"Afro18 Market aliments africains en France" par Amadou Bal BA

M. MBaye N’DIAYE et son entreprise «AFRO18 Market» - «www.afro18.com», de distribution de produits alimentaires africains en France»

AFRO18 Market» - «www.afro18.com», la plateforme de distribution de produits alimentaires africains en France

«Il faut écouter la forêt qui pousse, plutôt que l’arbre qui tombe» avait dit un philosophe allemand, G. W. F HEGEL (1770-1831). Des changements lents, parfois en profondeur,  sont en gestation. En effet, au moment où une certaine France frileuse présente tous les racisés comme étant de dangereux séparatistes, des délinquants, islamistes ou des terroristes en puissance, une race de capitaines d’industrie, sans faire de grands bruits, est en train d’émerger en France. Je vous avais, dans différents articles, relaté ces audaces, dans le domaine entrepreneurial, qui sont de bons points d’appui pour la diaspora africaine en France (La mode : Mmes Nelly WANDJI, My Bélinda, M. Youssouf FOFANA et sa Maison du Château rouge ; restauration : le Petit Dakar, à Paris, dans le Marais et Mory SAKHO de Top chef à l’étoile du guide Michelin et son émission «Cuisine ouverte» sur France 3, le samedi. Au siècle dernier, et en pleine ségrégation raciale, aux Etats-Unis, Mme C.J WALKER (1867-1919) a été la première noire, cheffe d’entreprise millionnaire (voir mon article) ; elle a mis sa fortune au service du mouvement Harlem Renaissance et la lutte pour les droits civiques.

La réussite du bien-vivre ensemble dépendra largement de l’accès aux lieux de décisions politiques et économiques. L’émergence d’une bourgeoisie noire fera reculer, considérablement, le racisme, les Africains cantonnés dans les tâches ingrates sont encore assimilés à des indigènes de la République. Les Chinois, arrivés dans les années 80, bien après les Boat People du Vietnam, ont conquis tous les cafés parisiens, en dépit de différentes entraves (contrôle vétérinaires, fiscaux, de police ou des inspections du travail). L’immigration maghrébine, plus ancienne, a fini par émerger, timidement dans le domaine de la boucherie et les petites boutiques d’alimentation. Les Portugais, initialement des gardiens d’immeubles, ont monté d’importantes entreprises en bâtiment. Dans le domaine de l’entreprenariat, de nombreux secteurs sont à prendre par la diaspora africaine encore confinée dans la servitude, comme la sécurité, les services à la personne. Tout récemment, et dans d’autres secteurs des Africains ont percé (M. Alain MABANCKOU aux éditions «Le Point», M. Pap NDIAYE au Musée de l’immigration, Omar SY et son Lupin). Mais ces belles promotions n’auront de sens que si elles sont mises au service du bien-vivre ensemble, afin d’aider les autres à émerger et à se prendre en charge pour l’accès aux lieux de décisions, notamment économiques, comme l’avait fait Mme C.J. WALKER.

Dans mon article consacré au Marché Château Rouge, le marché africain à Paris 18ème, je constatais que les magasins des produits d’alimentation africains, étaient presque exclusivement détenus par des Asiatiques. Les Africains, à Château Rouge, sont encore des employés de ces boutiques ou des consommateurs de ces produits, venant pourtant de l’Afrique ou des Antilles. Finalement, Mbaye NDIAYE, autoentrepreneur, à travers «AFRO18 Market» a eu l’audace de briser cette malédiction, en lançant sur le Net, un système de distribution de produits africains en France. Il suffit de se connecter sur leur site, www.afro18.com, de choisir ses produits, et en un click, se faire livrer chez soi.

«AFRO18 Market» est une entreprise de vente en ligne de produits africains 100% naturels, notamment des céréales («Thiakry», un dessert peul fait à base de lait et couscous ; «Arraw», le couscous, «Thiéré» en Ouolof ou «Latthiry» en peul, le Sankal, le Soungouf, le Fonio, une céréale diététique, l’Achéké), les apéritifs (Cajou, arachide, nougat) et divers épices («Nénétou» en grains, gombo en poudre et farine de «Niébbé» (haricots), «Lalo» (feuilles de baobab), «Dakatine» (crème d’arachide, Karité, etc.). Par ailleurs, «AFRO18 Market» distribue du «Bissap» en Ouolof, ou «Folléré» en peul, cette boisson rouge faite avec une sorte de fleur d’hibiscus, «le Bouye», en Ouolof, du jus de fruit de baobab ou pain de singe, le gingembre.

 M. Mbaye NDIAYE, fondateur de «AFRO18 Market» a bien voulu m’accorder un entretien.

 1 - Quel est votre parcours scolaire et professionnel ?

Réponse de M. Mbaye NDIAYE : J’ai un diplôme d’ingénieur généraliste obtenu en 2006 (ENSTA – Paris) et un master en management et gestion obtenu en 2009 (CNAM – IIM).

J’ai 15 ans d’expériences professionnelles en France dans le secteur Finance, Banque et Assurance.

Depuis étudiant, j’ai toujours été sensible et impliqué dans des initiatives associatives pour la promotion de la culture africaine, mais également aux problématiques de développement de l’Afrique. J’ai toujours considéré que la contribution de la Diaspora au développement de l’Afrique, ne pouvait se limiter à un rôle de pourvoyeur de fonds pour satisfaire aux besoins de consommation de la famille restée en Afrique. Le potentiel de la diaspora en tant qu’investisseur direct ou en tant qu’entrepreneur est très largement sous-estimé.

En dehors de mes activités professionnelles, je suis resté ancré sur mes racines africaines et paysannes en particulier. J’ai hérité de mes parents un lien très fort avec l’agriculture qui a bercé toute mon enfance car mes parents ont vécu toute leur vie au village où je suis né et ou j’ai grandi. Et à chaque fois que je retourne au Sénégal, c’est comme un éternel retour aux sources originelles.

2 - Qu'est-ce qui vous a décidé à vous orienter vers le business ? 

Réponse de M. Mbaye NDIAYE : L’idée de me lancer dans cette aventure d’entrepreneuriat avait germé dans ma tête quelque temps avant la période du COVID 19.

J’avais fait le constat global que les produits africains sont peu valorisés en Europe, du fait qu’ils sont : (i) peu référencés dans la grande distribution, (ii) cloisonnés dans des espaces de vente non accessibles à la majorité de la diaspora (ex : 18ème arrondissement de Paris) et (iii) proposant très peu de services de vente en ligne et de livraison à domicile, etc.

Pour conforter ce constat j’avais d’abord lancé un premier sondage en ligne à travers mon réseau, et le premier retour étant sans appel sur la nécessité de faire quelque chose allant dans le sens d’apporter une solution innovante face à ces attentes.

Pendant la première phase de confinement, je me suis retrouvé moi-même assez rapidement dépourvu de produits du pays, notamment les céréales que mes enfants adorent manger le soir. C’est en ce moment que j’ai d’abord cherché naïvement un fournisseur sur internet avec livraison à domicile. Hélas, peu d’offres sur le marché ou à des prix excessifs !

C’est en ce moment que j’ai eu un déclic en réouvrant le sondage que j’avais laissé de côté pour me rendre compte qu’il fallait faire quelque chose.

Le jour d’après, et en plein confinement, j’ai commencé à bosser tous les soirs sur ce projet qui a donné naissance 3 mois plus tard à la mise en ligne de la plateforme AFRO18 Market. Le «18» étant une référence symbolique au Marché africain du 18ème arrondissement de Paris.

3 - Pouvez-vous me présenter votre entreprise ? 

 Réponse de M. Mbaye NDIAYE :  «AFRO18 Market» est une Marketplace en ligne qui propose des produits africains 100% naturels. Elle a pour ambition de promouvoir la culture africaine, à travers la mise en valeur de ses produits agricoles issus du terroir local.

 C’est en cela que «AFRO18 Market» apporte une innovation et une proposition de valeur unique sur ce marché à travers :

  • Un accès à une large gamme de produits africains ;
  • Une qualité de produits aux normes standards ;
  • Des prix compétitifs et accessibles à tous ;
  • Un service de livraison fiable, sécurisé et disponible partout en France métropolitaine ;
  • Et de nombreux services à valeur ajoutée (modes d’usage et de préparation, conseil diététique, découverte de nouvelles saveurs africaines etc..). 

 Nous avons mis en place un modèle de partenariat avec des producteurs locaux basés en Afrique et qui s’articulent autour de «4 piliers vertueux» : Un partenariat éthique - Une collaboration durable - Des exigences de qualité - Un partage de valeur équitable.

 4 - Comment avez-vous pu monter votre entreprise, en termes d'associés, de fonds, locaux et études de marché ? 

 Réponse de M. Mbaye NDIAYE : J’ai lancé ce business, en tant que fondateur, avec un investissement initial sur fond propre. Pour mettre en place ce service et développer les activités, j’ai pu bénéficier notamment de l’appui de mon entourage, mais également de mon réseau sur des sujets divers et variés.

 Dès le lancement, nous avons mis en place un système de communication nous permettant d’avoir les feedbacks en continu de nos clients, en vue d’améliorer la qualité du service ou d’enrichir notre offre de produits.

 5 – Quel bilan depuis la création de votre entreprise : réalisations et défis surmontés ? 

 Réponse de M. Mbaye NDIAYE : Après plus de 6 mois d’activités, nous avons largement dépassé nos attentes en termes de phase de tests, et cela dès les 3 premiers mois qui ont suivi le lancement.

 Actuellement, nous bénéficions d’un écho très favorable auprès de la clientèle du fait notamment du contexte de COVID19.

 Notre service est disponible sur l’étendue de la France avec un service de livraison sous 48 heures.

 Au début de notre aventure, il n’a pas été aisé de trouver des fournisseurs fiables et capables d’être en ligne avec les normes et standards attendus sur les produits. C’est un point sensible sur lequel nous n’étions pas prêt à la moindre concession, quitte à refuser de travailler avec des fournisseurs ne pouvant pas nous garantir un respect strict de nos exigences. Aujourd’hui nous avons pu mettre en place un partenariat durable et très fort avec les fournisseurs qui nous accompagnent.

 6 – Quelles perspectives ?

 Réponse de M. Mbaye NDIAYE : La plateforme a pour vocation de s’imposer sur le marché afro en Europe et de devenir le leader dans ce domaine.

Nous comptons d’ici à horizon 22, ouvrir les services sur d’autres pays en Europe (Espagne, Italie, Belgique etc ..).

M. Mbaye NDIAYE et son «AFRO18 Market» mériteraient dans cette perspective d’un modèle de consommation en Afrique et d’un accès aux lieux de décision pour la diaspora, être appuyés et soutenus.

La diaspora africaine est une tête de pont entre l’Europe et l’Afrique afin de promouvoir une nouvelle forme de coopération, loin des schémas de la Françafrique. De ce point de vue, l’immigration est une chance pour la France. En effet, le chef étoilé de Paris 14ème, du guide Michelin, M. Mory SAKHO, fait la promotion de ces produits africains et mélangés à ceux de la France. Un modèle de consommation, pour la diaspora africaine en France, en relation avec les agriculteurs africains est en train de se mettre en place, dont l’un des promoteurs est M. Mbaye NDIAYE, à travers son entreprise «AFRO18 Market».

Ce nouveau modèle de consommation peut contribuer, considérablement à créer des emplois pour les jeunes au Sénégal, après ces émeutes de la faim en début mars 2021. Songez seulement que le Sénégal consacre plus de 300 milliards de FCA (458 015 268 €) par an, de dépenses pour importer des produits alimentaires fabriqués ailleurs, alors qu’une main-d’œuvre désœuvrée et galopante, fuit la campagne, s’entasse dans les villes et n’a de rêve que pour l’exil en pirogue.

Cette jeunesse est à la fois une bombe, si rien n’est fait, mais aussi et surtout une chance, si elle était formée et mobilisée, notamment en vue de certains objectifs stratégiques, pour la modernisation de l’agriculture et de la pêche. L’agriculture pourrait être un levier pour un début d’industrialisation en Afrique, dans le respect des normes environnementales, à condition que les questions de tracasseries douanières, de logistique et de bonne conservation de ces produits soient résolues, mais aussi de fiabilité des fournisseurs, bien formés. Une des questions centrales, pour les paysans africains, sera l’accès à l’eau et à l’énergie, pendant les neuf mois de la saison sèche. Les magasins Casinos et Auchan, pillés tout récemment au Sénégal, travaillent en fait, avec les agriculteurs sénégalais.

 Contacts AFRO18 Market

Site internet : https://afro18.com/index.php

Facebook https://www.facebook.com

Instagram : https://instagram.com/afro18_market?igshid=1cw1zslf7fvpv

Paris le 21 mars 2021 par Amadou Bal BA 

 

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