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Billet de blog 17 août 2022

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"Marie-Lyne CHAMPIGNEUL et la Mémoire" par Amadou Bal BA

«Marie-Lyne CHAMPIGNEUL, ses combats pour la Mémoire organise un colloque international des 6, 7, 8 octobre 2022 à l'auditorium de la médiathèque de Saint-André et le 9 octobre 2022 à Terre-Sainte, à Saint-Pierre (La Réunion) sur «l'histoire des systèmes carcéraux" .

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«Mary-Lyne CHAMPIGNEUL, ses combats inlassables pour la Mémoire et le Bien-vivre ensemble» par Amadou Bal BA -

Mme Marie-Lyne CHAMPIGNEUL organise un colloque international des 6, 7, 8 octobre 2022 à l'auditorium de la médiathèque de Saint-André sur «l'histoire des systèmes carcéraux : les conditions de détention dans la zone océan indien». Le dimanche 9 octobre 2022 à Terre-Sainte, à Saint-Pierre (La Réunion), une table ronde «réparation-réconciliation» qui sera précédée d'un film documentaire, de 2016, du guadeloupéen Franck SALIN, «citoyens bois d'ébène».

En contact sur Facebook de très longue date avec Marie-Lyne CHAMPIGNEUL, je n'avais eu l’occasion de rencontrer cette «amie virtuelle», que pendant ce mois d'août 2022. Je me suis rendu compte, qu'en dépit de la distance, Marie-Lyne CHAMPIGNEUL résidant à la Réunion, beaucoup de choses nous rapprochent, notamment sa grande proximité avec la Chine, le Sénégal et le Bénin.

En particulier, Marie-Lyne CHAMPIGNEUL est connue et reconnue pour ses combats pour la continuation de l'action de l'historien et universitaire de la Réunion, Sudel FUMA (1952-2014), disparu, tragiquement, à la suite d'une embarcation de pêche ayant chaviré. Sudel FUMA s'était battu pour que l'ancienne prison, Juliette Dodu, ne soit pas transformée en bureaux ou appartements d'habitation. «Pour moi, il s'agit d'un deuxième crime contre ce haut lieu de mémoire de l'esclavage et de l'engagisme» avait dit Sudel FUMA. Le «premier crime» fut celui de la destruction des archives de la prison Juliette Dodu, en 1996, notamment les documents d'affranchissement ou les rapports sur le marronage. Construite en 1771, détruire cette prison Juliette Dodu, serait enlever l'âme de ce lieu, «un des symboles de la résistance des esclaves» dit Sudel FUMA. Par ailleurs, cette prison, Juliette Dodu, était aussi une lieu de détention des engagés qui avaient osé réclamer leur dû ou exigé une amélioration de leurs conditions de travail. Par conséquent, Sudel FUMA s'était farouchement opposé à la transformation de cette prison Juliette Dodu en logements ou en bureaux ; elle «est un condensé de l'histoire réunionnaise, de la domination et de la souffrance coloniales» avait dit Sudel FUMA.

Sudel FUMA est l'auteur d'une thèse, à Aix Marseille, sur «les mutations économiques et sociologiques à la Réunion au XIXÈME siècle». Il a aussi dirigé 6 thèses sur l'histoire de l'île Bourbon, devenue Île de la Réunion. Professeur d'histoire contemporaine à l'université de la Réunion et titulaire de chaire à l'UNESCO, Sudel FUMA avait relaté «le miracle créole». En effet, les anciens esclaves étaient, dans leur écrasante majorité (plus de 79%), des cultivateurs, mais ils ont légué aux générations futures, une langue, un patrimoine culturel et des coutumes.

Le combat que mène Marie-Lyne CHAMPIGNEUL est d'autant plus honorable, en dehors de la distance de l'Hexagone et du manque de moyens, on est confronté à une certaine petite musique qui démobilise : «l'esclavage et la colonisation, c'est du passé. Arrêtez d'en parler, sinon vous allez renforcer les forces du Chaos ou peut-être que seriez des citoyens déloyaux à l'égard de la République, qui ne s'occupe pas de la couleur. Rompez les rangs ! Déposez les armes, et devenez des citoyens, comme les autres !».

Oui, bien sûr, et comme René MARAN (1887-1970, voir mon article), Prix Goncourt de 1921, nous aurions aimé être des «citoyens pareils aux autres», en référence au titre d'un de ses romans. Cependant, ce sont autres, et dans leur hiérarchisation permanente des valeurs de la vie, qui nous renvoient en permanence à nos origines. Un Code de l'indigénat, qui ne dit pas son nom, est en train de se mettre en place.

Par conséquent, un des grands défis de notre temps, les chaînes de l'esclavage ayant disparu, officiellement de longue date, à mon sens, il existe désormais des chaînes invisibles : l'esclavage mental. En effet, 62 ans après les indépendances africaines, il y a encore de très solides chaînes invisibles qui ligotent l'Afrique et ses diasporas. Dans certaines d'informations continue ou dans le discours politique, chaque mot débité est une sorte d'insanité à l'encontre des racisés et de la Raison ; les coups de fouet claquent très fort à longueur de journée.

Par conséquent, je loue, sans retenue, la pugnacité et la détermination de Mme Marie-Lyne CHAMPIGNEUL, constamment mobilisée dans ses combats pour la Mémoire et la transmission. "Si tu ne sais pas qui tu es, ne sauras jamais où est-ce que tu vas" dit en substance un proverbe africain. J'invite donc tous à soutenir, très activement, ce colloque de Marie-Lyne CHAMPIGNEUL, à la Réunion.

Je rappelle aussi le colloque que la Fondation sur la Mémoire de l'esclavage va organiser, en novembre 2022, à Dakar, au Sénégal. L'objet de colloque international est de répertorier et rassembler les chercheurs francophones travaillant sur l'histoire, la culture et la citoyenneté dans leurs espaces géographiques.

Cette initiative de la Fondation pour la Mémoire de l'esclavage est d'autant plus importante que la question de l'esclavage est sous-estimée ou inexistante en Afrique. En dehors du combat mené par notre ami Doudou DIENE, cette question de l'esclavage reste largement portée par les Antillais, dont certains ont, à tort, un ressentiment à l'égard des Africains, estimant qu'ils auraient été vendus par leurs frères du continent noir.

Dans la production littéraire et artistique Africaine ce qui domine, ce sont les questions d'indépendance et de lutte contre la Françafrique. Or, et à modeste avis, la question de l'esclavage est primordiale. En effet, le colonisateur, l'avait bien compris, sans rétablir officiellement l'esclavage aboli en 1848, il avait mis en place un Code de l'indigénat, un système de réification du colonisé, faisant de lui, en fait, un esclave, à travers le travail forcé et cette justice indigène échappant à tout contrôle d'un juge (Maître Amadou Lamine Coura GUEYE (1891-1968), celui a abrogé le Code de l’indigénat, voir mon article.

De nos jours, en France, les diasporas africaines et Antillaises sont confrontées à cette résurgence d'un Code l'indigénat clandestin ; ils sont écartés des principaux lieux de décisions et soumis, en permanence, à la haine, à la stigmatisation et au lynchage des chaînes d'information continue de Vincent BOLLORE.

Mais le plus grave, c'est que ces diasporas restent passives devant la montée des forces du Chaos. Le plus dur des esclavages est l'esclavage mental ; il s’agit d’une servitude volontaire crainte ou ambition. On s'applique soi-même un sceau sur les lèvres pour empêcher une vérité utile de s'en échapper, une manière de vendre son âme au diable, disait en substance Ernest LEGOUVE (1807-1903) : «Emancipez-vous de l’esclavage mental ! Personne d’autre que nous, ne peut libérer nos esprits» disait Bob MARLEY (1945-1981, voir mon article).

Paris, le 17 août 2022, par Amadou Bal BA - http://baamadou.over-blog.fr/

En contact sur Facebook de très longue date avec Marie-Lyne CHAMPIGNEU, je n'avais eu l’occasion de rencontrer cette «amie virtuelle», que pendant ce mois d'août 2022. Je me suis rendu compte, qu'en dépit de la distance, Marie-Lyne CHAMPIGNEUL résidant à la Réunion, beaucoup de choses nous rapprochent, notamment sa grande proximité avec la Chine, le Sénégal et le Bénin.

En particulier, Marie-Lyne CHAMPIGNEUL est connue et reconnue pour ses combats pour la continuation de l'action de l'historien et universitaire de la Réunion, Sudel FUMA (1952-2014), disparu, tragiquement, à la suite d'une embarcation de pêche ayant chaviré. Sudel FUMA s'était battu pour que l'ancienne prison, Juliette Dodu, ne soit pas transformée en bureaux ou appartements d'habitation. «Pour moi, il s'agit d'un deuxième crime contre ce haut lieu de mémoire de l'esclavage et de l'engagisme» avait dit Sudel FUMA. Le «premier crime» fut celui de la destruction des archives de la prison Juliette Dodu, en 1996, notamment les documents d'affranchissement ou les rapports sur le marronage. Construite en 1771, détruire cette prison Juliette Dodu, serait enlever l'âme de ce lieu, «un des symboles de la résistance des esclaves» dit Sudel FUMA. Par ailleurs, cette prison, Juliette Dodu, était aussi une lieu de détention des engagés qui avaient osé réclamer leur dû ou exigé une amélioration de leurs conditions de travail. Par conséquent, Sudel FUMA s'était farouchement opposé à la transformation de cette prison Juliette Dodu en logements ou en bureaux ; elle «est un condensé de l'histoire réunionnaise, de la domination et de la souffrance coloniales» avait dit Sudel FUMA.

Sudel FUMA est l'auteur d'une thèse, à Aix Marseille, sur «les mutations économiques et sociologiques à la Réunion au XIXÈME siècle». Il a aussi dirigé 6 thèses sur l'histoire de l'île Bourbon, devenue Île de la Réunion. Professeur d'histoire contemporaine à l'université de la Réunion et titulaire de chaire à l'UNESCO, Sudel FUMA avait relaté «le miracle créole». En effet, les anciens esclaves étaient, dans leur écrasante majorité (plus de 79%), des cultivateurs, mais ils ont légué aux générations futures, une langue, un patrimoine culturel et des coutumes.

Le combat que mène Marie-Lyne CHAMPIGNEUL est d'autant plus honorable, en dehors de la distance de l'Hexagone et du manque de moyens, on est confronté à une certaine petite musique qui démobilise : «l'esclavage et la colonisation, c'est du passé. Arrêtez d'en parler, sinon vous allez renforcer les forces du Chaos ou peut-être que seriez des citoyens déloyaux à l'égard de la République, qui ne s'occupe pas de la couleur. Rompez les rangs ! Déposez les armes, et devenez des citoyens, comme les autres !».

Oui, bien sûr, et comme René MARAN (1887-1970, voir mon article), Prix Goncourt de 1921, nous aurions aimé être des «citoyens pareils aux autres», en référence au titre d'un de ses romans. Cependant, ce sont autres, et dans leur hiérarchisation permanente des valeurs de la vie, qui nous renvoient en permanence à nos origines. Un Code de l'indigénat, qui ne dit pas son nom, est en train de se mettre en place.

Par conséquent, un des grands défis de notre temps, les chaînes de l'esclavage ayant disparu, officiellement de longue date, à mon sens, il existe désormais des chaînes invisibles : l'esclavage mental. En effet, 62 ans après les indépendances africaines, il y a encore de très solides chaînes invisibles qui ligotent l'Afrique et ses diasporas. Dans certaines d'informations continue ou dans le discours politique, chaque mot débité est une sorte d'insanité à l'encontre des racisés et de la Raison ; les coups de fouet claquent très fort à longueur de journée.

Je loue, sans retenue, la pugnacité et la détermination de Mme Marie-Lyne CHAMPIGNEUL, constamment mobilisée dans ses combats pour la Mémoire et la transmission. "Si tu ne sais pas qui tu es, ne sauras jamais où est-ce que tu vas" dit en substance un proverbe africain. J'invite donc tous à soutenir, très activement, ce colloque de Marie-Lyne CHAMPIGNEUL, à la Réunion.

Je rappelle aussi le colloque que la Fondation sur la Mémoire de l'esclavage va organiser, en novembre 2022, à Dakar, au Sénégal. L'objet de colloque international est de répertorier et rassembler les chercheurs francophones travaillant sur l'histoire, la culture et la citoyenneté dans leurs espaces géographiques.

Cette initiative de la Fondation pour la Mémoire de l'esclavage est d'autant plus importante que la question de l'esclavage est sous-estimée ou inexistante en Afrique. En dehors du combat mené par notre ami Doudou DIENE, cette question de l'esclavage reste largement portée par les Antillais, dont certains ont, à tort, un ressentiment à l'égard des Africains, estimant qu'ils auraient été vendus par leurs frères du continent noir.

Dans la production littéraire et artistique Africaine ce qui domine, ce sont les questions d'indépendance et de lutte contre la Françafrique. Or, et à modeste avis, la question de l'esclavage est primordiale. En effet, le colonisateur, l'avait bien compris, sans rétablir officiellement l'esclavage aboli en 1848, il avait mis en place un Code de l'indigénat, un système de réification du colonisé, faisant de lui, en fait, un esclave, à travers le travail forcé et cette justice indigène échappant à tout contrôle d'un juge (Maître Amadou Lamine Coura GUEYE (1891-1968), celui a abrogé le Code de l’indigénat, voir mon article.

De nos jours, en France, les diasporas africaines et Antillaises sont confrontées à cette résurgence d'un Code l'indigénat clandestin ; ils sont écartés des principaux lieux de décisions et soumis, en permanence, à la haine, à la stigmatisation et au lynchage des chaînes d'information continue de Vincent BOLLORE.

Mais le plus grave, c'est que ces diasporas restent passives devant la montée des forces du Chaos. Le plus dur des esclavages est l'esclavage mental ; il s’agit d’une servitude volontaire crainte ou ambition. On s'applique soi-même un sceau sur les lèvres pour empêcher une vérité utile de s'en échapper, une manière de vendre son âme au diable, disait en substance Ernest LEGOUVE (1807-1903) : «Emancipez-vous de l’esclavage mental ! Personne d’autre que nous, ne peut libérer nos esprits» disait Bob MARLEY (1945-1981, voir mon article).

Paris, le 17 août 2022, par Amadou Bal BA - 

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