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Billet de blog 25 sept. 2022

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"Sénégal Aminata TOURE candidate en 2024" par Amadou Bal BA

Mme Aminata TOURE, Garde des Sceaux Ministre de la Justice, Première Ministre, Présidente du Conseil économique et social et environnemental, cheffe de file de la campagne législatives, puis évincée du poste de présidente de l'assemblée, a décidé de se présenter aux présidentielles de 2024. En attendant, elle sera présente au Parlement.

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«Mme Aminata TOURE dite «Mimi», est candidate aux présidentielles de 2024» par Amadou Bal BA -

Mme Aminata TOURE, dite «Mimi», a été Garde des Sceaux Ministre de la Justice de 2012 à 2013, Première Ministre de 2013 à 2014, Présidente du Conseil économique et social et environnemental de 2019 à 2020, puis évincée de ce poste au profit d’Idrissa SECK, un opposant ayant rejoint la majorité présidentielle. Auparavant, Mme TOURE a été fonctionnaire international pendant 24 ans aux États-Unis et observatrice internationale dans différentes élections en Afrique.

Sur le terrain politique depuis 32 ans, membre de l'Alliance pour la République, A.P.R., Mme Aminata TOURE a été tête de liste pendant la bataille des législatives, du 31 juillet 2022, pour le parti présidentiel. Selon Mme TOURE, il avait eu un accord ferme du président Macky SALL, afin qu’elle soit présentée pour le poste de Présidente de l’Assemblée nationale. Mimi TOURE affirme, c’est seulement le 12 septembre 2022, à 9 h 16, juste avant le début de la séance, que le Président Macky SALL l’a informée qu’il avait changé d’avis. Cependant d'autres sources indiquent que le parti présidentiel se serait réuni, en séminaire, quelques jours avant le 12 septembre 2022, afin de partir uni à la bataille du perchoir ; il semblerait qu'une vingtaine de députés de l'APR seraient hostiles à Mimi TOURE, sans doute des amis d’Amadou BA, l'actuel Premier ministre. Partir divisé serait donc, pour le camp présidentiel, suicidaire, l'écart étant seulement d'un siège entre majorité et opposition. Un point à élucider.

Par conséquent, et en raison de revirement, subitement intervenu le 12 septembre 2022, Mme Aminata TOURE a immédiatement quitté l'hémicycle, et s'est retirée du groupe WhatsApp de l'APR. Se sentant trahie, Mme TOURE a rapidement réagi : «Je n'ai pas participé au vote par principe. J'estime que le critère de sélection du candidat de Benno n'était pas objectif, c'était plus un critère familial que relevant du mérite militant. J'aurais pu me satisfaire d'un arrangement politique, d'un strapontin bien payé, mais non. Donc, il faut aussi que nos organisations fonctionnent de manière rationnelle, que le mérite revienne comme critère de sélection, parce que tout le monde n'a pas le bras long, tout le monde n'est pas le cousin ou l'arrière cousine du Président de la République» dit-elle, pour le poste de président de l’Assemblée nationale. En effet, l’APR a présenté M. Amadou Mame DIOP, maire de Richard Toll, un inconnu du grand public, au poste de président de l’Assemblée nationale. M. Moustapha NIASSE, 82 ans, qui occupait ce poste de président de l’Assemblée nationale, a été recasé comme Ministre conseiller du Président de la République. En revanche, Mme Aminata TOURE, qui avait soutenu Macky SALL, dès la fin de 2008, dans son combat contre Abdoulaye WADE, une période difficile, a été lâchée en plein vol. En effet, Mme Aminata TOURE a été Directrice de Cabinet de Macky SALL et avait combattu, avec lui, contre maître Abdoulaye WADE.

Dans sa conférence de presse, Mme Aminata TOURE estime que si elle recherchait des privilèges, des postes et un bon salaire, elle serait restée aux Nations unies. Mme Aminata TOURE a donc choisi de revenir au Sénégal, pour servir son pays et se sent animée de principes et valeurs, notamment le respect de la Constitution. «Le 3ème mandat est impossible juridiquement et moralement. La divergence fondamentale est que le 3ème mandat est derrière nous, fondamentalement» dit-elle. Le président Macky SALL doit «respecter sa Constitution à la lettre et respecter le peuple sénégalais et devenir un exemple» pour l’Afrique dit-elle. Mme TOURE rappelle que le président Macky SALL, lui-même, avait déjà mis en garde ses collègues africains contre le tripatouillage de la Constitution, afin de se maintenir, abusivement au pouvoir. «D’ici 15 mois, en 2024, le président Macky SALL va dégager» dit-elle.

Mme Aminata TOURE semble déjà avoir engagé la collecte des parrainages, bien avant sa conférence de presse du 25 septembre 2022, qui est finalement une officialisation de sa déclaration de candidature aux présidentielles, à laquelle sans doute, elle songeait de longue date : «J’y pense intensément et sérieusement» dit Mme Aminata TOURE. Par ailleurs, Mme Aminata TOURE informe qu’elle sera présente, régulièrement, à l’assemblée nationale pour «défendre les intérêts exclusifs» du Sénégal, dit-elle. Personne ne pourra l’écarter de l’Assemblée nationale, sinon, Macky n’aura plus de majorité parlementaire, l’écart étant d’une voix en raison du ralliement d’un député non-inscrit, M. Pap DIOP.

En définitive, comment faudrait-il accueillir cette déclaration aux présidentielles de 2024, de Mme Mimi TOURE, ses atouts et ses faiblesses ?

Il est reconnu que Mme Aminata TOURE est une femme cultivée, intelligente, professionnelle, compétente et déterminée, née à Dakar, de l'ethnie ouolof, ayant fermement l'ambition de devenir la première femme présidente dans l'histoire du Sénégal, un pays à dominante musulmane. Mimi TOURE aura donc, vraisemblablement, l'appui de sa communauté, les Lébous et les Mourides qui ont toujours voté contre le président Macky SALL.

Avec quelles forces politiques entend-t-elle mener victorieusement la bataille des présidentielles de 2024 ?

Dans cette période transitoire, députée de la majorité et candidate aux présidentielles, Mme Aminata TOURE a le pied dedans et le pied dehors. En effet, si Mme TOURE compte revenir à l'assemblée nationale, mais au sein de l'APR, comment pourrait-elle donc rassembler l'opposition ? En effet, Maître Abdoulaye WADE depuis 2012 n'a pas toujours renoncé à remettre son fils, Karim WADE, dans le jeu politique. M. Pap DIOP a quitté le PDS sur ce point précis. Alliés de circonstances aux législatives du 31 juillet 2022, les coalitions de l’opposition, Wallu (amis du président Abdoulaye WADE) et Yéwwi (amis d’Ousmane SONKO) n'ont pas pu s'entendre sur une candidature unique le 12 septembre 2022 pour le poste de président de l’Assemblée nationale. Les deux clans de l’opposition, affichant ainsi publiquement déjà leurs divergences et leurs appétits en présentant trois candidats, vont-ils donc se ranger subitement derrière Mimi TOURE, qui est comptable du bilan de Macky SALL ? C’est l’un des points faibles de l’opposition, sans leadership incontestable et souvent désunie aux moments décisifs ; la cupidité refait surface : «les bandits se battent au moment de la distribution du butin» avait dit maitre Abdoulaye WADE à Idrissa SECK.

Mme Mimi TOURE va se présenter aux présidentielles de 2024, mais sur quel projet politique alternatif crédible ?

Comme l'opposition classique, on a cette ritournelle depuis 2012 : le fichier électoral, le troisième mandat, le vote des Peuls pour Macky SALL, «Neddo ko bandoum», la piété ou la solidarité filiale, les produits du pétrole et du gaz, etc. Une autre grande faiblesse de l’opposition, en dépit de ses menaces, ses divisions, son ethnicité, ses insultes et ses vandalismes, c’est, jusqu’ici son inaptitude fondamentale, à faire des propositions crédibles. Faire du bruit ne suffit pas pour provoquer une grande alternance. J'attends de chaque candidat, à ces présidentielles de 2024, qu’il puisse proposer un solide programme de nature changer vraiment les conditions de vie des Sénégalais. Pour l'instant, dans sa conférence de presse, Mme Mimi TOURE, sans tracer quelques grandes lignes ou orientations de principe, se borne à déclarer qu'elle va consulter les Sénégalais et la diaspora, afin de construire son projet politique. C’est un peu court.

En ma qualité de militant de la cause du Sénégal et d'observateur de la vie politique, les événements de violence et de saccage de l'assemblée nationale du 12 septembre 2022, par l’opposition, avaient donné une très mauvaise image de ce «grand petit pays», en référence au titre de mon troisième livre. Par conséquent, en raison de cette candidature de Mme Aminata TOURE, je me délecte du fait de cette brusque accélération du calendrier politique en vue des présidentielles de 2024. On veut va vivre deux ans de campagnes des présidentielles.

Jusqu'ici, le président Macky SALL, en grand Seigneur de la Politique, avait pu «liquider», neutraliser ou récupérer ses adversaires potentiels. Contrairement à une savante propagande, le poste de Premier ministre n'avait pas été supprimé en 2019, en vue du «Fast Track» (accélérer et fluidifier les décisions gouvernementales), mais pour empêcher pour l'émergence de concurrents potentiels du président Macky SALL, en vue des présidentielles de 2024. La bataille sanglante, pour le poste de président de l’Assemblée nationale, l'éviction fort injuste et arbitraire du gouvernement de maître Malick SALL, Garde des Sceaux ayant mené une très belle campagne des législatives au Fouta-Toro, sans être candidat, de même que la nomination d’Amadou BA, premier ministre, jadis en disgrâce, soupçonné pendant longtemps de déloyauté (double jeu et connivence avec SONKO et WADE), sont dans cette logique de calculs politiques de conservation du pouvoir en vue des présidentielles de 2024.

Mimi TOURE est donc consciente, qu'en se déclarant 15 mois avant l'échéance des présidentielles, elle va affronter, dans un futur immédiat, de graves adversités, aussi bien dans le camp présidentiel et que dans l'opposition, dans ses appétits, qui se voyait déjà au pouvoir en 2024. Cependant, le chemin des présidentielles de 2024 est jonché de cadavres. En effet, la politique reste toujours depuis Nicolas MACHIAVEL (1649-1527), avec son ouvrage «Le Prince»,  un redoutable et périlleux champ de bataille périlleux, pour la conquête ou la conservation du pouvoir ; le dilemme est clair : il faut tuer ou être tué. Jusqu'ici Macky SALL avait tendance, sur des motifs suffisamment établis et incontestables (détournements de deniers publics, viol ou crimes) à emprisonner ses concurrents. Cependant, le précédent d'Ousmane SONKO et ses salons de massage, qui a envoyé les jeunes au casse-pipe, a mis un coup d'arrêt à cette stratégie de détournement de pouvoir.

En dépit de ces risques indubitables, femme humiliée, comme l'ont été maître Malick SALL et Abdoulaye Daouda NDIAYE, la Lionne, Mimi TOURE a décidé de se rebiffer, de sortir ses griffes et de défier Macky SALL aux prochaines élections présidentielles. L'humiliation est une source de motivation pour se dépasser, se révolter et gagner un combat que l'on croyait perdu ou inégal. «On nous tue, mais on ne nous déshonore» dit un dicton bien sénégalais. Jadis, en 2012, humilié par Abdoulaye WADE, renonçant à tous ses mandats, M. Macky SALL avait affronté, courageusement et victorieusement son redoutable et expérimenté mentor en politique, maître Abdoulaye WADE, un rusé, qualifié de «Djombor», le lapin, par Léopold Sédar SENGHOR. En effet, Mohandas Karamchand GANDHI (1868-1948, voir mon article), un enfant peureux et sage, quand il est devenu adulte, ne cherchait nullement pas à remettre en cause l’ordre colonial, ni le système inégalitaire de sa caste. Cependant, avocat en Afrique du Sud, traité de «sale Coolie» et jeté hors d’un wagon de première classe, GANDHI, un avocat, se senti humilié ; il prit alors conscience qu’il fait partie de la caste des «vaincus», des «dominés» et entreprit alors une lutte pacifique, mais résolue, contre le colonisateur britannique. Même si l’endurance est l’un des traits de caractère de l’Africain, nous avons tendance devant cette servitude perpétuelle depuis l’esclavage, la colonisation et la Françafrique, à courber l’échine, Mme Aminata TOURE a puisé, dans cette grave injustice, une source de révolte ou de révolution. On dit que Mme Aminata TOURE a les défauts de ses qualités : le franc-parler et la détermination. Pour un leader politique, mieux vaut l’avoir avec soi plutôt que contre soi.

A ce stade, trois camps vont probablement s'affronter aux présidentielles de 2024 : Macky SALL, naturellement candidat à sa succession, même s’il ne le dit pas, ses actions parlent en ce sens, Mme Mimi TOURE et M. Ousmane SONKO. Où se rangeront M. Karim WADE, M. Khalifa SALL, ainsi que les Foutankais et leurs diasporas ?

Le Fouta-Toro, marginalisé, trahi, calomnié, vilipendé et humilié, est toujours resté au centre du jeu politique, même lorsque Léopold Sédar SENGHOR (1906-2001) avait emprisonné pendant 12 ans, de 1962 à 1974, le 1er premier ministre du Sénégal Mamadou DIA (2010-2009, voir mon article), ses dirigeants politiques ont été souvent des marches-pieds pour les gouvernants. L’immigration sénégalaise, essentiellement constituée de Peuls et de Soninkés, estime que le Fouta-Toro, grand oublié des différents gouvernements du Sénégal, n’a pas été bien défendu par les 15 députés de la diaspora, notamment pour les rapatriements des corps des Sénégalais morts en France pendant le Covid-19, les différentes calomnies de l’extrême-droite et les tracasseries administratives (Regroupement familial, renouvellement de titres de séjour, pensions de réversions, suppression des allocations familiales pour les enfants restés au Sénégal). Aucun gouvernement ne gagnera les présidentielles de 2024, sans cette réserve de voix importante des Foutankais et de leurs diasporas. L’humiliation risque d’être à la base d’un chamboulement politique. Les Foutankais sont pauvres, mais ce sont des Hommes fiers et dignes. Personne ne pourra, durablement, les humilier.

Paris, le 25 septembre 2022, par Amadou Bal BA 

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