"Ouganda présidentielles hauts risques" par Amadou Bal BA

Ouganda : L'élection présidentielle du jeudi 14 janvier 2021, à hauts risques, va opposer Yoweri MUSEVENI, 76 ans, président exercice,depuis 36 ans, à un artiste de 38 ans, Bobi WINE. Toujours ces régimes monarchiques et dynastiques que ne récuserait pas Donald TRUMP

Ouganda : Élections présidentielles du jeudi 14 janvier 2021 à hauts risques

Le scrutin présidentiel en Ouganda du 14 janvier 2021, va opposer Yoweri MUSEVENI, 76 ans, président exercice, excusez du peu, depuis 1986, à un jeune chanteur et homme d'affaires de 38 ans, Bobi WINE, de son vrai nom Robert KYAGULANYI. Le président Yoweri MUSEVENI a sans doute redonné un peu de stabilité, mais 35 ans déjà au pouvoir et vouloir briguer un sixième mandat de cinq ans, est-ce raisonnable ?

En suivant la Constitution ougandaise, depuis 1995, Yoweri MUSEVENI ne pouvait plus, légalement, se représenter. Qu’à cela ne tienne la limite d’âge et la limitation des mandats ont été supprimés en 2005 et 2017 :  «Comment puis-je quitter une plantation de bananes que j’ai cultivée et qui a commencé à porter ses fruits» dit Yoweri MUSEVENI. Il résume ainsi, machévialiquement, toute sa conception patrimoniale du pouvoir ; l’Etat, pour certains dirigeants, c’est une chose à eux, «leur plantation de bananes». Il faut reconnaître que Donald TRUMP ne dit pas autre chose que cela.

Avant même le scrutin du jeudi 14 janvier, en novembre 2020, 54 morts ont été déplorés. L'opposant et challenger, Bobi WINE, affirme qu'on aurait attenté à sa vie, en tirant sur lui. «Nous savons que nous sommes confrontés à une force brutale, mais nous sommes confiant, parce que le peuple ougandais est de notre côté, et l’histoire est de notre côté» dit-il. Pendant la campagne électorale, surnommé «président du ghetto», Bobi WINE porte un gilet pare-balles et un casque de protection. Dans sa programme électoral, axé sur les besoins fondamentaux de la population, la santé, l’éducation, l’eau potable et la Justice ; Sa musique galvanise les foules. «Tout au long de ma carrière musicale, j’ai chanté les défis que les gens endurent. C’est comme si j’avais fait campagne tout au long de la carrière» dit Bobi WINE, le jeune charismatique et inspirant artiste. En 2019, il avait soutenu la grève des étudiants à l’université de Makerere, à Kampala.

Désespérante, Afrique avec ses régimes monarchiques et préhistoriques. Le L'Ouganda a vécu pendant plusieurs années sous la férule du dictateur Idi Amine Dada (1925-2003), président de 1971 à 1979. Yoweri MUSEVENI avait engagé une lutter armée pour chasser Milton OBOTE (1925-2005), successeur d’Idi Amin Dada : «Le problème en Afrique, ce ne sont pas les peuples, mais les dirigeants qui veulent rester au pouvoir trop longtemps» disait-il en janvier 1986.

Traditionnellement, l'Afrique occupe une très faible place dans la politique intérieure américaine. Cependant, le candidat puis le président élu, Joe BIDEN avait élevé le ton lors de graves violences policières en octobre 2020, au Nigeria contre des manifestants. Dans ces élections en Ouganda, Joe BIDEN a redit son attachement à la démocratie.

Pourquoi tant de Chaos en Afrique ? La démocratie est-elle viable dans notre continent ? Que faudrait-il faire pour se débarrasser de ces dictateurs ?

La première observation a été dégagée par un extraordinaire économiste et observateur politique, Samir AMIN (1931-2018), (voir mon article). En effet, d'une part, il n'a presque pas de bourgeoisie nationale d'affaires en Afrique. La politique est devenue un moyen de s'enrichir sur le dos des administrés, l'Etat étant une vache à lait que les gouvernants et divers groupes de pression pressent comme un citron et sans vergogne. Un gouvernant qui quitte le pouvoir non seulement risque de perdre ses biens mal acquis mais aussi et surtout de perdre sa liberté ou sa vie. Aussi, tous les parasites vous poussent à vous accrocher, jusqu'à la mort au pouvoir sans lequel vous n'êtes plus rien.

D'autre part, ces régimes monarchiques et dynastiques ont souvent vendu les matières premières de leur pays aux occidentaux qui sous prétexte de lutter contre le terrorisme ne défendent en fait que leurs intérêts. Il ne faudrait rien attendre de ceux dont le bonheur est fondé sur le malheur des autres. «Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genou» écrit Étienne de la BOETIE (1530-1563), dans son fameux "discours sur la servitude".

Comme le dirait Léon Tolstoï (1828-1910), «le Salut est en vous !».

Paris le 12 janvier 2021 par Amadou Bal BA - 

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