«Sport et politique : la finale de la CAN : Sénégal-Algérie» par Amadou Bal BA

Le Sport au-delà des passions, du chauvinisme et de la frustration des petits peuples, doit nous réunir autour de l'essentiel. La diaspora africaine ne devrait pas perdre de vue l'essentiel, à savoir la conquête de la citoyenneté dans les pays de résidence, afin d'éviter la marginalisation, et le combat pour la démocratie en Afrique.

 

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Même si le Sénégal a perdu contre l'Algérie, ils se sont battus comme des Lions, notamment au cours de la deuxième mi-temps. Avec cette défaite, le Sénégal vit un double deuil, d'avoir perdu ce match ainsi que Tanor DENG. Je reste très fier de ce beau parcours des Lions de la Téranga. Nos braves Djambars ont fait vibrer les cœurs de toute une nation à l'unisson pendant toute cette compétition. «Un peuple, un but» dit notre devise. On sait se chamailler mais aussi se retrouver autour de l'essentiel. Diarama à nos braves Lions !

Dans ce match de la finale de Coupe africaine, je dis à mes très nombreux amis Algériens (Nadia, Ouardia, Bénaouda, Béloufa, Malika, Zoubir, Selim, Mohamed, Abderahmane, etc), que par principe, j’ai choisi le Sénégal. Ce grand petit pays qu’est le Sénégal a été deux fois en coupe du monde, et c’est sa deuxième participation à la finale de la CAN. Il aurait été justice et équité, que les Lions de la Téranga, puissent battre les Fennecs d’Algérie. Mais il n’y a pas toujours de logique en sport, si ces deux nations sont finales, c’est qu’elles ont démontré leur valeur haute valeur professionnelle.

A mon sens, au-delà de cet événement sportif majeur, je suis sidéré, à certains égards, par les tournures politiques, que le Rassemblement national tente de donner à cette rencontre. Déjà sur injonction de cette entreprise familiale, à Paris, lors de la petite finale, du 17 juillet 2019, opposant la Tunisie au Nigeria, certaines stations de métro ont été fermées. Pour cette finale de la CAN, se déroulant en Egypte, le mouvement de panique insufflé par le Rassemblement national s’est largement étendu à la province. En France, on parle rarement des compétitions sportives africaines, même quand elles sont d’un niveau, si ce n’est qu’en termes de stigmatisation des indigènes de la République. Certes, il y a eu des incivilités, regrettables et condamnables, opérées par une minorité de supporters algériens. Pour l’essentiel, les Français, d’origine algérienne, ont exprimé leur joie, dans le calme et la dignité. Ces phénomènes, isolés et qui sont de la responsabilité individuelle, sont une bonne occasion, pour l’entreprise familiale, pour généraliser à toute une communauté, par principe tous qui ne seraient que des délinquants potentiels.

On oublie souvent que dans les compétitions de haut niveau les sportifs engagés ont souvent une double nationalité ou sont engagés dans des clubs européens de haut niveau. Ainsi les deux entraîneurs du Sénégal et de l'Algérie sont nés à Champigny-sur-Marne, dans la banlieue parisienne. Sur les 22 membres de l'équipe algérienne 14 sont nés en France et pour l'équipe sénégalaise 11 sont également Français.

Pourtant, quand nos Gilets jaunes dégradent des biens publics ou privés, ce n’est qu’une protestation sociale. Certains policiers qui avaient violentés des Gilets jaunes ont été décorés. On est frappé par cette indignation sélective. On est loin du slogan de Pierre de COUBERTIN, «l’essentiel est de participer» puisque de nos jours, bien des sportifs africains, dans les stades européens, sont victimes de propos à caractère raciste (qualifiés de singes, ou on leur jette une banane), sans que cela ne soulève des marches sur la Place de la République. Quand Yannick NOA gagne c’est un Français, quand, il perd, il redevient un Camerounais.

Le sport tend à prendre une place dominante dans la vie sociale. Les grands champions sportifs figurent parmi les héros de notre temps: ils attirent les foules du stade et, en nombre souvent immense, les publics de la télévision. Pour nous, les vaincus, le sport concentre à lui tout seul les frustrations et les espoirs de peuples longtemps asservis par la nuit du colonialisme, de l’esclavage, de l’ethnicité ou du chauvinisme.

Bien de nos ancêtres les Gaulois, sont persuadés quel que soit l’issue de cette finale de la CAN, les supporters algériens saccageront tout sur leur passage. Sans nier, cette dimension de l’ordre public, je crois que les Français issus de l’immigration et d’une manière générale, la diaspora africaine, devraient se concentrer sur les enjeux fondamentaux qui les concernent. Partout où nous somme, nous devrions viser l’excellence.

Citoyens de la République nous devrions refuser la logique colonialiste et esclavagiste dans laquelle le Rassemblement national veut enfermer les Français issus de l’immigration. Tout en venant d’ailleurs, nous sommes aussi la France. Quelle que soient les frustrations passées ou présentes, notre juste place, dans la société française ne sera possible, que nous nous organisons et participons à la vie citoyenne, et notamment aux différents scrutins électoraux à venir. A force de laisser les autres parler à notre place, nous serons encore maintenus, durablement, dans ce statut d’indigènes de la République. Il suffira que la Rassemblement national claque des doigts, et le gros bâton est brandi, comme au temps de l’esclavage.

La diaspora devrait aussi s’intéresser au sort du continent noir. L’Afrique loin d’être pauvre, avec la complicité de notre Maître, est asservi par des régimes dictatoriaux, préhistoriques, monarchiques, corrompus ou tout simplement paresseux. Dans le cas du Sénégal, le Secrétaire Général du Parti socialiste, Ousmane Tanor DIENG, est mort en France. Pourtant, le PS a régné pendant 40 ans sur le Sénégal. Est-ce à dire que nos dirigeants reconnaissent par là leur forfaiture, leur manque de confiance aux structures hospitalières africaines ? On sait que BOUTEFLIKA et Paul BIYA se soignent en Suisse. Une bonne partie des dirigeants africains meurent dans les pays occidentaux. On se souvient de Sékou TOURE, qui vilipendait l’impérialisme et qui est mort aux Etats-Unis. Léopold Sédar SENGHOR, chantre de la Négritude est mort à Paris.

Par conséquent, je demande, instamment, à notre gouvernement, de régler sans délai, la dette intérieure notamment à l'égard des hôpitaux du Sénégal, des enseignants et nos entreprises nationales. Si les gens fortunés peuvent se soigner à l'étranger, il n'en est pas de même pour les autres, même quand leur vie est menacée. C'est souvent la diaspora, quand elle le peut, qui règle les frais médicaux des parents malades restés aux parents. Nous, de la diaspora, nous avons donc notre mot à dire, sur l'utilisation des deniers publics dans les pays africains.

L’Algérie, après une guerre contre le colon, ses larmes et ses cercueils, a vu sa Révolution trahie par des dignitaires «révolutionnaires» qui ont tout confisqué. En dépit, d’une lutte, pacifique et héroïque, du peuple algérien, le clan mafieux et l’armée ne redonneront pas facilement au peuple sa souveraineté et sa dignité.

Tels sont mon sens, les problèmes fondamentaux qui devraient davantage mobiliser la diaspora africaine.

Bravo aux Lions qui ont décroché le titre de vice-champion. La prochaine fois sera la bonne !

J'adresse mes félicitations à mes amis Algériens.

Paris le 19 juillet 2019 par Amadou Bal BA.

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