"Macky SALL, bilan, perspectives" par Amadou Bal BA

Macky SALL, président du Sénégal de 2012 à 2018, a un bilan plus que flatteur. En raison de ses réalisations qui se voient, c'est un Pharaon des temps modernes. S'il est réélu, dès le 1er tour, aux présidentielles du 24 février 2019, il porte, par essence, le Sénégal au coeur. Il aura envie, pour son dernier mandat, de marquer sa empreinte profonde dans l'Histoire.

 

 

Macky SALL, un président élu en 2012, bien que né après l’indépendance dans un continent écrasé par quatre siècles d’esclavage, humilié durant la longue nuit coloniale et bousculé par les drames de la décolonisation, symbolise cette Afrique nouvelle porteuse d’espoir et d’espérance. L’héritage est lourd à porter, mais l’Afrique reste un continent d’opportunités, de créativité et d’avenir. Abandonnant les postures victimaires et contemplatives, la paresse et le défaitisme, rejetant l’afro-pessimisme ambiant, par son bilan élogieux le président Macky SALL a administré la preuve que la Politique reste une affaire de volonté, pour faire bouger les lignes dans un continent affrontant les pires handicaps. «C’est la possibilité d’action qui fait de l’homme un être politique» avait fort justement écrit Hannah ARENDT (voir mon article).

Homme introverti et timide, mais cultivé, Macky SALL aime la lecture et s’intéresse particulièrement à l’histoire. Mais il s’agit de comprendre pour agir. Si on ne sait pas d’où est-ce qu’on vient, il sera difficile de savoir où est-ce qu’on va. En effet, Macky SALL est un héritier de ce Sénégal habité, de longue date, par un souci de liberté et de dignité, par un rêve de démocratie, pour la grandeur de la République. L’Empire du Tekrour édifié au début du XIIIème siècle était connu des historiens arabes. Une partie des Sénégalais, notamment au Fouta-Toro des Almamy d’où viennent ses ancêtres, votent pour élire leur dirigeant, depuis 1776. Par ailleurs, le Fouta-Toro, avec la Révolution des Torodos, a refusé et proscrit l’esclavage. En «Tieddo», issu de la dynastie des Lam Toro et héritier des empires ancestraux des Satiguis (1512-1776) fondé par Coly Tenguella BA, et des Almamy (1776-1863) de Thierno Souleymane BAL, bien que personne n’attendait, Macky SALL, il s’est révélé être un défenseur intrépide de la République et de la démocratie, face aux tentations de dévolution monarchique du pape du SOPI. Par ailleurs, les Sénégalais votent depuis 1848 ; c’est l’un des rares pays en Afrique encore épargné, largement, des démons du tribalisme, qui a conservé le caractère civil de son pouvoir, sans coup d’Etat, et qui a déjà connu deux alternances. Le Sénégal, petit pays par ses dimensions géographiques, rayonne sur la scène internationale en raison de sa diplomatie et de la qualité de sa gouvernance qui évolue entre continuité et audace, entre souveraineté et fidélité.

Si le président SENGHOR a doté le Sénégal de solides institutions, une Nation tolérante et unie, la contribution majeure de Macky SALL aura été, loin de l’agitation stérile, des autocélébrations et des égos surdimensionnés d’une opposition bavarde et pleurnicharde, d’être un pharaon des temps modernes. Léopold Sédar SENGHOR évoquait, souvent, dans ses discours, un Sénégal radieux à l’aube du XXIème siècle. On croyait que c’était purement, le rêve utopiste d’un président-poète. En un mandat, le président Macky SALL a accompli, à travers son concept de «Sénégal Emergent», un travail titanesque qui ne fera que s’amplifier pour son dernier mandat, à partir de 2019. En effet, il arrive au pouvoir, au moment où d’importants gisements de gaz et de pétrole sont découverts dans ce pays pauvre qui n’avait comme richesses que la pêche, l’arachide et le tourisme. Au moment où des appétits s’aiguisent et que la gréviculture s’installe, les produits de ces ressources ne seront disponibles que vers 2021. Mais cela ouvre des perspectives nouvelles pour le Sénégal et sa jeunesse.

C’est un tour de force, qu’en moins de 3 ans, Macky SALL qui s’est démis de toutes fonctions, le 9 novembre 2008, sous maître Abdoulaye WADE, son mentor, un vieux lion de la politique, que l’on appelle affectueusement «Gorgui», et ait pu provoquer l’alternance de 2012. Si M. Emmanuel MACRON, dont le guide était François HOLLANDE, avait théorisé, en 2017, le «Vieux monde», Macky SALL, bien avant le président français, avait compris que le système politique sénégalais, tel qu’il fonctionnait, était condamné. Il a recherché une alliance avec des anciens socialistes qui a su résister, et encore à ce jour, à l’épreuve du temps, et en train de construire un «Nouveau monde» loin des clivages politiques traditionnels, mais fondé sur le nationalisme et l’intérêt du pays. Samir AMIN, récemment disparu, un ami du Sénégal, avait exhorté les Africains, loin des idéologies, à rechercher une voie de développement originale et adaptée à chaque pays. Macky SALL, loin du dogmatisme idéologique, en pragmatique et force tranquille, s’efforce à construire ce «Nouveau monde», et les changements que connaît le Sénégal, en ce début du XXIème siècle, se voient.

Enfant du Sine et à la fois Foutankais, Macky SALL qui parle plusieurs langues : le français, l’anglais, le Ouolof, le Peul et le Sérère, incarne cet homme nouveau, ce métissage culturel que le président SENGHOR appelait de tous ses vœux. C’est un homme qui nous ressemble et qui nous rassemble en raison de cette ouverture aux autres. Macky est né le 11 décembre 1961, à Fatick, en pays Sérère. Son père, Amadou Abdoul SALL, originaire de N’Douloumadji Founébé, dans le Fouta-Toro un vrai guerrier Tieddo : «Il était un homme grand, affectueux, courageux et fier» écrit Macky sur son père. «On peut perdre une bataille, mais il faut toujours garder l’arme au poing pour gagner la suivante» lui disait son père. Venu en 1946 dans le Sine,  initialement, son père a travaillé, en 1948, en qualité de manœuvre, lors de la construction de la Mission catholique de Fatick et de la route Fatick-Kaolack. Il a été agent au ministère de l’agriculture, et a travaillé dans une plantation. C’est Macky GASSAMA, un foutankais, originaire de Sinthiou Bamambé, qui trouve, à son père, un poste de gardien dans un projet d’agriculture de Fatick. Son père, Amadou Abdoul SALL, est décrit comme un homme généreux, calme et serein : «Mon père était un «Hal pular». Héritier de la lignée des braves résistants que furent les Sebbés Kolyaabés, il était un homme grand, affectueux, courageux et fier. Sa mère, Coumba Thimbo, une vendeuse de cacahuètes, et s’occupait de ses enfants : «Ma mère était également originaire du Fouta. Elle était la cousine de mon père : mariage endogamique. J’ai une sœur aînée, Rokia, et trois frères, Aliou, Mamadou Hady et Abdoul Aziz» précise Macky SALL. Coumba THIMBO, cousine du père de Macky, originaire de N’Guidjilone, est une Torodo authentique, dont le patronyme était KANE. THIMBO, fait «référence aux propriétaires des vaches claires. Ce qui, par altération, à la longue, est devenu THIMBO» écrit Harouna Amadou LY, un des biographes de Macky. Pour Macky, THIMBO, vient du Peul, «Baali thimbédji» en référence à la teinte sombre du pelage des moutons de la famille. «Elle plaçait la dignité au-dessus de tout : elle nous a élevé dans le culte de l’effort et de la fierté ; elle nous a appris à nous suffire de ce que nous avions et à ne pas envier plus nantis que nous» écrit Macky, à propos de sa mère.

Ses parents sont de conditions très modestes, et donc l’ascension de Macky SALL au rang de premier magistrat du Sénégal, est tout à son honneur. «Issu d’une famille originaire du Fouta, un terroir situé au nord du Sénégal, je suis né le 11 décembre 1961 à Fatick, dans le Sine, au cœur du pays sérère. Mes parents s’y étaient établis après avoir quitté leur terre originelle. Modeste, ma famille était vigoureusement dévouée aux valeurs chères à notre lignée : culte de l’effort, de la droiture, du courage et de la retenue» écrit Macky dans son autobiographie. Ses parents, originaires du Fouta-Toro, lieu de brassage et de diversité ethnique et culturelle, lui ont inculqué des valeurs fondamentales qui ont construit sa personnalité : le sens de l’hospitalité, de l’honneur, le courage, le respect des engagements, l’amour de la patrie et la défense du territoire. «On ne peut être heureux que si on partage sa joie, son bonheur, avec sa famille, ses voisins, la société» écrit Macky, sur ses valeurs familiales.

Quand on dit que «Neddo Ko Bandoum», un terme est maintenant, pour des raisons politiciennes, chargé de relans ethnicistes et de calomnies odieuses de la part de ceux qui se croient propriétaires naturels et éternels du pouvoir politique, les autres mêmes s’ils sont élus à 65% n’étant, pour eux, que des usurpateurs. En fait, «Neddo Ko Bandoum» au cœur de la culture foutankaise, depuis les temps immémoriaux,  il s’agit, tout simplement, de louer la piété ou solidarité familiale, au sens même où l’entendait Confucius, ce philosophe chinois (voir mon article). Cela signifie, chez les Peuls, que la famille est sacrée ; les aînés doivent protéger les jeunes, et ces derniers doivent tout faire, quand ils seront grands d’éviter aux Anciens le déshonneur, on n’abandonne jamais les siens. L’altérité est aussi une des valeurs fondamentales foutankaises. En effet, aimer ses parents et valoriser sa culture, ce que font tous les esprits civilisés et raisonnables, y compris de la part, je l’espère de ceux dont la bouche suinte le racisme, n’a jamais signifié détester autres. Bien au contraire, le Sénégal est Un, uni dans sa grande diversité, et l’autre nous enrichit, parce qu’il est un Moi différent. Si on n’aime pas sa famille et ses parents, il sera difficile d’aimer. C’est parce qu’on est en paix avec soi-même qu’on l’est à l’égard des autres. Ainsi, Confucius se fondant sur la piété familiale met des obligations particulières des gouvernants : «Pour bien gouverner un royaume, il est nécessaire de s’attacher auparavant à mettre le bon ordre dans sa famille. Il est impossible qu’un homme qui ne peut pas instruire sa propre famille, puisse instruire les hommes» écrit Confucius dans la Grande étude. La famille est conçue comme étant une extension de l’individu et l’Etat comme une extension de la famille, et le Prince étant à ses sujets ce qu’un père est à ses fils. «Le seul Prince qui inspire la joie, est celui qui est le père et la mère de la Nation» écrit Confucius. En effet, le Prince est comme «une mère qui embrasse tendrement son nouveau-né. Elle s’efforce, de toute son âme, à prévenir ses désirs naissants ; si elle ne les devine pas entièrement, elle se méprend beaucoup sur l’objet de ses vœux» écrit Confucius dans la Grande étude. «Neddo Ko Bandoum»,  c’est tout le sens du combat des immigrants peuls se sacrifier pour venir en aide aux parents, au sens large, restés au pays.

Par conséquent, le terme «Neddo», la personne humaine, véhicule en lui, toutes les valeurs foutankaises de l’honneur, de la Kersa, de la dignité, du respect des aînés et des Anciens, et surtout la famille est un espace de solidarité et un lieu de transmission de valeurs entre générations : «A mes défunts parents pour leur leçon de dignité, de courage et d’humilité et dont la mémoire traverse ce livre» écrit Macky SALL dans son autobiographie. Pour examiner la personnalité d’un individu, l’univers familial est une des grilles importante de lecture pour déceler «les vibrations profondes», les ressorts, ce qui le fait avancer : «Au vrai, je suis un homme de combat. (..) Ce trait de caractère me vient de loin. (..) De ce passé, je ne renie rien» écrit Macky. Le prénom de Macky a été choisi en hommage à l’amitié entre son père et Macky GASSAMA, député-maire de Fatick et époux de Aïssata BAL, originaire de Bodé, née en 1936, et descendante de Thierno Souleymane BAL. Suivant la tradition orale des Foutankais, «Macky» prénom des fils de El Hadji Omar TALL, est censé procurer bonheur et prospérité à ceux qui le portent.

On avance que le patronyme d’origine de la famille de Macky serait «BA». En fait, les «SALL» ou «Salsalbé» sont ceux qui refusent, les entêtés qui se sont faits remarqués par leur désir d’indépendance et de l’indépendance et de liberté. En effet, suivant un manuscrit arabe de Ciré Abbas SOW, traduit, en 1913, par Maurice DELAFOSSE et Henri GADEN (Voir mes articles consacrés à ces 2 éminents africanistes), deux passionnés des histoires des Peuls, le chef de clan, Birom Bocar, un descendant de M’Bolu Makam. Ce dernier profitant de disputes familiales au sein des Lam-Toro pour prendre le pouvoir. Birom aura sept fils, dont Ely Bana, bien qu’il soit le cadeau, un homme juste et généreux qui succèdera à son père. El Bana, deuxième Lam-Toro, surnommé Moussa Mo Labbo Lélé, alla se réfugier au Saloum, quand Coly Tenguella BA (Voir mon article sur cet unificateur du Fouta-Toro et fondateur de la dynastie des Dényankobé) a engagé sa conquête du Fouta-Toro.

Le professeur Harouna Amadou LY, qui a fait recours aux généalogistes et aux témoignages a établi, de façon rigoureuse, que le président Macky SALL est un descendant d’Ely Bana, cette famille royale de Guédé, portant le titre de Lam-Toro (Roi du Toro). Suivant Yéro DIAW, dans ses chroniques du Oualo, Fatimata SALL, fille du Lam-Toro, est la mère de N’Diadiane N’DIAYE, fondateur de l’empire du Djolof. Par conséquent, les N’DIAYE sont des descendants de Peuls. «Les Sebbé, auxquels appartiennent les Sall de N’Guidilone et N’Douloumadji, sont des «Rimbbé», c’est-à-dire des personnes affranchies de toute subordination, donc des hommes totalement libres» écrit le professeur Harouna Amadou LY. Le président WADE avait déclaré, fin février 2015 : «(Macky Sall) c’est un descendant d’esclaves. (…) Ses parents étaient anthropophages (…) Ils mangeaient des bébés et on les a chassés du village. (…) Ceux qui sont propriétaires de la famille de Macky Sall sont toujours là, vivants. Il sait [qu’il est] leur esclave. Je le dis et je l’assume parce qu’on ne peut pas toujours cacher les vérités. (…) Jamais mon fils Karim n’acceptera que Macky Sall soit au-dessus de lui. Dans d’autres situations, je l’aurai vendu en tant qu’esclave». Cette stupéfiante déclaration du président WADE a été contestée : «Wade a tout faux sur notre famille. Nous sommes de grands propriétaires terriens. Nous avons des esclaves partout dans le Fouta» déclare au journal Le Monde, Djiby SALL, un cousin de Macky, résidant à N’Douloumadji. La réaction du Macky SALL est mesurée mais outrée : «Puisque j’en suis à mes origines et à ma famille, je ne peux passer sous silence, mes lecteurs et mes amis ne le comprendraient pas, un point relatif à des propos nauséabonds qui en surprirent plus d’un. Des propos que l’on n’attendait pas de celui qui les a tenus, quand on sait qu’il a eu la chance, l’honneur et le privilège d’avoir occupé les plus hautes fonctions dans un pays de mesure qui a toujours donné une belle image de lui au reste du monde. La politique politicienne est ce qu’elle est et se prête à tous les coups bas, hélas. Lorsqu’en 2015, la Justice a traduit Karim Wade devant un tribunal, son père, mon prédécesseur, a perdu toute mesure» écrit-il dans son autobiographie.

Le jeune Macky suit ses études à l’école primaire d’abord à l’école Tafsirou Aliou Mor BOYE à Foundiougne où était installé provisoirement son père, puis à l’école Moustapha Baïdy BA, de 1968 à 1975. Elève discipliné, Macky est studieux. Après son CEPE, il fréquente le Collège Khar N’Doffène DIOUF, et obtient son DFEM en juillet 1979. Macky est affecté en seconde C, au Lycée Gaston Berger, à Kaolack. Macky dont les revenus de ses parents sont modestes, est hébergé par une amie de sa famille. Sa mère a contribué à financer ses études : «Elle a vendu ses bijoux en argent pour financer mes études» écrit Macky SALL. Animé d’une grande piété famililale «Macky est omnibulé, non pas par les études, mais par la passion de réussir et le devoir de venir en aide à ses parents» écrit Harouna Amadou LY. C’est ainsi donc que Macky, après avoir réussi son baccalauréat en 1982, poursuivra ses études, d’octobre 1982 à novembre 1988, à l’Institut des Sciences et de la Terre, à la faculté des sciences de l’UCAD, à Dakar, et obtient, à ce titre le diplôme d’ingénieur géologue-géophysicien. Ces études de géologue enseignent que le raisonnement doit découler de l’observation, il faut du sang-froid et de la patience : «La pratique du pouvoir exige la capacité d’encaisser, de ne pas réagir tout de suite, de réfléchir d’abord sur le long terme» écrit Macky.

En 1988, Macky effectue un stage d’un an à la Compagnie des phosphates de Thiès, et obtiendra, en mai 1981, son premier emploi, à PETROSEN, une société des pétroles du Sénégal. Après une formation complémentaire à l’Institut Français du Pétrole, à l’Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs, à Rueil-Malmaison, en France, Macky obtient, en 1993, son certificat d’études spécialisées. Il est nommé, à son retour au Sénégal, chef de la division de la banque des données de PETROSEN, où il restera en fonction, jusqu’en avril 2000.

«La femme est la ceinture qui tient le pantalon de l’homme» dit un proverbe africain. Macky SALL dédie sa biographie à son épouse : «A Marème, mon épouse, en reconnaissance de sa fidélité, de sa constance et de son combat, pour dire sa part inestimable dans mon parcours». En effet, derrière la réussite de chaque homme illustre, se cache, en fait, une femme qui, par son amour immense, est d’un soutien inestimable. Presque tous les grands dirigeants du Sénégal, à l’exception de Mamadou DIA, qui ont étudié en France, onte épousé des femmes européennes ou Antillaises (Blaise DIAGNE, Lamine GUEYE, Valy Diodio N’DIAYE, Léopold Sédar SENGHOR et Abdoulaye WADE). Amady Aly DIENG (voir mon article sur ce nationaliste hors pair) voyait, dans ces mariages interraciaux, un signe de créativité intellectuelle, nos traditions sociales étant étouffantes peuvent empêcher l’individu d’être performant. Macky SALL qui a étudié, essentiellement, au Sénégal s’est marié avec une métisse Sérère et Peule, Marième FAYE. La mixité est là, mais là où on ne l’attendait pas. En 1991, Macky, devenu géologue, de passage à Diourbel, rencontre, grâce à un ami Mamadou TALLA, un enseignant, Marème FALL, originaire de M’Pal, fille d’El Hadji Ass FAYE, chef comptable à l’ONCAD et d’Oumou DIALLO, une Peule saint-louisienne. Oumou DIALLO était remariée à Diourbel. Macky se marie le 18 septembre 1993 avec Marième FAYE qui lui donne trois enfants (Amadou, Ibrahima et Kathoum), et renonce à ses études pour se consacrer à sa famille : «Pour Marème, la famille prime sur tout. Son mérite est d’autant plus grand qu’elle avait choisi de mettre un terme à une formation au bout de laquelle elle serait devenue ingénieure, comme son mari, et aurait exercé un métier dans lequel elle aurait sûrement brillé» écrit Macky.

Ses adversaires politiques qui le sous-estiment, et souvent à leurs dépens, décrivent Macky SALL comme quelqu’un de timide, d’austère, «un Niangual», qui ne sourit jamais. Mais, en fait, c’est un «Khélifaddo», de responsable en Peul : «C’est un homme sérieux, calme, maître de lui, un conducteur d’hommes. Doté d’une grande habileté politique, il sait que le secret est au cœur du pouvoir et le secret du pouvoir, c’est le secret» écrit le regretté Hamidou DIA, dans la préface de la biographie que lui a consacrée le professeur Harouna Amadou LY. «Le Sévère, c’est un surnom que j’ai peut-être mérité. Comme certains ont pu s’en rendre compte, je ne suis pas particulièrement souple. Mais je suis beaucoup moins rigide que mon image pourrait le laisser croire. Être un homme d’État, cela veut dire trancher, prendre des décisions, rendre des arbitrages, donc mécontenter une partie de ceux qui subissent le contrecoup de ces décisions» reconnaît-il dans son autobiographie. Son épouse joue un rôle important à ses côtés : «Marème est, depuis toujours, engagée politiquement à mes côtés. Marème a toujours joué les conciliatrices : psychologue, elle sait arrondir les angles, ménager les susceptibilités et contribuer à la résolution de nombre de problèmes. Elle harmonise, car à moi, le temps me fait défaut. Sans elle, je ne pourrais accomplir ma mission au niveau où je l’ai placée. Marème a le rire et l’humour communicatifs. Personnellement, je serais un peu plus austère» écrit Macky.

Dans son itinéraire politique, le jeune Macky adhère d’abord, à And–Jëf (Agir ensemble), de Landing SAVANE, un parti, à l’époque, clandestin et d’obédience maoïste. Son père, Amadou Abdoul SALL, disparu le 23 septembre 1998, était un militant socialiste : «Pour moi, à 16 ans, c’était le parti du pouvoir, de l’arrogance, ça ne me plaisait pas. Le PS représentait l’ancien monde, la démocratie tronquée» écrit-il à propos du parti de SENGHOR. Ainsi donc, au collège, Macky entame son éducation politique : «J’y ai rencontré en classe de troisième un de mes oncles, Abdoul Samba N’Diaye, qui était professeur de mathématiques. Il était très politisé et a commencé à me transmettre des écrits révolutionnaires, notamment sur Lénine» écrit Macky. Mais s’il est subjugué, comme les jeunes de sa génération, par les maoïstes qui avaient une certaine hégémonie culturelle dans les années 70 et 80. L’engagement politique démarre au lycée Gaston Berger à Kaolack : «J’étais un élève très sensible à la revendication sociale, peut-être parce que je venais d’un milieu modeste. J’ai lutté contre les inégalités» écrit Macky. Il s’engage, officiellement, chez And-Jëf, quand il est devenu étudiant, à la cellule de base de la Cité universitaire de Dakar. Macky n’appréciait pas le militantisme effréné, avec les réunionites et la vente des journaux. Il acquiert, toutefois, une certaine culture politique venant de la Gauche, chez les maoïstes : «Il y a une prise de conscience pour non seulement lutter contre l’inacceptable injustice, mais aussi créer les conditions d’un progrès social. C’est ça qui m’a conduit à militer tout naturellement dans les rangs des partis de gauche» dit-il.

Aux élections présidentielles du 27 février 1983, sous Abdou DIOUF, Macky décide de s’émanciper de Landing SAVANE, il refuse le boycott des élections, et appelle à voter pour maître Abdoulaye WADE du Parti démocratique sénégalais. Macky découvre, en fait, qu’il est un républicain : «Je n’ai jamais été de ces gens à œillères qui ne dérivent jamais de la ligne juste, qui s’enferment à vie dans une pensée unique» écrit Macky. Il a ses héros en politique. Tout d’abord, c’est Nelson MANDELA, pour son courage légendaire face à l’Apartheid. Ensuite, c’est Charles de GAULLE, pour son audace, son nationalisme et son patriotisme. C’est enfin Mao ZEDONG, il faut encercler les villes par la campagne, pour gagner la bataille du développement. Cependant, Macky estime comme SENGHOR qu’il «faut s’enraciner dans ses valeurs. Un arbre sans racines ne tient pas et ne produit rien». Il est élogieux à l’égard du président Abdou DIOUF, pour qui il a du respect.

En fait, Macky ne s’engage, activement au Parti démocratique sénégalais, une orientation libérale travailliste, qu’à partir de 1989 : «Wade avait été emprisonné. A sa sortie, il a lancé un appel aux cadres sénégalais que j’ai trouvé extraordinaire. J’y ai répondu» dit Macky. Dans son autobiographie, même s’il en parle à l’imparfait et donc pour l’Histoire, Macky SALL a reconnu les qualités de son mentor, maître Abdoulaye WADE, sans détours et de façon sincère : «Wade est une figure qui a marqué le pays de façon incontestable, il fut l’opposant historique de Senghor, puis de Diouf. Il y avait une opposition plurielle. (…) Il y avait un leader plus charismatique que les autres. (..) Wade a été magistral, il irradiait littéralement ! Il m’a accueilli à bras ouverts. (…) Wade : un avocat qui savait manier les mots, insuffler de l’espoir dans ses discours. C’est un homme sec, au regard perçant. Politiquement, il a compris le désir de changement d’une grande partie du pays (…). Wade était une belle machine intellectuelle et politique. (..) Lorsqu’il vous prend par le bras et se penche vers vous pour vous parler, on se sent regonflé, prêt à tout pour servir sa cause». Macky est admis dans la coordination des cadres du PDS, dont il préside la commission énergie et mines. Il est coopté par le secrétariat national et devient secrétaire général adjoint de la fédération du Sine. Son ascension a été discrète «Je ne fais pas le titre des journaux, je ne cherche pas la lumière, je passe pour un bon cadre du P.D.S., qui ne fait ni vagues, et reste loin des intrigues» écrit Macky.

Directeur de PETROSEN, Macky est nommé, avec cumul d’emplois, conseiller spécial, en charge des mines et de l’énergie, du président WADE d’avril 2000 à mai 2001. Il accède au poste de ministre des mines, de l’énergie et de l’hydraulique, de mai 2001 à novembre 2002. De novembre 2002 à août 2003, il est élevé, dans le gouvernement de Mame Madior BOYE, au rang de Ministre d’Etat, toujours aux mines. En août 2003, il est promu au rang de Ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, des collectivités locales et porte-parole du gouvernement. Macky est placé sous l’autorité d’Idrissa SECK, un prétendant à la succession d’Abdoulaye WADE : «C’est un homme  à tendance autoritaire, tranchant, il ordonne. Le Président Wade m’annonce : «Je veux que vous alliez à l’Intérieur. Jusqu’ici, j’étais dans un ministère technique, là, je me rapproche du tout-politique, voire du cœur de l’État. Je ne le désirais pas. Il m’a poussé à le faire. «Si c’est votre choix et si j’ai votre soutien, j’accepte.» À ce poste hautement sensible et très difficile, j’étais au milieu des tensions entre Wade et Seck, entre le marteau et l’enclume. Les hommes d’État sont entourés de collaborateurs plus ou moins brillants. Parmi eux, certains endossent le costume de «tueurs» écrit Macky.

Du 21 avril 2004 au 19 juin 2007, Macky accède au poste de premier ministre. Il dirige la campagne des présidentielles et des législatives de 2007. «La lutte entre le Président Wade et son Premier ministre a fait une victime de taille : l’action publique. Le Président avait été élu sur la base de promesses concrètes, notamment la réalisation de grands chantiers devant la somme de travail nécessaire pour cela. J’ai réussi à impulser les réformes et les chantiers que voulait le Président» dit Macky.

Pendant ce temps, les partisans de Karim WADE, à travers «La Génération du concret» s’agitent. Le rouleau compresseur contre Macky est en marche. Le 20 juin 2007, Abdoulaye WADE le nomme président de l’Assemblée nationale, ce qui indique la porte de sortie. La crise entre Macky et son mentor vient de démarrer : «La rupture avec Abdoulaye Wade a été très dure à vivre. Cela faisait presque 20 ans que je combattais à ses côtés. Du jour au lendemain, j’étais devenu, pour le président et son entourage, le paria, l’ennemi à abattre, un effronté à détruire», dit Macky dans son autobiographie. Abdoulaye WADE, qui avait un projet de dévolution monarchique, comme un Cronos dévorant ses fils, il sombre dans la paranoïa du pouvoir solitaire. Maitre WADE tiendra, bien plus tard, des «propos nauséabonds», en affirmant : «Macky Sall est un descendant d’esclave, jamais mon fils n’acceptera que Macky Sall soit au-dessus de lui» dit l’ancien président WADE. La pression et les coups bas étaient fréquents, mais faisant le bilan des douze années au pouvoir avec Abdoulaye WADE, Macky SALL estime que «c’est la politique des petits meurtres entre amis, la soupe qui ne sent pas très bon».

«Penser, c’est dire non» suivant le philosophe Alain. Acculé, dos au mur, Macky, le guerrier Tieddo, «M’Bégnou Ganna», comme on le dit en Peul, entreprend le combat majeur de sa vie qui va conduire à la défaite d’Abdoulaye WADE, et donc à la deuxième alternance, en 2012.

I – Macky, l’intrépide «Tieddo» et la défense de la République et de la démocratie

Macky, cet intrépide guerrier «Tieddo», s’est fixé un objectif majeur dans sa vie : «Le combat, c’est toute ma vie : je me suis battu pour être un jeune ingénieur, je me suis battu pour l’homme politique que j’admirais, je me suis battu contre l’injustice dont j’étais victime, je me suis battu pour revenir plus fort et gagner un combat que je devais absolument assumer au nom de la République. Et je me battrai encore contre la corruption, contre l’illettrisme, contre l’intolérance, contre la misère. Je me battrai pour mon peuple» écrit Macky, dans son autobiographie.

Sur la crise entre Macky SALL et le président WADE, les avis divergent. Pour Harouna Amadou LY, la décision de convoquer Karim WADE de s’expliquer de sa gestion de l’O.C.I., serait «une maladresse».

Pour Alioune FALL, dans son ouvrage «Contre vents et marées», qui ressemble à s’y méprendre à une biographie, dès que Macky est nommé président de l’assemblée nationale, le rouleau compresseur est en marche : «l’assemblée nationale est le premier cimetière politique où on compte enterrer définitivement le maire de Fatick (Macky) dans les calculs des forces obscures du Palais» écrit FALL. Ce n’est pas, Macky, président de l’assemblée nationale qui a convoqué Karim, mais Mamadou SECK, président de la Commission des Finances. M. SECK deviendra président de l’assemblée nationale, en remplacement de Macky lors de sa démission de tous ses mandats.

Dans son autobiographie Macky donne aussi sa version des faits. Ainsi, déjà, lors d’une réunion de direction du P.D.S. au Palais, le 19 juillet 2007, il est soumis à une procédure inhabituelle : une fouille corporelle : «J’ai toujours assumé mon parcours aux côtés de Wade. J’ai passé onze ans dans l’opposition et sept ans avec le chef de l’État. Ce qui m’a révolté en 2008, c’était le sentiment d’une profonde injustice. Mon engagement avait été total à l’égard de Wade, et ma fidélité absolue. J’ai travaillé sous les ordres du Président comme conseiller, puis ministre, chef du gouvernement, jusqu’à présider l’Assemblée nationale» dit-il. Macky, dans son autobiographie, affirme que c’est la Commission de l’économie générale du Parlement qui a convoqué Karim, afin qu’il s’explique sur sa gestion des fonds de l’ANOCI : «En demandant cette audition, elle est parfaitement dans son rôle. On parle du fils du Président, certes, mais nous sommes dans une démocratie où chacun a sa partition à jouer et où nul n’est censé ignorer la loi ni se mettre au-dessus d’elle. Je suis le président de l’Assemblée nationale, donc je contresigne la lettre officielle qui convoque Wade junior, c’est mon rôle. Si j’avais refusé de signer cette lettre, je me serais mis hors la loi, ce qui était impensable. Le président de l’Assemblée ne participe pas à cette commission, c’est celle-ci, comme toutes les autres, qui organise son programme de sessions comme elle l’entend» écrit-il. Les diverses mesures d’intimidation n’ont pas suffit à faire plier le «Tieddo» intrépide : Maître Abdoulaye WADE a sous-estimé Macky SALL : «Il ne savait rien de mon éducation, rien de mes origines, rien de ce que j’avais reçu des miens, et qui avait forgé et façonné ma personnalité profonde» écrit Macky. Il a placé son combat sur le champ de la défense des valeurs républicaines : «Aujoud’hui, nous nous battons pour la République, et chacun de nous porte la cause de la citoyenneté. Même si ma vie devait s’arrêter ici, vous n’avez pas le droit d’abandonner ce combat, autrement vous seriez jugés devant le tribunal de l’Histoire» dit Macky à ses amis.

Le Sénégal, modèle de démocratie en Afrique noire, avant tous les autres pays du continent, a failli sombrer dans la présidence à vie et l'instauration d'une dynastie, comme dans certains Etats africains. Macky SALL a mis un coup d'arrêt à cette dérive monarchique par son élection en 2012. «Ma stratégie, simple, était de contraindre le président Wade à aller jusqu’au bout, à faire adopter cette loi (réduction du mandat de président de l’assemblée nationale) qui lui reviendra en pleine figure. Il gagne à court terme, mais il en paiera le prix. (…) Je n’ai plus qu’à devenir son adversaire politique le plus déterminé, au nom des principes de la République» écrit Macky.

Dans cette bataille électorale de 2012, Macky SALL a su créer des alliances crédibles et proposer un projet innovant, s’inspirant des Etats généraux. Certes, au départ, l’opposition avait des réticences à l’égard du candidat Macky SALL. Certains murmuraient qu’élire Macky serait faire du Wade sans Wade. Par ailleurs, l’opposition significative, de l’époque, incarnée par Ousmane Tanor DIENG et Moustapha NIASSE était fondamentalement divisée, les rancunes sont restées tenaces. Cependant, ces concurrents d’hier, ont honoré leurs engagements au second tour, en faisant voter pour Macky SALL, qui est devenu ainsi le patron incontesté de la majorité présidentielle. Les alliés repartent unis à ces présidentielles du 24 février 2019.

Cependant, il faut rendre hommage également au président, Abdoulaye WADE qui a reconnu sa défaite, ce qui est aussi un signe de grandeur. Si maître WADE a été le pape du SOPI et a conduit l’opposition au pouvoir, après 40 ans de démocratie sans alternance, la tentation monarchique l’a empêché d’y voir clair, dans les attentes des Sénégalais du moment. En effet, le président WADE était persuadé que  le «Ndiguël» (consigne de vote des marabouts mourides) suffisait à lui garantir sa réélection. Quand on parle du «Neddo Ko Bandoum» (Piété ou solidarité familiale), il faut se méfier des mots. Ainsi de 1848 à 1914, les Européens et les Métis avaient gardé pour eux le mandat de député du Sénégal à l’Assemblée nationale française. C’est Blaise DIAGNE, en s’appuyant sur les Lébous de Dakar et sur Cheikh Amadou Bamba BA, qui avait provoqué la première alternance. Depuis lors et jusqu’à l’indépendance, les marabouts mourides, pour sauvegarder leurs intérêts ont appuyé les pouvoirs en place. C’est avec la complicité du Khalife général des Mourides, que Mamadou DIA, un Fountankais, a été écarté du pouvoir et mis en prison, pendant 12 ans. Tous les compagnons de route du président DIA ont été exilés ou mis en prison. Comme le dirait Charles de GAULLE, à l’égard de Philippe PETAIN, «la vieillesse est un naufrage». Même de nos jours, maître Abdoulaye WADE, n’a pas encore renoncé à mettre en avant son fils, il a ainsi déclenché une guerre de succession fratricide au sein de son parti, le PDS. Les prétendants au trône sont nombreux, et c’est chacun pour soi.

Durant son premier mandat présidentiel, de 2012 à début 2019, Macky a fait voter deux lois consolidant la démocratie sénégalaise. C’est d’une part, la loi constitutionnelle du 20 mars 2016, adoptée par référendum, à la suite d’une campagne hystérique de l’opposition. Un président ne peut plus être élu, plus de deux mandats. L’esprit du 23 juin 2011, qui est désormais une ligne rouge tracée par le peuple sénégalais, a prévalu. Désormais, la tentation d’autocratie, d’un régime monarchique et dynastique, au Sénégal, sera difficilement réalisable.

D’autre part, l’assemblée nationale sénégalaise a voté le 15 avril 2018, une loi sur le parrainage citoyen en vue de rationaliser les 300 partis politiques. Les élections de 2012 ont montré que seulement 5 partis politiques sortaient du lot. La liberté de création des partis politiques est préservée, mais pour participer aux élections présidentielles, le parrainage citoyen est devenu un mode de filtrage qui est de l’intérêt de l’opposition, sans force de proposition, sans leadership, si émiettée et divisée.

 II – Macky SALL et ses politiques internes et internationales

A – Macky et son «Sénégal Emergent» : un pharaon des temps modernes

 Après 40 années d’inertie de nos amis socialistes, il faut saluer les réformes entreprises par maître Abdoulaye WADE, président du Sénégal de 2000 à 2012. Cependant, signalons que Macky SALL a été le premier ministre au mandat le plus long sous maître Abdoulaye WADE, une période de trois années. C’est donc sous son autorité, que l’essentiel des grands travaux engagés par le président WADE, ont été engagés. Là où le premier ministre Idrissa SECK était embourbé dans l’immobilisme, Macky SALL, devenu premier ministre, en homme discret, fidèle et efficace, a fait avancer les projets de WADE. «Il est modeste, il ne fait pas beaucoup de bruit, mais il est efficace» avait dit en novembre 2006, WADE de son premier ministre.

«Si on analyse le bilan de ma présidence, les faits parlent d’eux-mêmes», écrit-il. Macky est comme François MITTERRAND, une force tranquille. En sept années, à travers son projet de «Sénégal Emergent», il a accompli des travaux d’infrastructure titanesques, d’une ampleur pharaonique : TER, autoroutes, ponts, aéroport Blaise Diagne, Musée des civilisations noires, Centre de Diamiano, etc.

C’est grâce à la réussite de la première partie du «Sénégal Emergent» que notre pays a été choisi pour abriter les Jeux olympiques de la Jeunesse en été 2022. Le Sénégal, modèle de démocratie et de stabilité en Afrique, a été choisi pour présider la Commission des Nations Unies des droits de l’Homme.

B – Macky et sa diplomatie équilibrée : entre continuité et rupture

 «La vocation de mon pays, depuis l’indépendance, est d’être ami de tous les pays et de n’avoir aucun ennemi» écrit Macky SALL. Cette ligne politique prudente est dans la continuité, mais aussi en rupture avec l’orientation tracée par Léopold Sédar SENGHOR, un homme de la guerre froide, marquée par une relation presque exclusive avec la France.

Dans les rapports privilégiés entre la France et le Sénégal, il y a l’héritage du colonialisme, la France ayant été présente au Sénégal depuis l’an 1365. Mais c’est une relation complexe oscillant entre amour et répulsion, une rencontre difficile entre deux cultures et un brassage humain, et des préjugés plus que jamais persistants : «Une telle complexité ne saurait être réduite à la rumination éternelle d’un passé ou à l’angélisme d’une mémoire oublieuse». Dans sa démarche, le président SALL fait souvent référence à l’histoire : «Pour le géologue que je suis, l’histoire est faite de strates, de sédimentations, de séquences et d’étapes successives. Il ne saurait y avoir de blocs homogènes. Ma conscience politique, depuis mon premier engagement, a été nourrie de références anticolonialistes. Mais cette histoire ne saurait altérer les rencontres amicales et fraternelles. (…). La France est un pays ami et un partenaire privilégié» écrit Macky.

 SENGHOR avait réduit les bases militaires, symboles d’une domination d’un autre temps. Les jours du Franc C.F.A. sont comptés, les Africains recherchent activement une autre monnaie plus conforme à leurs intérêts et respectueuse de leur souveraineté. Le Sénégal a noué une coopération avec la France, notamment avec le T.E.R, qui représente ce qui y a de meilleur dans la technologie française. Cependant, le bilan de la société Orange reste contrasté, en raison de ses coûts prohibitifs et d’un Internet de mauvaise qualité.

Le président Macky SALL a fait de la diaspora, en raison de sa contribution au développement du Sénégal, la 15ème région de notre pays, avec l’élection de 15 députés depuis 2017 : «Notre défi est d’impliquer, encore plus, la diaspora sénégalaise dans notre stratégie d’émergence et de développement» écrit-il.

Le président Macky SALL, tout en restant fidèle à ces relations historiques avec la France, a su diversifier les relations internationales du Sénégal, afin de mieux assurer, garantir son indépendance et sa souveraineté.

Le Sénégal, qui a amélioré ses relations avec la Mauritanie et la Gambie, entretient de bonnes relations économiques et commerciales avec des pays comme la Turquie et le Maroc.

Le président Macky SALL, en rupture avec la politique d'Abdoulaye WADE qui avait privilégié les relations avec TAIWAN, a choisi la République populaire de Chine qui est ainsi devenue le 1er investisseur au Sénégal et son 2ème partenaire commercial. La diplomatie chinoise se fonde sur quelques principes : des rapports mutuellement avantageux et un respect de la souveraineté, ainsi qu'une rupture manifeste avec «l'afro-pessimisme» entretenu par les Occidentaux. Les rapports entre la Chine et l'Afrique pourraient être du «gagnant-gagnant». En effet, la Chine, 2ème puissance mondiale en pleine expansion, recherche des matières premières et les pays africains ont pour souci de diversifier leurs relations commerciales et de sortir ainsi de la logique du «pré-car» dans laquelle l'ancien colonisateur les a enfermés. Les Chinois, contrairement à la France, avec sa hiérarchisation des cultures, ne jugent pas les Africains, ils offrent des prêts à long terme, entre 25 et 30 ans, à taux réduits, et s’engagent à discuter des transferts de technologies.

 III – Macky SALL face à son dernier mandat : Un sens de l’Histoire

Macky SALL est habité par le sens de l’Histoire, son ambition est de servir son pays. Même s’il a bien travaillé au cours de son premier mandat de président du Sénégal (2012-2018), il veut aller encore plus loin : «Ne croyez pas que je m’en satisfasse, et je vienne devant vous, le sourire aux lèvres. (…) Je veux plus pour le Sénégal ; ce plus de l’ordre du possible» écrit-il. Son plan «Sénégal Emergent» couvre la période jusqu’en 2035. Il a pour ambition, s’il est réélu le 24 février 2019, au premier tour, de s’attaquer aux sujets suivants qu’il juge prioritaires :

- le logement ;

- l’agriculture ;

- la santé ;

- l’instruction et l’emploi.

Une gestion rigoureuse des finances publiques sera au cœur de ce deuxième mandat présidentiel. En 1847, le Sénégal ne comptait que 201 000 habitants. Sa population est de 16 millions en 2018, et un tiers de celle-ci concentrée dans Dakar et sa région. Ce qui créé un engorgement de la circulation, des difficultés d’approvisionnement en eau et énergie. Par ailleurs, 65% des habitants ont moins de 35 ans ; ce qui créé une très forte demande en éducation, formation, emploi et logement. 56% du budget du Sénégal est consacré à des dépenses sociales, et tous les secteurs, avec la grévitude, réclament leur part du gâteau. Or dans notre pays, divers groupes de pression et des parasites, notamment les pouvoirs religieux, ont obtenu des avantages considérables. L’argent corrompt tout. Le 8 décembre 2018, le budget pour l’année 2019 a été arrêté à 4 000 milliards de C.F.A, soit 6,1 milliards d’euros, en vue de «projets économiquement rentables et socialement utiles» suivant M. Amadou BA, le ministre des Finances.

Le président Macky SALL a obtenu plus de 14 milliards pour le financement de la deuxième phase de son plan «Sénégal Emergent». Les bailleurs de fonds, à Paris les 17 et 18 décembre 2018, ont estimé que les réalisations de 2012 à 2018 sont suffisamment convaincantes pour faire confiance à la bonne gouvernance de Macky SALL.  Sur le plan social, le gouvernement envisage de conforter des projets sociaux (Bourse de sécurité familiale, CMU, Couverture maladie universelle, amélioration de l’alimentation en eau potable de Dakar, désenclavement des zones frontalières, aménagement du cadre de vie urbain) et régler certaines dépenses de personnel, notamment les enseignants et les hôpitaux, réduire le taux d’endettement, et engager des négociations pour le financement de la deuxième phase du Plan Sénégal Emergent.

Jusqu’ici, le Sénégal, était connu pour sa production arachidière, sa pêche et son tourisme. Les mines de fer, d’or et de phosphates n’avaient pas rapporté de revenus substantiels. Après plusieurs décennies de prospection, voilà qu’il a été découvert d’importants gisements de gaz et de pétrole, ce qui alimente tous les fantasmes. «Je suis très heureux d’être le président qui a accompagné les formidables découvertes en matière d’énergie depuis 2015. (…) Cela a subitement projeté le Sénégal sur la scène des grands pays pétroliers et gaziers» écrit Macky. Il a une grande conscience de cette opportunité et n’aimerait pas que ces ressources se transforment en une malédiction pour son pays. Aussi, le président Macky SALL a une vision claire et stratégique de ces  ressources qui ne seront pas disponibles avant 2021. En effet, l’affectation des ressources doit être diversifiée, de façon à éviter le syndrome hollandais «ne pas tout sacrifier à l’or noir, ne pas abandonner les secteurs traditionnels au profit de cette manne» écrit-il. Ces richesses doivent servir à investir plus dans l’agriculture, l’énergie l’éducation, la santé, l’industrialisation du pays. Une partie de ces revenus seront dédiés aux générations futures. Le président Macky SALL veut dégager un consensus national autour d’une transparence absolue dans l’utilisation de ces richesses, avec une traçabilité rigoureuse.

Durant ce deuxième mandat, il y a encore tant de défis à relever. En effet, le président Macky SALL aura à cœur de sauver l’école sénégalaise dont le niveau ne cesse de baisser avec ces grèves endémiques, travailler pour une administration plus performante, promouvoir la ruralité et l’agriculture, renforcer l’unité et la cohésion nationale, promouvoir les règles du jeu démocratique, ainsi que l’indépendance du juge constitutionnel. «La vraie, la grande politique, c’est faire en sorte que, chaque matin, ces hommes, ces femmes et leurs familles sentent qu’on leur prête attention et qu’on pense à eux et à leurs légitimes aspirations à un mieux être» écrit Macky SALL, pour sa conception de la Politique.

 

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 Indications bibliographiques

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 2 – Critiques de Macky SALL

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Paris, le 15 décembre 2018, actualisé le 20 décembre 2018, par M. Amadou Bal BA.

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