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Billet de blog 24 janv. 2022

"Sénégal municipales : le Tsunami" par Amadou Bal BA

Élections municipales et départementales au Sénégal : la déferlante des partisans de SONKO et Maître Malick SALL a terrassé Farba N’GOM dans le Fouta-Toro. Il va falloir reconstruire un puissant parti de centre gauche, autour d'un premier ministre et une équipe gouvernementale solide.

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«Élections municipales et départementales au Sénégal : la déferlante des partisans de SONKO et Maître Malick SALL a terrassé Farba N’GOM dans le Fouta-Toro» par Amadou Bal BA - 

Le résultat des élections locales du 23 janvier 2022 a sonné pour la majorité présidentielle comme un tremblement de terre, un tsunami. Les résultats obtenus par l’opposition ont largement dépassé leurs espérances et de grandes villes sont tombées sous leur escarcelle. Ainsi, Ousmane SONKO, celui qui avait provoqué des émeutes, à la suite d’un scandale sexuel dans un salon de massage, a été élu maire de Ziguinchor, dans le Sud du Sénégal, une région martyrisée par des autonomistes depuis 1982. A Dakar, la capitale, c’est Barthélémy DIAS, un allié de l'opposant Ousmane SONKO, qui a remporté la victoire face à Abdoulaye DIOUF SARR, Ministre de la santé. «Yewwi Askan WI» (Réveiller le peuple), une coalition de l’opposition radicale, a remporté d’autres villes, comme Guédiawaye avec Ahmed HAIDARA de la coalition YAW, en battant le maire sortant, M. Aliou SALL, le frère du chef de l’Etat ou à Kaolack, Kaffrine. A Yeumbeul Sud, Amadou HOTT de la majorité présidentielle, qui convoitait le poste de premier ministre, a mordu la poussière. A Sangalkam, où se présentait Oumar GUEYE, porte-parole du gouvernement, c’est la défaite de la majorité présidentielle.

En revanche, dans plusieurs villes les résultats restent encore incertains ou disputés, comme c’est le cas à Kaolack, Saint-Louis, Thiès, pour Yankhoba DIATTARA, ou à Rufisque pour le professeur Ismaila Madior DIOUF, universitaire et ancien Ministre de la Justice.

Même si ce sont des élections strictement locales ; elles ont une signification politique nationale. C'est incontestablement un avertissement sans frais pour le président Macky SALL. Le Sénégal comptant 571 collectivités locales, 14 régions, 172 communes, dont 46 communes d'arrondissement et 385 communes rurales, ce scrutin mesure donc la température politique, avant les législatives de juin 2022 et de la présidentielle de 2024. Les résultats sont une lourde défaite politique pour le président Macky SALL.

Cependant, et dans cette bérézina pour le camp président, il y avait un mousquetaire du président Macky SALL, à Matam, en la personne de Malick SALL et ses équipes, notamment les professeurs Abdoulay Baïla N’DIAYE et Harouna BAL. Un des points chauds de cette compétition électorale était l’élection du maire à la commune rurale de Ogo. Le griot, Farba N’GOM, qui croyait que cette zone serait son «titre foncier» a mordu la poussière. C’est finalement, Abou DIALLO BALEL de Naforé, qui a été élu maire de Ogo, au détriment de Amadou KANE DIALLO soutenu par Farba N’GOM..

Par conséquent, maître Malick SALL Garde des Sceaux Ministre de la Justice, a terrassé Farba NGOM. En effet, dans la commune de Ogo, la «NAFORé» (Utilité), conduite par Abou DIALLO BALEL, est en tête à Bélinaïdé, Danthiady, Dendoudy, Galayabé, Garly, Hamarabé, Hombo et Sinthiou Garba et a gagné au final dans un résultat serré avec un écart de 286 voix. Il faut dire que le maire sortant, Amadou Abou DIALLO, qui a été battu, est arrivé en tête à Boguel, Gana Ballol, Hiraye, Lambanguou, Léwé Nguenar, Loumbol, Ogo, Thiambé et Wassakodé. Amadou Amadou DIALLO, dans un combat loyal, a résisté, mais il a perdu. Amadou KANE DIALLO a été tout de même un beau joueur ; dans un communiqué, l’ancien maire a reconnu sa défaite et félicité, Abou DIALLO BALEL.

J’ajouterai à cela, comme un Lion du Fouta-Toro, maître Malick SALL a fait gagner à Kanel la liste «Buntu-Bi» (La porte), au détriment de Souleymane Nasser NIANE et du Candidat de Benno, limogé du cabinet de maître SALL. A Nabadji, le candidat de la coalition de Benno Bokk Yakar (S’unir pour l’Espérance), Abdoulaye Sally SALL a été sauvé par Me SALL. Thilogne, Mamadou Elimane KANE, candidat de «Buntu-Bi» (un parti de la mouvance présidentielle), a gagné grâce à maître SALL. A Ranérou, en particulier, «Buntu-Bi», liste conduite par Amadou Dawa DIALLO, un allié de Maître Malick SALL, a gagné pour la mairie et le département au détriment des candidats de Benno, des inconditionnels de Farba N’GOM.

En tout cas, un grand bravo à maître Malick SALL et à ses équipes, notamment les professeurs Abdoulaye Baïla NDIAYE, de l’IFAN et Harouna BAL dit Chita, de l’Université de Thiès.

Quels enseignements faudrait-il tirer de ces élections locales ?

C'est un séisme politique au Sénégal. Le Sénégal est bien un «Grand petit pays» en référence au titre de mon 3ème livre. En cas de désaccord, ce sont les électeurs qui décident. Et tant mieux comme cela. Les Sénégalais ont voté dans la transparence, le calme et la sérénité, les débordements, à la marge, ont été maîtrisés. Le résultat des élections, aussi bien pour les gagnants que pour les perdants, a été accepté par tous, dans la paix, même dans les cas où le scrutin était très serré.

Un des grands enjeux de ces élections qui sont avant tout locales, est de rééquilibrer ces rapports entre les villes et les campagnes. Au Sénégal, un pays rural, plus d’un tiers de la population est concentrée dans la région de Dakar. Cet afflux des populations rurales ne cesse de se développer en raison des fortes chaleurs pendant le Ramadan, d’importantes masses de populations fuient du Fouta-Toro vers Dakar ou M’Bour, où les températures sont plus clémentes. Or cette forte concentration urbaine génère de redoutables problèmes, en termes d’infrastructures, de besoins scolaires, en énergie et eau, de sécurité, de canalisations ou d’espaces de respiration (absence de parcs et jardins). La campagne se vidant de ses paysans, cela creuse également le déficit alimentaire du Sénégal.

Le président Macky SALL en développant des infrastructures étendues à l’ensemble du territoire national et avec maintenant le TER désengorgeant Dakar, le temps n’est pas venu de poser un schéma de «La ville à la campagne». Maintenant que les déplacements étant plus faciles sur le territoire sénégalais, désormais on peut vivre en grande banlieue, ou M’Bour, et venir travailler à Dakar. Cela pourrait baisser le prix du loyer ou des maisons dans les grandes villes et favoriser la création de parcs et jardins, ainsi que la libération d’une partie du littoral, pour tous.

Par ailleurs, toutes les collectivités locales sont confrontées à un terrible manque de moyens financiers, de personnels compétents, à une très bonne gestion des deniers publics. L’Etat civil n’est pas souvent rigoureusement tenu et les archives quasi inexistantes. Je ne parle pas des canalisations, de l’éclairage ou l’entretien de la voie publique, ainsi que le traitement des déchets et ordures ménagères. Il faut dire que les écoles sont essentiellement entretenues, non pas par l’Etat, particulièrement défaillant, mais par les villageois.

Sur le plan politique, et en vue du rétablissement du poste de premier ministre, les grands enjeux restent avant tout la place de la jeunesse, de sa formation professionnelle, de l’agriculture et d’un début de l’industrialisation du pays. Un nouveau gouvernement et une nouvelle équipe au service de ce Sénégal neuf et de plus en plus exigeant comme le montre ces municipales, un avertissement sans frais.

Il n’a échappé à personne que le président Macky SALL n’a pas de parti structuré ; il est lui-même et à lui tout seul son parti, et ses alliés, comme le Parti socialiste ou l’AFP sont devenus presque sans consistance. Il est grand de reconstruire et d’unifier une grande force de centre gauche, structurée, avec un logiciel politique audible et pertinent, ainsi que des militants disciplinés et combattifs. Des griots milliards, bavards et nocifs ont terni la bonne image du gouvernement.

La place de l’argent dans le jeu politique reste une préoccupation majeure. L’argent a tout pourri. En effet, à chaque compétition, de nombreux parasites viennent carrément rançonner tous les candidats, majorité et opposition. Ces quémandeurs reviennent par la suite «terroriser» le nouvel élu, au motif prétendu qu’ils auraient voté pour lui.  A quand la fin des achats de conscience ?

Paris, le 23 janvier 2022 par Amadou Bal BA - 

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