«Samba Diabaré Samb (1924-2019), un griot hors pair» par Amadou Bal BA

La mort de Samba Diabaré Samb (1924-2019), un griot sénégalais hors pair, déjà déclaré par l'UNSECO "Trésor vivant de l'Humanité".

«Le Sénégal vient de perdre un de ses illustres fils, El Hadji Samba Diabaré Samb. Élevé à la dignité de Trésor humain vivant  par l’UNESCO, virtuose inimitable du xalam, il était le symbole de la dignité et du lien social. Mes condoléances émues à sa famille et à la Nation», déclare le président Macky SALL, à la mort de Samba Diabaré Samb à l’âge de 95 ans. «Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle» avait dit, en substance, Amadou Hampâté BA. Samba Diabaré Samb avait toute sa vie durant contribué au renforcement de l’unité nationale et à la défense résolue des valeurs traditionnelles. Par conséquent, c’est une triple perte pour le Sénégal, l’Afrique et l’Humanité entière.

Historien, moraliste, poète et généalogiste, Samba Diabaré Samba virtuose de la guitare traditionnelle appelée «Hoddou» par les Peuls et «Xalam» chez les Ouolofs, symbolise les valeurs de métissage et de tolérance du Sénégal.  «Le Xalam est un instrument qui recrée le passé. Il a le pouvoir de galvaniser les contemporains en faisant revivre les beautés de notre continent afin de faire jaillir les facteurs qui lui permettent d’évoluer sur le plan culturel et humain. Il faut le talent mais aussi être possesseur d’un don pour maîtriser le xalam. C’est un instrument d’une complexité déroutante. D’ailleurs, si les Européens qui ont réussi à jouer de la kora et du balafon butent sur le xalam, c’est parce qu’une part de notre histoire s’y trouve. D’où toute l’attention que nous devons porter à cet instrument pour le préserver, tout en essayant de le vulgariser en communiquant aux jeunes générations la beauté de cet instrument» dit-il. Issu d’une famille peule, de griots (Awloubé en peul) de Sally Samb et Coumba Guèye Guissé, il né en 1924 à Mouye, une bourgade située à 25 Km de Dara, dans le Diolof. Il savait parlait le Peul, mais s’est spécialisé dans la musique traditionnelle ouolof, et a souvent chanté avec Baaba Maal. A chaque fois que j’écoute «Saraba», transporté dans un autre univers, d’un Sénégal des temps anciens, j’en suis ému que les larmes coulent souvent. «Saraba» composé en 1969 est une évocation du paradis perdu.

Ce qui caractérisait Samba Diabaré Samb, issu de la confrérie des Tidjane, c’est son soufisme, sa rigueur morale, et cela a été aussi le secret de longue créative et riche : «Dans ma carrière musicale, j’ai toujours évité de me mêler des futilités. Je ne courais pas les filles, je n’ai jamais fumé ni bu la moindre goutte d’alcool. J’ai toujours essayé d’avoir une vie saine et cela me sert beaucoup dans mes années de vieillesse» dit-il.

Dès l’âge de 10 ans, Samba a choisi de consacrer toute sa vie à la défense de son art, la musique traditionnelle du Sénégal, et n’a jamais dévié de cet objectif. Désireux de mieux comprendre les techniques de jeu du Hoddou, la guitare traditionnelle sénégalaise, Samba Diabaré Samb sillonne le Sénégal et se rend à plusieurs reprises au Mali pour rencontrer, collaborer, échanger et se confronter avec les grands maîtres du ngoni (la guitare traditionnelle mandingue). Devenu maître du «Ngoni» il a conquis le roi du Diolof, Sidy Alboury NDIAYE et le cœur des Sénégalais. Parmi ses admirateurs, on note le président Abdou DIOUF.

«Celui qui ne connaît pas ses racines est un homme perdu» dit un adage sénégalais. Samba Diabaré n’avait pas cette vision manichéenne, opposant la tradition qui serait rétrograde, synonyme d’authenticité, dignité et vérité et le modernisme qui serait caractérisé par l’aliénation, le colonialisme et l’exploitation. Samba Diabaré avait une vision dynamique de la tradition comme outil de lecture du présent.

Au moment où certains veulent traîner l’unité nationale dans la boue, Samba Diabaré Samb a insisté sur ce qui unit et non ce qui divise. Son riche répertoire musical parle pour lui, notamment ses chansons : «Lagiya», «Taara», dédié à El Hadj Oumar TALL, retrace le chemin glorieux du saint homme, anticolonialiste, «Mariama Dianké», hommage à une femme prospère et généreuse, sur un air du Saloum, la célèbre chanson «Saraba», du nom de cet endroit mythique qui occupe une place importante dans l’imaginaire des guerriers et des griots. A travers sa chanson sur l’hommage à Samba Guéladiodjégui BA, ce prince Dénianké, en lutte au Fouta-Toro contre sa destitution jugée illégale, il disait, en Peul «Gniwa Alla Gaynakko», l’éléphant n’a pas de berger. En effet, Samba Guéladiodiégui ayant reconquis le pouvoir royal s’était dispensé de l’intronisation par le «Battou», l’assemblée des notables du Fouta-Toro. On peut également qu’au sommet de son art, en maître de la parole, Samba Diabaré Samb était cet éléphant, ce virtuose qui dominait toute la scène musicale sénégalaise. Un grand seigneur de la musique africaine. Toutes les distinctions n’ont fait que confirmer l’immense talent de ce musicien hors pair : Chevalier de l’Ordre des Palmes Académiques en 1983, Officier de l’Ordre du Mérite en 1984, Commandeur de l’Ordre du Mérite (1990) et Officier de l’Ordre des Arts et Lettres en 2002). L’UNESCO le consacre en 2006, «Trésor humain vivant». Un trophée représentant un xalam en or lui a été également décerné, en présence notamment du Premier ministre d’alors, Macky SALL, du ministre de la Culture et du Patrimoine historique classé, Mame Birame DIOUF. Et le Premier ministre de l’époque avait dit «Cet hommage et cette distinction reviennent à Samba Diabaré Samb en raison de son œuvre pour la perpétuation de nos cultures, nos valeurs sans lesquelles le Sénégal ne serait pas ce qu’il est. Cet instant solennel contient des moments d’enseignements que les Sénégalais, notamment les jeunes générations, pourront profiter».

Marié d’abord à Aïda M’BOUP, une proche parente de Youssou N’DOUR, après sa disparition, il se remarie à Tanta M’BAYE, et choisit comme domicile HLM, Dakar. Samba n’a pas eu de garçon, mais sa petite-fille Aïda entend poursuivre son œuvre.

Aussi, je présente mes condoléances à la famille et au peuple sénégalais. Je dis ici ma profonde gratitude et reconnaissance à Samba Diabaré Samb pour cet héritage culturel et musical riche que les suivantes générations, dont notamment la diaspora africaine, seront apprécier, préserver et fructifier.

Paris, le 21 septembre 2019, par Amadou Bal BA.

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