, la même année, au concours des Thèses.

A Toulouse, en 1918, Gaston MONNERVILLE rencontre l’amour de sa vie qui n’a que 16 ans, Marie-Thérèse LAPEYRE, fille d’un restaurateur. Le mariage sera célébré le 11 septembre 1923, à Aix-les-Bains. Mais à la suite de fausses couches, Thérèse ne pourra pas avoir d’enfant. Gaston MONNERVILLE affirme n’avoir pas souffert de racisme en France. L’intolérance, il l’analyse ainsi, avec un certain recul : «Le racisme se confond souvent avec l’envie, le dépit ou la haine. Il est facile, il est lâche, de trouver un bouc-émissaire pour ses échecs et ses déboires. Le racisme et l’antisémitisme sont là ; ils sont des prétextes commodes pour des individus dont la sécheresse du cœur ne cède qu’à l’indigence d’esprit». Se considérant comme un «fils de la race noire», il est solidaire avec les Juifs, persécuté pendant la Seconde guerre mondiale.

Déjà d’un caractère bien trempé, Gaston MONNERVILLE a été traumatisé par un sentiment d’injustice, à la suite de la révocation de son père. En effet, en 1910, son père, Saint-Yves MONNERVILLE, fut licencié par le Gouverneur de la colonie, pour n’avoir pas accepté de faire allégeance au candidat qu’il soutenait lors d’une élection législative. Avant que cette décision inique ne fût cassée par le Conseil d’Etat, sa famille connut de graves difficultés, pendant deux ans. Gaston MONNERVILLE évoque assez longuement dans son autobiographie cette «première rencontre avec l’injustice»  qui fit que, pendant deux ans, une famille de six personnes avait connu les privations et la gêne, outre une profonde souffrance morale». Cet épisode fut perçu comme une trahison des valeurs républicaines mais n’entama nullement la confiance de la famille en celles-ci. Elle les renforça même dans l’idée qu’il y avait une distinction très nette à faire entre les pratiques arbitraires qui pouvaient subsister dans un territoire encore colonial par certains aspects et celles qui avaient cours en métropole. Ainsi, sa résolution est prise, il veut devenir avocat.

Après son baccalauréat, Gaston MONNEVILLE s’inscrit, en octobre 1915, à la faculté des lettres et à la faculté de droit et il obtient la licence dans ces deux disciplines. À la rentrée 1918, après avoir hésité à continuer en lettres, il s’inscrit au barreau de Toulouse et le 2 décembre 1918 il prête serment devant la cour d’appel. Reçu, en 1921, au concours des Secrétaires de la Conférence, il obtient la médaille d'Or «Alexandre FOURTANIER» qui récompense l'un des meilleurs Secrétaires. A ce titre, il prononce, à une séance solennelle de rentrée, un discours remarqué sur «La Critique et le Droit de Réponse». Probablement marqué par les injustices subies par son père, révoqué arbitrairement de l’administration, Gaston MONNERVILLE choisit la carrière d’avocat. Devant les difficultés d’avoir son cabinet d’avocat à Toulouse, Gaston MONNERVILLE voulait s’orienter initialement vers la magistrature en Afrique. Puis, il est monté à Paris. Mais pendant un certain temps, les portes étaient closes.  Le bâtonnier de l’ordre des avocats le décourage en ces termes : «La profession d’avocat n’est pas un métier, c’est une vocation. On ne devrait s’inscrire au barreau que si on a les moyens d’existence suffisants». Gaston MONNERVILLE quitte Toulouse et s'inscrit, en 1921, au barreau de Paris. Il entre bientôt au cabinet d'un célèbre avocat et député de Corse, César CAMPINCHI (1882-1941), membre du parti radical-socialiste, résistant et homme d’Etat, dont il sera, pendant huit ans, le principal collaborateur pendant dix ans. «J’ai connu Monnerville au sortir de son adolescence, à ce moment où la personnalité commence à se former, et où le destin se précise. Si je devais rendre hommage à ce collaborateur unique, je dirai que jamais il ne m’a trompé, et que jamais il ne s’est trompé. Hommage à sa loyauté, certes, mais aussi à son intelligence, à son sens des affaires, à son grand talent» dit César CAMPINCHI, devenu ministre de la marine, au banquet du 12 octobre 1937. Gaston MONNERVILLE déclare avoir beaucoup appris de son mentor CAMPINCHI «Tu as affirmé en moi le sens des réalités, et ce n’est pas peu. Tu m’as appris à considérer les difficultés, non pour les fuir, mais pour les combattre, tâcher de les vaincre, pour en faire de la matière féconde de l’action» dit-il. En 1923, il est reçu au concours des Secrétaires de la Conférence des Avocats, à la Cour d'Appel de Paris. En 1927, il est élu Président de l'Union des Jeunes Avocats.

Gaston MONNERVILLE plaide plusieurs grands procès. Et surtout, il s'illustre, à l'âge de 34 ans, en 1931, dans l'affaire «Galmot». Inculpés après l'émeute provoquée en 1928 par la fraude électorale et par la mort suspecte de Jean GALMOT, quatorze Guyanais sont traduits devant la Cour d'Assises de Nantes. Installé à Paris, comme avocat, le procès de Nantes des Cayennais inculpés après les émeutes ayant suivi la mort de Jean GALMOT, le ramène à la réalité coloniale de son pays. Jean GALMOT (1879-1928) était arrivé en 1906 en Guyane et y développa une activité d’entrepreneur (rhum, caoutchouc, bois, etc.) idéaliste, ancien dreyfusard, tout en pratiquant à l’égard des ouvriers qui travaillaient dans ses entreprises une politique sociale qui le rendit très populaire dans toute la Guyane. Il fut élu triomphalement député en 1919, contre le candidat de l’administration. Condamné en 1924 à la suite d’un krach, il ne put se représenter aux élections de 1924. Il tenta de nouveau sa chance en 1928 mais ce fut Eugène LAUTIER (1867-1935), candidat officiel, qui fut élu. Les poursuites intentées contre les responsables des émeutes d’août 1928 peuvent apparaître comme une volonté de l’administration de mettre un terme à la période inaugurée par Jean GALMOT, qui conservait de nombreux partisans. Au procès des émeutiers à Nantes, du 9 au 31 mars 1931, MONNERVILLE insista notamment sur la faiblesse des charges retenues contre les accusés, les pratiques électorales de l’administration qui révélaient la dimension politique de cette affaire, le climat colonial qui régnait trop souvent en Guyane. Il traça un portrait très élogieux de GALMOT, et demanda aux jurés l’acquittement pur et simple en faisant ressortir que cette décision détruirait «à jamais tous les ferments d’amertume et de rancoeur nés du régime d’oppression que nous avons stigmatisé et montrerait à vos frères guyanais le vrai visage de la France».

La plaidoirie jugée déterminante dans l'acquittement des inculpés conduira Gaston MONNERVILLE à la députation de son pays (1932-1946). Il sera l'un des acteurs principaux de la suppression du bagne en Guyane, l'un des principaux auteurs des lois de départementalisation, du Fonds d'Investissement. Pourtant, il est battu après une campagne électorale haineuse aux législatives de novembre 1946 par René JADFARD (1899-1947). Dans la déconfiture du Parti radical-socialiste, Gaston MONNERVILLE saura rebondir, et entamer une belle carrière politique. Il deviendra président du Sénat pendant 22 ans, et défiera le Général de GAULLE en 1962.

 II – Gaston MONNERVILLE, radical-socialiste, franc-maçon et humaniste

Gaston MONNERVILLE appartient à la mouvance républicaine et humaniste. En effet, il est franc-maçon, comme son héros Victor SCHOELCHER. Il existe depuis 1894, une Loge de France à Cayenne, dont l’objectif est de travailler, dans la discrétion, à l’amélioration matérielle et morale de l’humanité. Gaston MONNERVILLE a été initié, le 16 octobre 1918, à la Loge, «La Vérité», à Toulouse. Il y rencontre Pierre COT (1895-1977), député, Ministre, résistant et membre de l’aile gauche du Parti radical. Dans ces loges, Gaston MONNERVILLE ne cesse de rappeler l’idéal de tolérance et de fraternité, la primauté de l’esprit sur la bêtise humaine. Pour lui, «la dignité ne se divise pas, elle s’affirme et se respecte». Il fallait à Gaston MONNERVILLE un espace politique qui l’aide à faire passer, dans le concret, cet idéal républicain. Or, le radicalisme s’identifie à la République.

Monnerville sera député de la «France équinoxiale» aux assemblées de la Grande Loge de 1929 à 1937. En 1928, il continue son parcours maçonnique au-delà du degré de Maître en étant admis à la loge de perfection -Perfection Écossaise 135. En 1931, il est reçu au Chapitre 72 des Fidèles Écossais (à partir du 18ème degré). En 1937, il accède à l’aréopage n°309 Lutétia. Pour finir ce cheminement maçonnique, Gaston MONNERVILLE devient membre du Suprême Conseil, et continuera de mener une vie maçonnique active jusqu’à un âge avancé. Lors d’une conférence donnée le 5 mai 1981 à la Grande Loge de France (rue de Puteaux dans le 17éme) il planchera sur un thème philosophique consacré à l’abbé Grégoire. Bien que la Grande Loge de France soit une obédience privilégiant le travail sur le symbolisme, MONNERVILLE aborde des thèmes politiques comme le racisme ou les injustices sociales. Gardien de la flamme, qui veille toujours si fidèlement au souvenir d'Henri GREGOIRE (1750-1831), Gaston MONNERVILLE, qui fut à l'origine du transfert des cendres de Victor SCHOELCHER, et Félix EBOUE, au Panthéon, s'efforce depuis de nombreuses années à transférer les cendres de l'Abbé GREGOIRE du cimetière Montparnasse au Panthéon. Gaston MONNERVILLE, a présidé le 31 mai 1989, à l'Amphithéâtre Richelieu, une journée dédiée à Henri GREGOIRE.

En grand républicain et homme de conviction, Gaston MONNERVILLE avait adopté pour principe «la dénégation de s’être jamais trouvé en butte au racisme». Pour lui, la France républicaine ne pouvait être tenue «pour responsable des errements de certains de ses enfants». L’enfant de Guyane avait appris que la République voulait que tous ses enfants soient libres, égaux et fraternels. L’idéal républicain, hérité de l’école, même démenti par la réalité coloniale, était, pour lui, acte de foi et principe d’action. En effet, MONNERVILLE a lutté contre toutes les formes de racisme : «Le drame qui angoisse nos frères de race juive n’a pas seulement son écho dans leur cœur. Chacun de nous se sent atteint au meilleur de son intelligence et de sa sensibilité, lorsqu’il assiste au spectacle d’un gouvernement qui renie ce qui fait la beauté d’une nation civilisée : je veux dire le souci d’être juste, la volonté d’être bon envers tous les membres de la famille humaine, quelle qu’en soit la religion, la couleur ou la race» dit-il dans sa déclaration du 21 juin 1933. Il s’est indigné, pendant l’Occupation de la ségrégation mise en place contre les Noirs : «A Vichy, j’ai trouvé un grand nombre d’hommes de couleur, récemment démobilisé et encore sous l’uniforme. On leur avait refusé tout accès dans les trains partant vers la zone Nord. (…) Ce qui nous attrista, profondément, c’est que cet ordre odieux venait de l’administration française, c’était, en effet, le ministère des PTT qui l’avait signé et fait afficher. Vous concevez notre amertume : le gouvernement français, foulant aux pieds les plus fortes traditions de ce pays, se montrait, en l’occurrence, le serviteur docile de l’occupant» écrit-il dans son «témoignage». Gaston MONNERVILLE, Gratien CANDACE et N’Galandou DIOUF écrivent au maréchal PETAIN une lettre du 6 août 1940, pour protester contre cette atteinte à la «dignité humaine». C’est Gaston MONNERVILLE qui avait dénoncé à la libération, la tentative du gouvernement français de supprimer les photos des Noirs juchés sur les chars du général LECLERC à la Libération de Paris.  

L’engagement politique de Gaston MONNERVILLE est un des traits saillants de sa vie. Il appartient, comme d’ailleurs Mme Christiane TAUBIRA, à l’aile gauche du Parti radical-socialiste : le mouvement «Jeunes-Turcs». Le Parti radical, sclérosé et usé, reçoit de ces «Jeunes-Turcs» du sang neuf, qui le ramène à sa tradition de gauche, dans la mouvance de l’énergique Edouard DALADIER (1884-1970) et de Jean ZAY (1904-1944), avocat, Ministre et résistant assassiné par la Milice. Gaston MONNERVILLE, en raison de ce militantisme intense, côtoie de grands noms du Parti Radical : Henri QUEUILLE (1884-1970), député de la  Corrèze, président du Conseil et plusieurs fois ministre, Pierre MENDES-FRANCE, député et président du Conseil (1907-1982), Edouard HERRIOT (1872-1957), trois fois président du Conseil et membre de l’Académie française. Faut-il le rappeler, le Parti radical-socialiste a dominé la vie politique française jusqu’à la fin de la 2ème guerre mondiale. Le Parti radical est le plus ancien parti politique de France, puisqu’il est né le 21 juin 1901. Ayant été à la base de 31 gouvernements, c’est le Parti radical, avec l’impulsion du Ministre Emile COMBES (1835-1921), qui a été à l’initiative de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat. Les radicaux inspirés de la mouvance humaniste et républicaine, refusent l’absolutisme royal et prônent l’autonomie de l’individu et la liberté de penser. C’est sous l’impulsion de l’avocat Alexandre-Auguste LEDRU-ROLLIN (1807-1874), et par la suite de Léon GAMBETTA (1838-1882), que la République a été consolidée et des conquêtes démocratiques ont été arrachées, comme l’abolition de l’esclavage, le suffrage universel, la liberté d’association et de presse, le droit de réunion, la gratuité de l’enseignement secondaire. Les gouvernements de Léon BOURGEOIS introduisent les notions de justice et d’égalité sociales en politique. L’ascension sociale se fait grâce à l’instruction publique et l’impôt joue un rôle privilégié de redistribution.

 Il n’est pas étonnant que Gaston MONNERVILLE consacre, en 1968, un imposant ouvrage sur Georges CLEMENCEAU (1841-1929), ce continuateur de l’action de Léon GAMBETTA et adversaire de l’expansion coloniale. Georges CLEMENCEAU, un républicain bien trempé, combat le cléricalisme et l’ordre moral. Sénateur du Var, Georges CLEMENCEAU, président du Conseil, a gagné la première guerre mondiale.

Gaston MONNERVILLE a été Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, sous le gouvernement du radical-socialiste de Camille CHAUTEMPS (1885-1963), du 29 juin 1937 au 10 mars 1938. Les Allemands critiquent violemment cette entrée d’un Noir au gouvernement : «La France a adopté une politique indigène qui, outre qu’elle est une folie pour la Nation française elle-même, est un danger pour les autres Nations d’Europe». Avant Gaston MONNERVILLE, seul le député noir du Sénégal, Blaise DIAGNE (1872-1934) a été membre du gouvernement français de 1918 à 1922. Camille CHAUTEMPS, juriste et franc-maçon, député et sénateur, a fait supprimer le bagne de Guyane, dépotoir de toutes les misères humaines avec son corollaire, la relégation. Gaston MONNERVILLE est particulièrement fier de cette mesure : «s’il n’y en avait qu’une (suppression du bagne), que la mémoire des hommes dût retenir parmi celles que j’ai pu faire adopter au cours de ces années, assurément ce serait celle-là».  Sous l’impulsion de Gaston MONNERVILLE le gouvernement fait voter un Fonds colonial afin d’améliorer le développement économique et social des Colonies. Gaston MONNERVILLE propose dès 1938, et obtient, le 26 mai 1949, que les cendres de Victor SCHOELCHER et de Félix EBOUE fussent transférés au Panthéon.

III – Gaston MONNERVILLE, une carrière politique exceptionnelle

Au sortir de la deuxième guerre mondiale, Gaston MONNERVILLE doit tout recommencer à zéro. Son cabinet d’avocat est resté fermé depuis 1939. Le Parti radical, selon une idée reçue, qui aurait peu participé à la résistance, sombre dans un déclin irréversible. Pourtant, le Parti radical compte de  nombreux résistants dans ses rangs, comme Jean MOULIN, chef national de la résistance, Jean ZAY, Pierre MENDES-France, René CASSIN. Cependant, pour bon nombre de Français, le Parti radical est un symbole de la IIIème République qui a conduit au désastre de 1940. Et, ce parti a refusé d’avaliser le droit de vote pour les femmes. Le Parti communiste est devenu la principale force politique de France au sortir de la guerre.

En dépit du déclin de son Parti radical, Gaston MONNERVILLE a su rebondir. En tout cas, c’est dans les épreuves que se révèlent les caractères des grands hommes. Affublé de son passé de parlementaire (député de la Guyane en 1932 et 1936), de Ministre et de résistant, Gaston MONNERVILLE entreprend, avec un groupe d’amis, de rénover le Parti radical. Dès janvier 1947, Edouard HERRIOT redevient président de l’Assemblée nationale. Les radicaux retrouvèrent des portefeuilles ministériels, et André MARIE (1897-1974), puis Henri QUEUILLE, la présidence du Conseil. Gaston MONNERVILLE est élu à la présidence de la commission de la France d’Outre-mer de l’Assemblée consultative. Il est reçu en audience par le Général de Gaulle qu’il rencontre pour la première fois. Il travaille activement à la loi du 19 mars 1946 sur la départementalisation des territoires d’Outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Réunion et Guyane),  qui est censée mettre un terme à la discrimination coloniale.

Elu pour la troisième fois député de la Guyane à l'Assemblée Constituante, le 21 octobre 1945, le mandat de Gaston MONNERVILLE est renouvelé le 2 juin 1945, à la deuxième Assemblée Nationale Constituante. Cependant, aux élections législatives en Guyane du 10 novembre 1946, Gaston MONNERVILLE est battu, à la suite d’une campagne électorale d’intimidation et d’obstruction de la Droite. Certains scandaient pendant la campagne électorale violente : «Abattez Monnerville ! A bas le franc-maçon ! A bas le Nègre-blanc !». Il n’était beaucoup présent en Guyane, mais avait résolu bon nombre de dossiers et de problèmes. Gaston MONNERVILLE songe alors à repartir en Métropole se consacrer à son cabinet d’avocat.

A peine est-il revenu en France métropole, que le président du Conseil général de la Guyane lui propose un poste de conseiller de la République de Guyane. Il est élu, au suffrage universel indirect, le 15 décembre 1946, et peut, désormais, siéger au Palais de Luxembourg. L’élection du président du Conseil de la République ayant eu lieu au bénéfice de l’âge, le nouveau président du Palais de Luxembourg, Auguste CHAMPETIER DE RIBES (1882-1947), pionnier du syndicalisme chrétien, ne pouvait pas siéger, pendant longtemps, pour des raisons de santé. Il délégua cette fonction à son vice-président, Gaston MONNERVILLE. Avec sa méticulosité, son sens de l’analyse, de l’impartialité et une autorité naturelle, Gaston MONNERVILLE s’acquitta de cette tâche avec brio. Il allait voir, régulièrement, le président CHAMPETIER DE RIBES, à son domicile, pour lui rendre compte de ses activités. Ils sympathisèrent. De sorte qu’à la mort du président du Conseil de la République CHAMPETIER DE RIBES, le 6 mars 1947, ce sont ses amis qui proposèrent la candidature de Gaston MONNERVILLE.

Gaston MONNERVILLE a été vice-président du Conseil de la République de 1946 à 1947, président de cette institution de 1947 à 1958, et président du Sénat de 1959 à 1968, qu’est-ce qui explique cette longévité ?

Son habileté, sa connaissance du règlement intérieur et de la classe politique de son époque, expliquent ce long mandat. La preuve de sa sagesse et de son efficacité, ont résidé dans la recherche de la conciliation des points de vue opposés, sans fuir l’affrontement. Sa compétence est reconnue de tous. Il n’aime pas les mondanités, mais se concentre sur sa famille et ses missions. Son intégrité morale, sa soif d’apprendre et son incroyable ténacité, sont au cœur de sa réussite. Gaston MONNERVILLE a fortement contribué à une renaissance du Sénat. «Sous son autorité, le Conseil de la République, voué à n’être qu’un cénacle, est devenu une assemblée parlementaire. Et l’affrontement, lors du référendum d’octobre 1962, sur le recours à l’article 11 de la Constitution, a marqué que le Sénat, sous la présidence de Gaston Monnerville, n’accepterait jamais d’être une chambre d’enregistrement des volontés du pouvoir exécutif, aussi prestigieux que soit son titulaire» dira Robert BADINTER. Lors de son discours d’investiture au Sénat, le 21 mars 1947, Gaston MONNERVILLE avait dégagé une ligne de conduite qui allait inspirer un grand respect de ses collègues. Il déclare «ne pas être un homme de parti, mais un arbitre impartial entre les partis». Il entend surtout défendre les droits reconnus par la Constitution au Sénat. La rigueur, l’impartialité et la qualité du débat, lui ont assurés une longévité à la présidence du Sénat. Il réhabilite le travail parlementaire, en restaurant notamment les questions orales ainsi que le système de la navette. Il s’attache surtout à l’intérêt général dans la conduite des débats et reprend, à son compte, cette formule de Jules FERRY : «La véritable forme de gouvernement parlementaire, ce n’est pas le conflit des pouvoirs, c’est l’harmonie, l’harmonie qui laisse à chacun son rôle, tout son rôle». Selon lui, «les bons textes sont le fruit du temps et de l’échange». Juriste scrupuleux, la loi n’a que des serviteurs, elle n’a pas de maître, la règle fondamentale s’imposant donc à tous.

A la suite de l’arrivée au Palais Bourbon de Léon GONTRANS-DAMAS, le rapport des forces a changé, défavorablement, en Guyane, pour Gaston MONNERVILLE. Le président du Conseil, Henri QUEUILLE demanda alors à MONNERVILLE de se présenter dans le département du Lot, pays natal de Léon GAMBETTA, terre radicale par excellence, mais exclusivement blanche. C’est la première fois qu’un homme noir se présente au Sénat, dans une circonscription métropolitaine. Cela est à mettre en parallèle avec l’exploit réalisé par George PAU-LANGEVIN, aux législatives à Paris du 20 juin 2012, dans le 20ème arrondissement. Certains avaient raillé le président du Sénat : «Si MONNERVILLE est élu, on aura de la canne à sucre dans le Lot». Il sera, pourtant élu à une large majorité, aux sénatoriales du Lot, et restera en fonctions jusqu’en 1974. Il sera élu et réélu conseiller général du Lot de 1949 à 1970. Très proche, attentif et à l’écoute des préoccupations du monde agricole, il se fera élire, président du Conseil général du Lot de 1951 à 1970, et conseil municipal et maire de Saint-Céré, de 1964 à 1971.  Il se créa, entre Gaston MONNERVILLE et le Lot, un indubitable courant affectif.

Alors qu’il était au faîte de sa gloire, Gaston MONNERVILLE, pour raisons de principe et d’éthique, a choisi de combattre le pouvoir personnel du Général de GAULLE. Bien des personnes confortablement installées, par souci de carriérisme et de sécurité matérielle, auraient observé la réserve et le silence en pareille circonstance. Pourtant, le 29 septembre 1962, Gaston MONNERVILLE monte à la tribune du congrès radical à Vichy pour s'opposer au projet de référendum du général de Gaulle qui instaurera l'élection du président de la République au suffrage universel. Ce refus intransigeant est le symbole de toute une vie empreinte d'indépendance, de respect du droit et d'un amour sans réserve pour la République. «À la tentative de plébiscite, clame le président du Sénat, je réponds personnellement : non ! La motion de censure m'apparaît comme la réplique directe, légale, constitutionnelle, à ce que j'appelle une forfaiture». Le rouleau compresseur du pouvoir gaullien se met en marche contre Gaston MONNERVILLE qui sera ostracisé. Gaston MONNERVILLE s'est représenté à l'élection en 1965, a été élu au premier tour. En 1968, il renonce à cause des dysfonctionnements des institutions dus aux désaccords avec le général  De GAULLE.

Officier de l’Ordre national de la légion d’honneur, Croix de Guerre 39-45, médaillé de la Résistance avec rosette (1945), Commandeur des Arts et des Lettres, Gaston MONNERVILLE décède le 7 novembre 1991, à Paris. Il a été incinéré, et ses cendres ont été dispersés au large du Havre. «Monnerville est aujourd’hui bel et bien vivant. Il est vivant parce qu’il servit la République, qu’il servit la France, qu’il servit la Guyane et qu’il mérite de rejoindre un jour, à côté de ses pères tutélaires, l’abbé Grégoire, Victor Schoelcher, Jean Moulin et son ami Félix Eboué. Oui que son nom aille dans la maison où vont les hommes qui ont bien mérité de la patrie» dira, dans son discours du 2 novembre 2011, à la mairie de Paris, le sénateur Georges PATIENT. Le président MONNERVILLE ne redoutait pas la mort, le terme obligé de chaque vie. Les vivants ont un devoir ardent de préserver la mémoire des grands hommes.

Bibliographie très sélective :

1 – Contributions de Gaston Monnerville

MONNERVILLE (Gaston), «L’Indochine, l’AOF et la Guyane seront-elles représentées au Sénat, entretien avec Gaston Monnerville», La Gazette coloniale, 17 septembre 1936, n°253, 9ème année, page 2 ;

MONNERVILLE (Gaston), Clémenceau, Paris, 1968, Fayard, Collection les grandes études historiques, 769 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Guyane française, terre d’espace, Paris, Berger-Levrault, 1964, 232 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), L’affaire Galmot, procès des émeutiers de Guyane, Paris, Presses internationales indépendantes, 1996, 93 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Le Sénat, une institution fondamentale de la République, Paris, éditions Serpic, 1965,  58 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Où va l’Union française ? Du colonialisme à l’association, Paris, Julliard, 1955, 231 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Témoignage de la France équinoxiale au Palais du Luxembourg, Paris, Plon, 1975, 464 pages ;

MONNERVILLE (Gaston), Vingt deux ans de présidence, Paris, Plon, 1980, 594 pages.

2 – Critiques de Gaston Monnerville

A.D.E.L.F., Le président Gaston Monnerville, actes colloque à Loupiac du 31 août au 3 septembre 1995, sous la direction de Jacques Augarde, Simone Dreyfus, et Edmond Jouve, 1998, 528 pages ;

ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville : un homme d'État de la République française, Actes du colloque, 14-15 octobre 1997, Matoury, Ibis Rouge, 2001, 180 pages ;

ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville et la Guyane : 1897-1948, Matoury, Ibis Rouge, 1999, 396 pages ;

ALEXANDRE (Rodolphe), Gaston Monnerville, Matoury, Ibis Rouge, 2001, 180 pages ;

BEL (Jean-Pierre), «L’hommage à Gaston Monnerville», La Dépêche de Toulouse, 6 novembre 2011, page 1 ;

BENDJEBBAR (André), «La fin du bagne de Guyane : entre droit et politique», Histoire de la justice, 2016, (1) n°26, pages 198-200 ;

BONNETON (André, Alexandre), Gaston Monnerville, fils de Guyane, Presses Internationales Indépendantes, 1996, 93 pages ;

BOULBINA (Seloua Luste), «Ce que postcolonie veut dire : une pensée de la dissidence», Rue Descartes, 2007 (4) n°58, pages 8-25 ;

BRUNET (Jean-Paul), Gaston Monnerville (1897-1991), un destin d’exception, Matoury (Guyane), Ibis Rouge Editions, 2013, 252 pages ;

BRUNET (Jean-Paul), Gaston Monnerville, le républicain qui défia De Gaulle, Paris, Albin Michel, 1997,  332 pages ;

CENDRAS (Blaise), Rhum : l’aventure de Jean Galmot, Paris, Grasset, 1930, 183 pages ;

CHATHUANT (Dominique), «L’émergence d’une élite noire dans la France du premier XXème siècle», Vingtième siècle, revue d’histoire, 2009 (1) n°101, 133-147 ;

CONORD (Fabienne), «De la République sénatoriale à la forfaiture. Le Sénat et la Vème République : 1959-1962», Histoire et politique, 2010 (3) n°12, page 4 ;

DAUTET (Vanessa), Gaston Monnerville et le Gaullisme : l’affrontement de deux conceptions de la République, Mémoire, Institut d’études politiques, Paris, 1993, 131 pages ;

FOGACI (Frédéric), «Le monde de la notabilité radicale et radicale-socialiste de l’après guerre : entre survie et adaptation (1945-1969)», Histoire et politique, 2015 (1) n°25, pages 82-102 ;

GUILLAUME (Sylvie), «Le cartel des Non», Parlement(s), revue d’histoire politique, 2004 (3), n°HS 1, pages 45-64 ;

Les Guyanais de Paris, Les Amis de Gaston Monnerville, La Guyane à l’honneur, manifestation du 12 octobre 1937 en l’honneur de Gaston Monnerville, député de la Guyane, sous-secrétaire d’Etat aux colonies, Paris, Festina, A. Nollier, 31 pages, doc Manioc.org références 80004846 ; 

MATHEU (Jean-Louis), «Gaston Monnerville, escale à Toulouse (1913-1921)», 6 pages ;

MEULEMANS (Jules), «M. Gaston Monnerville, député de la Guyane, sous-secrétaire d’Etat aux colonies», La revue diplomatique, 30 novembre 1937, n°2171, 60ème année, pages 1-3 ;

MOURALIS (Bernard), «René Maran et Gaston Monnerville : entre Négritude et radicalisme», Francofonia, 2005 (14) pages 101-122 ;

N’DIAYE (Pap),  La condition noire : essai sur une minorité française, Paris, Calmann-Lévy, 2008, 440 pages ;

PALMIER (Jean-Joseph), Que faire des minorités visibles ? L’exemple de Gaston Monnerville, président du Sénat, préface de Jean-Philippe Martial, Paris, L’Harmattan, 2015, 210 pages ;

PARODI (Jean-Luc), «Le conflit entre l’exécutif et le président du Sénat», Revue française de science politique, 1963, n°2, 13ème année, pages 454-459 ;

RACINE-FURLAUD (Nicole), «Jean-Pierre Brunet, Gaston le républicain qui défia de Gaulle», Revue française de science politique, 1998, (2) vol 48, pages 312-313 ;

SENAC (Réjane), «Des dilemmes de la pensée républicaine de l’égalité», in L’égalité sous conditions, Paris, Presses sciences po, 216 pages, spéc pages 35-82 ;

Paris le 24 janvier 2015 et actualisé le 10 août 2018, M. Amadou Bal BA.

gm-1-ok

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.