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Billet de blog 11 août 2022

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"Nancy CUNARD, Antologie Noire" par Amadou Bal BA

Nancy CUNARD (1896-1965), écrivaine, muse, avant-gardiste, antiraciste et antifasciste. Son "Antologie noire" dédiée à son amant afro-américain, Henry CROWDER, fera date dans l'histoire littéraire.

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«Nancy CUNARD (1896-1965), écrivaine, muse, avant-gardiste, antiraciste et antifasciste» par Amadou Bal BA - 

«Que dois-je dire de moi-même ? J’aime : la paix, la campagne, l’Espagne républicaine et l’Italie antifasciste, les Noirs et leur culture africaine et afro-américaine, toute l’Amérique latine que je connais, la musique, la peinture, la poésie et le journalisme. J’ai toujours vécu en France depuis que j’en ai eu la possibilité en 1920. Je hais : le fascisme […]. Et le snobisme et tout ce qui va avec» écrit, en 1944, Nancy CUNARD, dans la préface des «poèmes pour la France» qui seront traduits en 1945 par les éditions Seghers. «Grande fille du temps» comme la surnommait Louis ARAGON, elle était de toutes les luttes, en guerre contre l’hypocrisie des classes possédantes, l’injustice et combattait toutes formes d’oppression et de racisme : «Très cher André (Breton) bonne poignée de main sur la couleur. Nancy» telle est la dédicace que Nancy CUNARD adresse à André BRETON (1896-1966), le pape du surréalisme, pour son livre, paru en 1931 «Black Man, White Lady». Autant de projets modernistes et avant-gardistes, plus que jamais d’actualité de nos jours, dans un monde où règnent encore largement, l’intolérance, la stigmatisation, la prédation et la violence à l’encontre des racisés. En 1935, dans ses écrits de journaliste, Nancy CUNARD, dotée de fortes convictions, s’oppose à l’annexion de l’Ethiopie par l’Italie. En Espagne, elle fonde avec Pablo NERUDA, une revue «Les poètes du monde défendent le peuple espagnol».  Son engagement, pour les Républicains espagnol, est donc total  : «Pour tout intellectuel honnête, il est à tout à fait impossible d’être profasciste» dit-elle. Par ailleurs, et bien avant l’engouement pour les arts premiers, Nancy CUNARD, à travers son amour pour les arts africains, avait donné plus de visibilité à la culture africaine. Les deux grandes guerres ont montré, selon elle, que les barbares ne sont pas ceux qu’on croit : «In Africa, you say ‘the Negro is a savage, he has produced nothing, he has no history’. It is certainly true he has not got himself mixed up with machinery and science to fly the Atlantic, turnout engines, run up skyscrapers and continue Holocausts» écrit, en 1934, Nancy CUNARD, dans l’Anthologie noire. En évoquant les combats de Nancy CUNARD, un mot juste est apparu : «One of Them, but White» écrit Carole SWEENEY. Elle est bien des nôtres.

Anglaise issue d’une de famille aristocratique et fille unique, Nancy CUNARD est née le 10 mars 1896 dans un château médiéval, à Nevill-Holt (district de Harborough dans le Leicestershire), au Royaume-Uni. Son père, Sir Bache CUNARD (1851-1925), un homme effacé et passionné de chasse, est un héritier de la «Cunard Line», une entreprise maritime florissante. En effet, son grand-père, Samuel CUNARD (1787 à Halifax 1865, à Londres), fondateur de la première compagnie de paquebots transatlantiques, né aux Etats-Unis, a été anobli par la reine Victoria. Sa mère, Maud Alice BURKE (1872-1948), est une américaine, originaire de San Francisco ; son père, James BURKE (1811-1872), un avocat dont l’origine de la fortune est restée obscure ; sa mère, une femme fantasque, Alice VALENTINE (1845-1905) une franco-irlandaise, s’est remariée deux fois. A la mort de son mari, Maud Alice, la mère de Nancy CUNARD, prendra pour amant, un romancier George MOORE (1852-1933) qui va initier sa fille à la littérature. Vers 1910, la famille quitte Nevill-Holt, pour s’installer à Londres. Excentrique et d’une réputation sulfureuse, la jeune Nancy fréquente notamment le groupe de «Bloomsbury» et rencontre Léonard WOOLF (1880-1969) et Virginia WOOLF (1883-1946). Nancy CUNARD épouse Sidney FAIRBAIRN (1892-1943) mais le mariage ne durera que de 1916 à 1925.

Tour à tour, poète, éditrice, écrivaine, journaliste, militante politique et contre le racisme, collectionneuse d’art, muse Nancy CUNARD est romancière, poète, dramaturge critique d’art. Inspirée par George MOORE (1852-1933), Aldous HUXLEY, Ezra POUND, James JOYCE et les surréalistes, notamment Tristan TZARA, elle rencontrera de nombreux écrivains ou artistes dont Langston HUGHES, WEB du BOIS, Joséphine BAKER et George PADMORE. Immortalisée par le photographe Man RAY (1890-1976), sa beauté, ses audaces, son goût pour l’excès, son appétit pour les hommes et pour les femmes, avaient provoqué une multitude de scandales et de réprobations de la société aristocratique. Amante de Louis ARAGON de 1926 à 1928, ce poète français, fasciné et inquiet, devant Nancy CUNARD la considère comme «une fille grande ouverte à l’avenir, félonne et féline» écrit-il, en 1926, dans la «Défense de l’Infini».

Issue de la très haute bourgeoisie anglaise, blonde aux yeux de fauve spectaculaires aux iris bleu glacier, élégante et androgyne, en révolte contre l’ordre établi, une femme debout en lutte contre toutes les formes d’oppression peu conventionnelle, collectionnant l’art et les bracelets africains, ainsi que des amants, Nancy CUNARD était en conflit contre sa mère. «Je suis l’inconnue, l’étrangère. Hors la Loi, rejetée par les règles de la vie, fidèle à une loi unique, une logique personnelle, qui ne se mêle à rien, et refuse de s’incliner devant les règles générales» écrit-elle, en 1921, dans son recueil de poèmes, «Outlaw». En effet, bien que sa mère, Maud Alice BURKE, soit une icône de la vie artistique et mondaine, à Londres, et sa fille, Nancy CUNARD, une véritable mythe dans les milieux d'avant-garde de la France d'entre-deux-guerres, elle n’a jamais accepté sa relation avec un musicien de Jazz noir. En septembre 1931, Nancy CUNARD publie, dans «The Crisis», un pamphlet contre sa mère «Does Anyone Know Any Negroes ? A Gentlewoman of England Attacks the Social Colour Line» ; c’est la brouille jusqu’à la fin de la vie de cette dernière, mais Nancy ne sera pas déshéritée. Nancy CUNARD «a du chien, la Cunard. On l'admire pour sa liberté de penser et d'être. Pour cet entêtement à faire un pied de nez aristocratique à la bien-pensance» écrit Eric BIETRY-RIVIERE du Figaro. 

Parisienne de cœur, une ville considérée comme un espace de liberté, Nancy CUNARD, fragile et inflexible, résidera en France de 1920 à 1965, avec des périodes d’interruption. Habillée souvent par Sonia DELAUNAY ou Coco CHANEL, elle mènera une vie de Bohême et résidera à Paris, à l’hôtel Ritz et à l’Ile Saint-Louis, à Boulogne-sur-Mer, Biarritz et à Deauville. A partir de 1927 et pour 10 ans, à la Chapelle-Réauville, département de l’Eure, en Normandie, où elle fonde, en 1928, avec Louis ARAGON, une maison d’éditions, «Hours Press», pour «défendre l’innovation» dit -elle. Michel LEIRIS lui donne le goût des statuettes  et masques africains. Le premier livre paru au «Puits carré» : est celui de Norman DOUGLAS (1868-1952) sur les «carrières de pierre des Iles Lipari». Maître de la prose moderne, iconoclaste et qualifié de «resplendissant humaniste», Norman DOUGLAS est un grand ami de Nancy CUNARD qui lui consacrera une biographie «I like to taste my friends, but not to eat them» écrit-elle dans la préface. Nancy CUNARD fait traduire Lewis CARROLL (1868-1952), «La chasse au Snark» ; elle publiera «Les Cantos» de Ezra POUND (1885-1972) et  en 1930, «Whoroscope»  d’un jeune et brillant écrivain, Samuel BECKETT (1906-1989), futur prix Nobel de littérature ; il participera activement à l’Anthologie noire. Un recueil de poèmes de Louis ARAGON, ainsi que d’autres livres concernant les causes qu’elle défend : celles des Noirs et un mouvement antifranquiste, seront également édités en Normandie. En juillet 1936, quand la Guerre civile éclate en Espagne, elle part pour Barcelone en solidarité avec les Républicains et y rencontre Ernest HEMINGWAY et Pablo NERUDA. Nancy CUNARD avait fait publier un livre «Authors Take Sides on Spanish Civil War». Pour elle cette guerre civile en Espagne est un enjeu majeur «It is clear to many of us throughout the whole world that now, were determined or compelled, to take sides. The equivocal, detachment, the Ivory Tower, the paradoxial, the ironic detachment, will never longer do» écrit-elle à la préface. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, sa maison d’abord occupée par les Allemands, sera pillée par la suite par les habitants de Chapelle-Réanville A partir de 1950, Nancy CUNARD habitera aussi, en Dordogne, à Creysse, Carennac, Souillac, et Lamothe-Fénélon.

Avant Elsa TRIOLET (1896-1970), c’est Nancy CUNARD qui était le grand amour et le soutien financier, du plus grand poète et romancier français, Louis ARAGON (Voir mon article). ARAGON poursuivait «la Défense de l’Infini» entamé en 1923 et se sentait épanoui «Je suis continûment heureux, pour la première fois de ma vie» écrit-il à Jacques DOUCET. Le personnage de Armand, dans «Défense de l’Infini» faisant allusion à cette rencontre avec Nancy CUNARD, décrit ainsi la femme dont il est tombé amoureux : «Une fille grande, ouverte à l’avenir, félonne et féline, délicieuse lumière, femme du temps». En effet, Louis ARAGON prédisait que dans l’histoire intellectuelle de la France, Nancy CUNARD laisserait une empreinte indélébile :  «On connaît en France Nancy Cunard. Elle y a passé la majeure partie de sa vie et plus tard on ne pourra faire, sans parler d’elle, l’histoire intellectuelle d’une part de ce siècle», écrit, en 1960, Louis ARAGON. dans «Les lettres françaises». «Blanche ou l’oubli», paru en 1967, relate, de façon romanesque, la relation entre Louis ARAGON et Nancy CUNARD, entre 1926 et 1928, qui s’est terminée à Venise. Nancy a préféré partir avec un Jazz man noir, Henry CROWDER. Dernière œuvre de Louis ARAGON, «Blanche ou l’oubli», un récit polyphonique sur la guerre et les peines du cœur, ce roman est axé autour du souvenir et de la mémoire. Le narrateur de «Blanche ou l’oubli» s’appelle Geoffroy Gaiffier, linguiste et traducteur à la retraite. Il réfléchit aux raisons de l’échec de sa relation amoureuse avec Blanche, son ex-femme ; celle-ci l’a quitté depuis dix-huit ans déjà. Il essaie de reconstituer, par sa mémoire, un personnage proche de cette femme, qu’il nomme Marie-Noire «Le souvenir est périssable» écrit Louis ARAGON, qui tente de cerner ce qui lui échappe. Il n’est pas seulement que d’une débâcle lors de la Deuxième, mais aussi une défaite amoureuse dans la conquête amoureuse de Nancy CUNARD. Louis ARAGON, après avoir été abandonné a voulu se suicider. ARAGON «allait comme une âme en peine, dormait dans des hôtels, au hasard, errant dans ses propres ruines, déboussolé» écrit Georges SADOUL. Ces peines du cœur disparurent à la suite de la rencontre, en novembre 1928, à la Coupole, avec Elsa TRIOLET.

A Venise, Nancy CUNARD sera amoureuse d’un musicien de jazz noir, Henry CROWDER (1890-1955) ; sa mère, se considérant pourtant comme avant-gardiste n’apprécie pas cette relation avec un Noir. Elle se rendra, le 2 mai 1932, avec lui à New York, en pleine ségrégation raciale et s’installera à l’hôtel Grampion de Harlem. Harlem «est dur et robuste, sa froideur, ses cris et ses couleurs sont ainsi. Et la nostalgie est violente également : la radio pénètre tout, à chaque heure du jour et de la nuit. Comme partout, les vrais gens dans la rue» écrit Nancy CUNARD. Henry CROWDER, qui est en fait marié, sensibilise Nancy CUNARD, cette grande bourgeoise anglaise, sur les questions d’esclavage et de ségrégation raciale aux Etats-Unis, ainsi que les lynchages des Noirs. Aussi, Nancy CUNARD liquide, en 1931, sa maison d’édition des «Hours Press», pour se consacrer entièrement à la dénonciation de la pensée raciste et de ses méfaits.

L’Anthologie noire entreprise par Nancy CUNARD, qui a eu la relation la plus durable et la sincère entre 1928 et 1935 avec Henry CROWDER, loin d’être un fait anecdotique d’une rencontre avec un étalon noir, est avant tout une belle histoire d’Amour. Nancy CUNARD, une croqueuse d’hommes a eu de nombreux amants. A leur séparation Henry CROWDER écrira à Nancy CUNARD : «I am blue and sorry. Can you forgive me for last evening ?». A la belle mort d’Henry CROWDER, en 1955, sa femme écrira à Nancy CUNARD pour lui dire elle est le grand amour de son mari. Nancy CUNARD était encore à la recherche d’un sens à donner à sa vie ; elle voulait accomplir sa vie. Henry CROWDER, né à Gainsville, en Géorgie, dans le Sud, d’un famille pauvre, un autodidacte, après de petits boulots, mal rémunérés, jouait au piano dans des maisons closes. Son groupe était en tournée, en 1928, pour 8 semaines, quand il a rencontré Nancy CUNARD, venue rendre visite, à un de ses cousins, Victor CUNARD, en compagnie de Louis ARAGON. Il était mariée, une couturière, et collaboratrice d’Eleanor ROOSEVLT. 

Nancy CUNARD, une femme, blanche, de la gentry anglaise, vivant à Paris, au temps de la montée du fascisme, intransigeante et sans compromis, fera rédiger une anthologie noire «From early youth, she (Nancy Cunard), she had shown a dramatic capacity to stir controversy, but itw as «Negro», compiled primarily for the black race and dedicated to «one of them» that brought her career to an explosive climax» écrit dans l’introduction, Charles Henri FORD (1908-2002). En effet, cette anthologie est dédicacée à son amant noir Henry CROWDER, qu’elle désigne comme son «First Negro friend». L’Anthologie fait état des violences commises contre 14 millions de Noirs, victimes de la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Mais ils sont déterminés «à abattre cette montagne de tyrannie» écrit Nancy CUNARD dans la préface. En effet, les Noirs ont de la littérature une arme dans leur combat contre la ségrégation raciale «In his struggle for a better way of life, the Negro has, born in his great desire to become au full-fledge citizen of the United States» écrit en 1944, dans la préface Sylvestre C. WATKINS de son «Anthology of Negro Literature». Nancy CUNARD consacre un article à Harlem, et dans la première partie, il est notamment question de l’histoire des Noirs aux Etats-Unis, jusqu’à l’abolition de l’esclavage, de Nat TURNER, un révolutionnaire, de trous grandes femmes noires, de la proclamation de l’abolition de l’esclavage, de grands hommes noirs, comme Frédéric DOUGLAS et Booker T. WASHINGTON, des émeutes et des lynchages et des expressions argotiques des Noirs. Cette entreprise monumentale, fait écho, au «The Souls of Black Folk» de W. E. B. Du BOIS (1868-1963), paru en 1903, à l’Anthologie «New Negro» d’Alain LOCKE (1886-1954) datant 1925, ou à «l’Anthology of American Negro Literature» de 1929 de Victor Francis CALVERTON (1900-1940). Cependant, l’Anthologie noire, par sa dimension mondiale, dépasse, de très loin, toutes les initiatives passées, ainsi que celle qui ont vu le jour par la suite (Blaise CENDRAS, Léopold Sédar SENGHOR, Léon-Gontran DAMAS, Edouard GLISSANT), comme celle de Lilyan KESTELOOT (1931-2018, voir mon article). «Alain Locke et Nancy Cunard, révolutionnent profondément la forme anthologique et la pratique du discours noir. Littérature et sciences sociales vont en effet de pair, dans une visée encyclopédique et selon un modèle orchestral et polyphonique du discours probablement inspiré par les musiques noires» écrit Anthony MANGEON. Loin d’être une littérature ethnique, cette Anthologie noire de Nancy CUNARD, est une «pièce-maîtresse» écrit Kathleen GYSSELS. Il a été souvent été reproché aux anthologies d’être superficielles et de ne constituer qu’un survol rapide des sujets. Ici, Nancy CUNARD a livré une œuvre monumentale d’une grande envergure.

En vue de son Anthologie noire, Nancy CUNARD lance des appels à contributions, en avril 1931 à 171 écrivains, artistes, militants, anthropologues, juristes, ou journalistes ou encore musiciens. «L’idée de votre livre m’enthousiasme, bien sûr, parce que je crois, à en juger par votre attitude et l’angle que vous avez choisi, si je les comprends bien, que vous produirez quelque chose de neuf et de très stimulant d’un point de vue artistique. Nous autres pauvres Nègres sommes, me semble-t-il, littéralement écrasés sous des tonnes de clichés rebattus et rassis dont nous gratifient nos amis, nos champions moraux, et dont nous nous gratifions nous-mêmes, sans jamais réussir à toucher quelqu’un. La plupart d’entre nous vivons dans la peur de nous-mêmes, des faits qui nous concernent. Nous sommes bien en peine de rendre la vérité artistique de nos propres vies telle que nous la connaissons et la ressentons ; mais il serait inimaginable que vous vous laissiez entraver par les réactions sociales et raciales qui nous handicapent, parfois même inconsciemment. C’est pourquoi j’espère que ce que vous publierez sera une révélation et une inspiration» lui répond, Claude McKAY (1889-1948), un écrivain jamaïcain, mais qui ne participera pas à cette Anthologie.

En définitive, 150 personnes répondront à son appel, en déposant 250 articles et 385 illustrations. «Il fallait écrire ce livre, et sous cette forme je pense, une Anthologie de quelque 150 voix des deux races, pour garder la trace des luttes et des accomplissements des peuples noirs, de leurs persécutions et de leurs révoltes contre ces persécutions» écrit Nancy CUNARD, dans la préface de cet ouvrage collectif. L’Anthologie noire «conserve d’abord des traces singulières, des visages, des noms, des dates, des histoires qui sont, une fois cette somme parcourue, inoubliables. Un autre aspect bouleversant du livre consiste en sa capacité à faire surgir des fantômes que sont les chants, les masques, les statues d’Afrique, présents non derrière des vitres et enfermées dans un musée, mais en relation avec le reste des productions artistiques humaines, qu’elles viennent de Noirs ou de Blancs» écrit, en 2018, dans Médiapart, «Aux Amis de la Négro Anthologie», Pierre BENETTI. L’objectif, au-delà de l’aspect documentaire, est de conduire une «contre-ethnographie de la modernité noire», écrit, dans la préface, l’historien sénégalais, Mamadou DIOUF, un enseignant à l’université de Columbia. C’est une véritable plaidoirie pour la justice raciale, une dénonciation de l’oppression des Noirs et un hymne pour leur liberté et leur dignité. Nancy CUNARD veut faire de son «Anthologie noire» un livre de combat qui s’assume comme tel : «Il était nécessaire de faire ce livre […] pour que soit conservée la trace des luttes et des victoires des populations noires, des persécutions et des révoltes auxquelles elles ont fait face», écrit Nancy CUNARD, dans l’introduction de l’édition de 1934. En effet, Nancy CUNARD, de la gauche radicale, prônait une riposte antiraciste, la diversité culturelle, l’égalité des races, l’égalité des sexes et l’égalité des classes. L’ambition de Nancy CUNARD, était de voir dans la défense de l’africanité un moyen de régénérer la culture occidentale jugée stérile. L’objectif de cette Anthologie noire est donc de «démontrer que le préjugé racial ne repose sur aucune justification […], que les Noirs ont derrière eux une longue histoire sociale et culturelle, et que ceux qui les rejettent comme des sous-hommes ignorent tout de leur histoire passée, de leur civilisation, de leurs luttes», écrit Raymond MICHELET.

Certains critiques ont voulu dévaloriser cette Anthologie en la ramenant à la simple défense du primitivisme noir, en faisant fi de l’authenticité et la diversité culturelles qui y sont pourtant célébrées. En fait, Nancy CUNARD est amoureuse de l’Afrique, mais elle n’avait visité que la Tunisie «I seem to be thinking of Africa, all the time» écrit-elle dans l’Anthologie. En effet, cette Anthologie est une  «significant rupture in the literary and socio-political worlds of the interwar era. This collection of symbolized an important breach in Black radical literature at that time» écrit Thabisile GRIFFIN. Il est incontestable que la richesse, l’originalité, la variété et la hardiesse des thèmes traités, touchent à la poésie, à l’ethnographie, à l’art, à l’histoire, à la musique et aux proverbes des Africains et de leurs diasporas : «Negro Anthology» est d’une très grande originalité «une synthèse majeure unique et originale de la diversité des discours scientifiques, politiques et culturels des Noirs et sur les Noirs dans les années 1930» écrit Sarah FIOUX-SALGAS, à la base de l’exposition à Paris sur Nancy CUNARD au Musée Jacques CHIRAC à Paris, du 4 mars 2014 au 18 mai 2014. «Negro Anthology» est le reflet d’une histoire intellectuelle et politique de son temps. Celle-ci révèle à la fois le caractère transnational et multiforme des combats antiracistes et anticolonialistes des années 30» écrit Sarah FIOUX-SALGAS.

En pleine période de ségrégation raciale aux Etats-Unis et de colonisation, l’Anthologie noire démontre que les Noirs, tout autant que les Blancs, ont une Histoire, des Arts, une Culture. En effet, l’Anthologie noire relate les violences contre les Noirs, valorise et célèbre les cultures de l’Afrique et ses diasporas. Les thèmes divisés en sept parties géographiques, sont variés et concernent l’identité noire à travers les contributions de WEB du BOIS évoquant l’Amérique noire (Black America), Jomo KENYATTA, au sujet de l’indépendance du Kenya mais aussi l’autonomie des Antilles traitée par Andrée NARDAL, sœur de Paulette NARDAL, fondatrice de la Revue du monde noir, voir mon article), de la Renaissance de Harlem, avec Langston HUGHES (voir mon article), ainsi que les écrits des communistes engagés pour la cause africaine (James W FORD, Raymond MICHELET). Tous militent pour un monde multiculturel fondé sur la diversité : «Rien n’est trop vieux, ni trop neuf pour lui, ni trop proche ou exotique, ni élitiste, ni vulgaire. Dieu et le diable vont de concert» écrit Zora Neale HURSTON. On y évoque, l’affaire des Garçons de Scottsboro de 1931, neuf jeunes afro-américains sont accusés de viol de deux jeunes femmes. L’un des accusés ne sortira de prison qu’en 1976. Il est bien question de la musique noire dans cette anthologie, notamment «The Negro Songs of Protest», la musique étant un espace de résistance à l’oppression ; c’est les arts, notamment la musique et le sport que les Noirs ont abattu toutes les barrières raciales. En particulier, les Blancs ont apprécié le Blues et le Jazz. Henry CROWDER lui-même, comme d’autres musiciens célèbres jouaient dans des endroits détenus par la mafia. En pleine ségrégation, Henry CROWDER a pu tout de même se rendre en Italie et rencontrer Nancy CROWDER. L’Anthologie, parue en 1934, ne pouvait pas faire de la performance aux jeux olympiques de Munich, Jesse OWENS (1913-1980, voir mon article) y ayant défié le Nazisme. Plus tard, Billie HOLLIDAY (1915-1959, voir mon article), à travers son «Strange Fruit» dénoncera violemment l’oppression des Noirs.

C’est quoi l’Afrique ?, s’interroge, dans la préface, Nancy CUNARD. «What is Africa ? A continent in the iron grip of its several imperialist oppressors» écrit-elle, sans détours. Les Africains, considérés par les colons, comme des «cannibales » et des «sauvages » ont une culture : «The Negro has a superb and individual sens of form and equal genius in his execution» écrit Nancy CUNARD. L’Anthologie noire, si elle passe sous silence, curieusement, la Négritude, est un ouvrage à dimensions panafricanistes, compile des articles (les explorateurs, l’ethnographie, la présence du christianisme…), des recueils de proverbes Ewe ou Baronga, des échantillons d’écriture Haoussa, mais aussi une multitude de photographies et de dessins dans le long chapitre consacré à la sculpture. Par ailleurs, c’est une dénonciation des relations de la Grande-Bretagne avec ses colonies, l’esclavage et le Libéria, l’expérience des missionnaires, l’impérialisme français, la terreur en Afrique du Sud. A travers cette dénonciation de la colonisation, il est mis en avant que  l’homme blanc est en train de tuer l’Afrique, à travers le vol des terres, fiscalité, travail forcé, enrôlement militaire, missions religieuses, justice impérialiste, le travail forcé, etc. Cela a été dit depuis 1934, la colonisation est bien, à travers son Code de l’indigénat, un crime contre l’Humanité. Ezra POUND (1885-1972), anthropologue anticolonialiste, parle de l’ethnologue et sociologue allemand, Léo FROBENIUS (1873-1938) qui s’est rendu 27 fois en Afrique, entre 1904 et 1918. Olga COMMA, poétesse de Trinidad, célèbre la culture cosmopolite de son pays et les surréalistes français. Raymond MICHELET évoque les anciens empires et de la civilisation africaine, un thème tabou à l’époque, puisque l’Afrique n’ayant pas d’histoire, aurait été «découverte» par les Occidentaux. «It’is widely believed that the history of Africa consist of the strife between a few petit tyrans and of an endless series of massacres, that various civilisations may have followed, one another, but never progressed beyond  a wild state of barabarism. Nothing could be further  from the truth» écrit Raymond MICHELET. Aussi, cet auteur brosse les histoires de l’empire du Ghana (IVème XIIIème siècle), l’empire Songhai de Gao (VIIème, 16ème siècle), l’empire du Mali (Xième, XVIIème siècle), l’empire peul du Macina XVIIème XIXème siècle) l’empire bambara de Ségou (17ème XIXème siècle), les empires du Tékrur et du Fouta-Toro, ainsi que les empires Haoussa,, du Bornou, du Kanem, du Barguimi et du Oudaï.

Longtemps, cette anthologie noire, publiée le 15 février 1934 qui n’est ni une encyclopédie, ni un dictionnaire, peu diffusée, à l’époque, avec 1000 exemplaires seulement en anglais et non rééditée, est restée confinée dans la confidentialité, pour les spécialistes ; l’Anthologie noire a fini par devenir mythique. Tout le monde parle et presque personne ne l’a lue. Par ailleurs, et alors que Nancy CUNARD, qui parlait français avait vécu l’essentiel de sa vie, l’Anthologie noire n’a été traduite, par les Nouvelles éditions, en France qu’à partir de 2016, soit 81 années après sa parution, et au prix de 119 €. «Negro participe, à sa manière, à l’entreprise de re-civilisation du monde à partir de la contribution noire, pour endiguer les effets dé-civilisateurs des aventures impériales, en archivant la présence noire sur la scène du monde, sous toutes ses formes,, musicale, artistique littéraire et culturelle. En procédant à une archéologie complète du temps du monde, Cunard restructure l’architecture de la «Bibliothèque humaine» dont était absente la poutre faîtière noire» écrit dans la préface, le professeur Mamadou DIOUF. Cependant, ce livre, déjà épuisé, n’est plus réédité aux Nouvelles éditions. Cependant, une autre édition de l’Anthologie noire est programmée par les éditions du Sandre, pour le 22 septembre 2022. Tout fini par arriver, pour qui sait attendre. Cet ouvrage reste encore d’un grand intérêt historique pour le débat intellectuel : «Il serait bien difficile de faire de la «Negro» un livre extérieur aux combats noirs. Nancy Cunard et ses amis ne mènent pas une révolution de salon, mais prennent clairement position dans les débats de leur époque, avec une audace qui ferait bondir aujourd’hui : que ce soit en faveur de l’autodétermination de la «Black Belt» défendue par les communistes américains (une sécession d’États majoritairement peuplés de Noirs) ou contre l’embourgeoisement progressif de la lutte pour les droits civiques» écrit Pierre BENETTI. Par ailleurs cette Anthologie, est à bien des égards d’une grande actualité : «Son effet au présent se révèle finalement d’autant plus puissant au gré de certains de ses décalages temporels. Il donne l’impression d’une projection illuminée vers notre contemporain, car ses auteurs défendent avec vigueur une vision du monde transfrontalière et transnationale qui ne cherche à définir aucune périphérie. On en est loin… mais la Negro Anthology encourage et donne foi dans les formes à inventer au service de la critique, capables de restituer un grand tout à partir de la mémoire des souffrances et des luttes» poursuit Pierre BENETTI.

Nancy CUNARD, traductrice pour la Résistance, a chanté la France à travers un recueil de poèmes, dont un du 14 juillet, un autre intitulé «France» ou «The Relève and the Maquis». Par ailleurs et après la Libération, Nancy CUNARD s’est engagée dans un combat pour la restitution de biens culturels volés à la France, en étudiant les cas des musées de l’Homme à Paris, Labit à Toulouse et de 17 toiles de Pablo PICASSO volées à Paris.

Qualifiée par Louis ARAGON de «délicieux tombeau», la vie de Nancy CUNARD, une femme indomptable, imprévisible, radicalement militante et avant-gardiste, est faite de passions et d’excès (alcool, drogue, les fêtes et les longues nuits blanches) : «Vivre sans passion, sans coup de folie, est, pour elle, totalement inconcevable» écrit François BUOT, un de ses biographes. Dans son appartement de l’Ile Saint-Louis, à Paris, cette femme indomptable d’une beauté farouche écrit des poèmes sur sa vie «Je suis l’inconnue, l’étrangère, Hors la loi, rejetée par les lois de la vie, fidèle à une loi unique, une logique personnelle» dit-elle. Nancy CUNARD, incarnant les idées et les forces contraires de son temps, a toujours dénoncé ce «monde inquisiteur» notamment dans son recueil de poésie, Parallax «Moi qui suis graine, racine et noyau, enterrés dans le Présent, moi qui soutire à chaque heure sa plénitude, à présent, je te dis Prends tout, prends. Comprends qu’on ne laisse pas le choix» écrit-elle. Nancy CUNARD a célébré les échos de l’éphémère «seul le vin permet de penser, moins pesamment, et si on l’on a presque tout oublié, il y aura toujours demain, quand quelque chose vous triture, douloureusement le cerveau, et ne faut-il pas l’excuser» écrit-elle. Nancy CUNARD s’insurge contre cette société corsetée et raciste de sa mère et revendique le droit d’aimer un Noir : «Tous deux crachons, tous deux, sur ce que nous avons aimé. Crachons sur l’amour, sur nos lits défaits.» écrit meurtri, en 1929, Louis ARAGON, dans «poème à crier dans les ruines», du recueil «la Grande gaité».

Ne se nourrissant que peu, devenue faible, dépressive et paranoïaque, Nancy CUNARD, meurt à Paris, à l’hôpital Cochin, le 16 mars 1965, ses cendres reposent au Père-Lachaise. Ses amis ont naturellement rendue hommage, à cette muse et bourgeoise qui avait été devenue combattante de l’antiracisme, de l’anticolonialisme et de l’antifascisme : «Quels que soient les motifs de toutes ces quêtes mystérieuses, il me semble qu’elles n’étaient pas motivées par l’ambition, le snobisme, le confort matériel ou par un simple caprice. La connaissant bien, je pense que cela correspond à un désir de reconnaissance ; elle voulait accomplir sa vie» dit sa grande amie, Iris TREE (1897-1968), poétesse et actrice anglaise. «Mon amie, Nancy Cunard, est morte à Paris ; c’est là qu’elle ferma ses magnifiques yeux pour toujours. Elle était consumée par une longue bataille contre l’injustice du monde. Elle souhaitait qu’on retienne d’elle trois choses essentielles : Egalité de races, égalité des sexes et égalité des classes. Je suis toujours en accord avec tous les individus, de tous les pays, qui ressentent la même chose, et agissent en conséquence» dit d’elle, son ami, Pablo NERUDA (1904-1973), un poète et diplomate chilien. «S’il y eut jamais, dans ce siècle, une Lady, une grande dans le vrai sens du terme, et son désintéressement, ce fut Nancy Cunard» écrit en 1968, Georges SADOUL.

 Références bibliographiques

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Paris, le 10 août 2022 par Amadou Bal BA - 

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