"Commission d'enquête sur les violences au Sénégal" par Amadou Bal BA

Sénégal : une Commission d’enquête libre et indépendante, sur les violences de mars 2021, suite d’un scandale sexuel concernant un opposant : 13 morts, des biens saccagés (145 publics, 139 biens privés), 300 blessés. Puis un terrorisme intellectuel, des attaques ethnicistes et racistes, sans précédent.

«Sénégal : une Commission d’enquête libre et indépendante, à la suite d’un scandale sexuel concernant un opposant, sur les violences de mars 2021»

Le calme étant revenu et les esprits apaisés, le gouvernement du Sénégal a décidé, dans la sérénité, de mettre en place une Commission d'enquête libre et indépendante sur les graves violences en mars 2021, à la suite du scandale sexuel dans lequel un opposant est mis en cause.

Pendant longtemps havre de paix, de stabilité, et pendant quelques jours le Sénégal a basculé, à la suite d'un scandale sexuel, digne de l’affaire D.S.K, impliquant un opposant sénégalais, dans de graves violences urbaines. Ainsi, un tribunal celui de Diourbel, la maison de l’avocat défendant la cause de Mme Adji SARR, la victime d’un viol, ainsi que les antennes d’une télévision privée (TFM) ont été incendiés. Des magasins, des banques, des stations d’essencerie, et même au début des touristes français (Auchan, Carrefour, Total) ont été brutalisés et dépouillés de leurs biens ; tout ce qui ressemblait à une enseigne française a été pillé et saccagé. Des jeunes instrumentalisés ont parfois servi de chair à canon, une stratégie machiavélique de marcher sur des cadavres pour accéder au pouvoir, comme en 1988 et en 1993, dans le plan diabolique de maître Abdoulaye WADE. Au total, 13 personnes ont perdu la vie, des biens publics et privés vandalisés (145 biens publics, des mairies et préfectures et 139 biens privés) et 300 blessés, dont 100 agents des forces de l’ordre ont été recensés. Il s’en est suivi des violences verbales, des insultes, des attaques racistes fondées sur l’ethnicité, des diatribes et une atmosphère de terrorisme intellectuel, sans précédent, dans les réseaux sociaux, menaçant ainsi gravement l’unité nationale et le bien-vivre ensemble. Une liste de magistrats «à abattre» a été établie par les partisans de M. SONKO. Par ailleurs, M. Assane DIOUF, un des soutiens de l’opposant Ousmane SONKO, a copieusement insulté le Khalife général des Mourides, une éminente autorité morale et religieuse, ayant pourtant contribué à sa libération et à l’apaisement du climat politique. L’odieux Assane DIOUF a fini par s’excuser pour ses insultes répétitives, en ajoutant cette remarque ignominieuse, que le Sénégal était dirigé des «hommes venus de nulle part», faisant ainsi allusion aux origines ethniques peules de Macky SALL et d’une partie de son gouvernement.

Finalement, ces violences graves en mars 2021 ont jeté le doute et le discrédit sur l'excellente image d'un Sénégal, «ce grand petit pays» comme je le surnomme, modèle de démocratie et de tolérance. Les Sénégalais, comme le monde entier, ont le droit de savoir, ce qui s’est passé exactement afin de situer les responsabilités. La Vérité et la Justice sont des exigences majeures de toute démocratie apaisée et respectueuse des principes républicains.

Le 3 février 2021, une masseuse, Mme Adji SARR, a porté plainte de viols répétés, avec menaces de mort, contre M. Ousmane SONKO, député et président du parti «Pastef, les patriotes».  Convoqué la Police judiciaire, M. Ousmane SONKO avait d’abord nié en bloc les faits, mais les fait sont têtus ; M. SONKO finira par se raviser, en précisant qu’il avait bien fréquenté ce salon de massage : «Il m’a été recommandé par mon médecin orthopédiste, un régime et une cure consistant à arrêter la pratique du sport de contact et de faire régulièrement des séances de massage et de natation. Et depuis 2007, je suis ses recommandations. (...) Aucun sénégalais ne peut admettre que cela ait pu se faire. Je réfute toute idée de viol sur cette masseuse. C’est un complot politique» dit-il.

M. SONKO estime, que de toute de façon, il n’a pas à déférer à une convocation de la police judiciaire, parce que protégé par son immunité parlementaire. En effet, M. SONKO avait déclaré qu’il ne s’y rendrait pas à cette convocation «si la voie légale (n’était) pas respectée» et son avocat, maître Bamba CISSE de préciser : «Il faut nécessairement que l’Assemblée nationale soit saisie afin de lever l’immunité parlementaire d’Ousmane Sonko, car cette poursuite a été initiée en dehors d’un flagrant délit. Sans cela, les poursuites ne peuvent pas avoir lieu». M. Ousmane SONKO, dans le déni de ses responsabilités et sa stratégie d’impunité, a prétendu qu’il serait victime d’une «lâche cabale politique». Pourtant, dès le départ de ce scandale sexuel, maître Abdoulaye WADE, «Laye N’Diombor», un politique avisé et rusé, son ami politique, soutenant M. SONKO, comme la corde soutient le pendu, avait décelé une faute politique : un opposant doit, en toutes s circonstances, rester prudent dans ses fréquentations, et dans ses déplacements se faire accompagner par son épouse.

Lorsque le Parlement a régulièrement levé l’immunité parlementaire de M. SONKO, celui-ci s’est ravisé et a refusé de se présenter devant l’officier de police judiciaire. Il a invoqué, dans une conférence de presse surréaliste divers motifs fallacieux, à savoir que la commission parlementaire levant son immunité parlementaire serait irrégulièrement constituée (le Constitutionnel a rejeté son recours), les juges en charge de son dossier seraient aux ordres, et dans ce «complot ourdi» contre lui, il invoque son droit de «résistance à l’oppression». Pour M. SONKO, le gouvernement ne connaissant que le «rapport de force», il en appelle à ses militants de «faire bloc et de se dresser contre ce projet d’effacement de la démocratie. Le temps est venu de se battre au prix de sa vie». Loin d’appeler à l’apaisement, M. SONKO a délibérément appelé à la sédition en invitant ses partisans à «un mortal Kombat». Libéré le 8 mars 2021, après une garde à vue, M. Ousmane SONKO, dans sa stratégie insurrectionnelle, a continué d’inciter à la violence, en voulant ainsi transformer un scandale sexuel, digne de l’affaire DSK, en un complot politique à son encontre. Il a incité le peuple à marcher sur le palais président, pour sortir le président Macky SALL. Pourtant et par la suite, Mme Adji SARR, dans une déclaration télévisée a bien confirmée les viols, avec menace dont elle avait fait l’objet et a juré sur le Saint Coran, le caractère véridique de ses déclarations. Mme Adji SARR a mis au défi, non encore relevé de la part de M. SONKO, lui aussi, s’il s’estimait innocent, de jurer le Saint Coran.

Face à ces graves violences, le président Macky SALL a recherché la paix et la concorde en apaisant la société : «Rien ne m’importe plus que la préservation de ce qui forme l’âme de la Nation Sénégalaise, son cœur battant, sa source de vie et d’épanouissement : c’est-à-dire l’attachement aux valeurs du vivre ensemble dans la paix, la sécurité, la liberté, la démocratie, la tolérance et le respect de nos diversités» a dit le président Macky SALL, dans une déclaration solennelle. En dépit du caractère vulnérable de toute démocratie, le président Macky SALL a tenu son rang d’homme d’Etat. Cette posture forte, républicaine et responsable du président Macky SALL a permis de décanter la situation, de calmer les esprits, de rassurer les partenaires du Sénégal, et surtout de ramener la paix et la sérénité.

En définitive, le Sénégal est un Etat de droit qui protège la présomption d’innocence reconnue à tout justiciable mais aussi, le droit pour toute présumée victime de faits répréhensibles, de voir sa cause entendue. Le Sénégal est une société démocratique garantissant à chaque citoyen le libre exercice de ses libertés et la pleine jouissance de ses droits, sans entrave aucune, contre tous les abus, toutes les violences et atteinte à leur intégrité.

Aussi, dans le cadre de la recherche de la Vérité et de la Justice, l’Etat du Sénégal va mettre en place une commission d’enquête libre et indépendante, afin de situer les responsabilités à l’occasion de ces graves violences de mars 2021.

Paris, le 11 mars 2021 par Amadou Bal BA -

 

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