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Billet de blog 26 juin 2022

"Nouvelle législature et Diversité" par Amadou Bal BA

Législature en France 2022-2027 et la place de la diversité. Le bien-vivre ensemble, c'est le partage du gâteau, ou la présence des racisés à tous les lieux de décisions (politiques, économiques, culturels). En dépit d'une entrée remarquable de députées de la NUPES, une bonne partie des députés de la Macronie ont mordu la poussière.

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La nouvelle législature en France 2022-2027 et la place de la diversité au Parlement français» par Amadou Bal BA

Au cœur du bien-vivre ensemble se situe le partage du gâteau et l’exigence d’une présence des racisés dans les lieux de décisions politiques, économiques et culturels. La grave montée du racisme institutionnel et systémique, décomplexé, n'est autre qu'une forme de diversion, une tentative d'empêcher les racisés d'y voir clair afin de prendre leur destin en main : «Le racisme est la dévalorisation profitable d'une différence. Le racisme est la valorisation, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur, et au détriment de sa victime, afin de légitimer une agression» écrit Albert MEMMI (1920-2020, voir mon article). Après le burka, le voile, la laïcité les piscines et maintenant on agite la question des carrés musulmans. Je suppose que ces gens aux idées courtes voudront déterrer les tombés des Tirailleurs sénégalais à Lyon, les premiers lors de l'attaque allemande en 1940 avoir été envoyés au casse-pipe alors d'autres étaient bien planqués.

Dans cette législature 2022-2027, on compte 26 députés d'ascendance africaine dans un parlement de 577 députés. Deux députées emblématiques de la NUPES sont à recenser Mmes Danièle OBONO, élue dès le 1er tour dans mon 19ème et Mme Rachel KEKE, une ancienne femme de ménage ayant battu une Ministre dans le Val-de-Marne. Je salue au passage la très belle victoire, en Seine-Saint-Denis, de Mme Nadège ABOMANGOLI.

En raison de sa verticalité, Jupiter ayant transformé ses députés en «Playmobil», les députés de la majorité restés silencieux sur la montée du racisme ont été presque tous décimés dans la nouvelle mandature 2022-2027. Exit : Jean-François MBAYE, Laetitia AVIA, Sira SYLLA et Patrice ANATO. Un seul rescapé de cette bérézina, dans les Côtes d'Armor, M. Hervé BERVILLE.

Dans la précédente mandature de 2017-2022, j'avais loué, un certain temps, l'effort du président MACRON du renouvellement du Parlement, à travers un nombre important de députés issus de l’immigration, soit un total de 6,18% de racisés. Entre 2007 et 2012, les racisés ne représentaient qu’entre 0,54% et 2% du Parlement français. Les symboles ont de l’importance en politique ; il s’agit de briser la glace et adresser à tous le message que l’ascenseur social n’est pas encore en panne. Il faut dire que les précédentes législatures dans le déni grave de ce racisme institutionnel et systémique, ignorant le multiculturalisme, avaient rejeté les candidats issus de l'immigration au fond de la cale. Il faut préciser qu'un fait notable et majeur s'est produit pendant cette période. En dépit, pour certains, de vouloir uniquement réserver à eux le concept de «crime contre l’Humanité», comme si les Nègres seraient des sous-hommes, Mme Christiane TAUBIRA a fini, après deux ans de procédure, par faire voter la loi du 21 mai 2001, déclarant l'esclavage un crime contre l’Humanité. Une fondation de la mémoire de l'esclavage existe, mais il faudrait au-delà des commémorations rituelles, et s'attaquer à l'esclavage mental, pour un bien-vivre ensemble, débarrassé de colères ou ressentiments inutiles, dans le respect mutuel.

Il va de soi que les députés antillais sont présents de longue date dans le Parlement français, dont Aimé CESAIRE (1913-2008), chantre de la Négritude et de la départementalisation. Gaston GERVILLE-REACHE (1854-1908), de la Gauche radicale, abolitionniste et ami de Victor SCHOELCHER (1804-1893), a été élu député de Guadeloupe de 1881 à 1906, soit 25 ans. Son concurrent sera Hégésippe LEGITIMUS (1868-1944), maire de Pointe-à-Pitre, appelé le «Jaurés noir». En effet, Hégésippe LEGITIMUS, crée le Comité de la Jeunesse Républicaine et le journal «Le Peuple», organe socialiste révolutionnaire affilié au parti ouvrier de Guadeloupe, et dont le but officiel était de «défendre les petits et humbles, quelle que soit la couleur de peau». Grâce à son éloquence et sa plume incisive, Hégésippe LEGITIMUS devient le porte-parole des défavorisés de Guadeloupe. Il faut dire que la production littéraire de Joseph Anténor FIRMIN (1850-1911), de l’égalité des races humaines, affirme que le genre humain est unique, et donc l’inégalité des races, fondée sur la cranologie, d’Arthur de GOBINEAU (1816-1882), une imposture.

Gaston MONNERVILLE (1897-1991, voir mon article), député de la Guyane de 1932 à 1940, président du Conseil de la République de 1947 à 1958, a été président du Sénat de 1958 à 1968, président du Conseil constitutionnel de 1974 à 1983.

Les Sénégalais des quatre communes (Dakar, Rufisque, Gorée et Saint-Louis) disposent depuis 1848 d’un poste de député à l’Assemblée nationale française, un poste occupé par un Blanc ou un métis. C’est le 10 mai 1914, que Blaise DIAGNE (1872-1934) a été élu le premier député africain à l’Assemblée nationale française (voir mon article) et conservera ce poste jusqu’à sa mort en 1934. Blaise DIAGNE, pourtant un assimilationniste, a réuni en 1919, un congrès panafricaniste à Paris avec du BOIS, défendu le titre de Battling Siki ou Amadou M’Barick FALL (1897-1925) (voir mon article) champion du monde en 1924, et c’est l’arrivée des Tirailleurs sénégalais, face à l’injustice coloniale leur refusant les mêmes pensions que les Blancs ou leurs soldes, comme dans le cas du massacre de Camp de Thiaroye qui fera émerger une conscience pour l’indépendance. Sous la IVème République, il y avait jusqu’à 52 députés africains à l’Assemblée nationale (Léopold Sédar SENGHOR, Félix HOUPHOUET-BOIGNY). En particulier, le député sénégalais, maître Lamine GUEYE (1891-1968), a mis fin au Code de l'indigénat et au travail forcé ; il est le promoteur de  la loi du 1er juin 1946, sur la citoyenneté dans les colonies portant son nom. Il a été l'avocat des familles des Tirailleurs sénégalais du Camp de Thiaroye et des insurgés à Madagascar.

Plusieurs autres observations sur cette législature 2022-2027

Ce qui me frappe avant tout chez Danièle OBONO, c'est l'extraordinaire capacité de survie, son intelligence et sa combativité. Les forces du Chaos ont pourtant et à plusieurs reprises tenté de la détruire et notamment en dépeignant une députée de la République en singe. Ces attaques ignominieuses m'avaient révolté ; mais ce qui m'a le plus blessé, à la manifestation au Trocadéro de protestation contre ces écrits inqualifiables de «Valeurs actuelles», un journal d’extrême-droite, c'est que nous n'étions qu'une cinquantaine de personnes. Tous ces racisés, ces grandes gueules qui se masturbaient dans les réseaux sociaux étaient absentes à cette manifestation. Un peu de cohérence !

Par ailleurs, dès qu'un racisé accède à un niveau important de responsabilité, les forces du Chaos le considérant encore un indigène de la République, donc indigne des honneurs publiques, comme au temps au temps de l'esclavage, sortent le fouet. Jadis, Mme Christiane TAUBIRA et maintenant Pap N’DIAYE, avant même sa prise de fonction, ont subi ces lynchages. A l'encontre de Mme Rachel KEKE et avant qu'elle n'ait engagé sa mission de députée, les calomnies et les dénigrements se mettent en place. La politique ce n'est pas un métier mais un art ; Rachel KEKE sera à la bonne école avec Danièle OBONO, du moins, je l'espère pour elle.

En sens inverse, pendant cette dernière mandature, les députés noirs de la République en Marche ont fait l'objet de graves attaques racistes et parfois des menaces de mort notamment à l'encontre de Jean-François MBAYE. Ni ces députés ni le gouvernement n'a oser dénoncer ces actes inqualifiables. Cette montée du RN avec 89 députés au Parlement est le résultat de cette trahison des valeurs républicaines de ma part des autorités publiques. C'est surtout et on l'a vu lors du premier tour des présidentielles comme lors du second tour des législatives une stratégie délibérée de la Macronie d'acquitter les fachos au bénéfice du doute. Il bruisse de partout que le RN va même obtenir la présidence d'une commission à l'assemblée nationale.

Normalement et mathématiquement certaines circonscriptions ou mairies sont acquise aux racisés, mais qui préfèrent, hélas, massivement s'abstenir aux différents scrutins. Aussi je n'ai toujours pas compris pourquoi Marine LE PEN arrive à se faire élire et réélire brillamment à Henin Beaumont, une zone à majorité maghrébine, des personnes qu'elle déteste tant et vilipende à longueur de journée ; mais les périodes électorales, on accepte ses baisers de la mort dans les marchés. Marine LE PEN aurait dû, en toute logique, se présenter dans les zones huppées ou rurales ou blanches pratiquant à haute dose l'entre-soi. Je serai curieux d'assister à un compte-rendu de mandat de députée de Marine LE PEN à Henin Beaumont avec toutes les saloperies qu'elle débité chaque jour dans les médias et au Parlement sur les racisés.

Si la représentation des racisés est faible au Parlement cela est dû, non seulement à un racisme institutionnel et systémique, mais aussi au manque de connaissance du rouage du système politique ; mais surtout à l'accès à l'information stratégique. En effet, chaque parti politique s’appuie sur une sociologie, une clientèle ; sa nomenclatura bien installée et agrippée à ses importantes indemnités d'élus, ne va pas céder, de bon cœur, la place, surtout pas à un racisé. Le pouvoir ne se donne pas, il se conquiert. Dans ce racisme institutionnel et systémique, on sait que le RN est une entreprise familiale. La Droite, comme une bonne partie de la Macronie, sont des personnes essentiellement issues de la haute bourgeoisie. Le Parti socialiste, en dépit d'un discours en apparence généreux, trouve sa base sociologique dans les cadres notamment les instituteurs, les communautés juives et Gays. Un point commun de tous ces partis, c'est la recherche d'une diversité alibi ou cosmétique, pour se donner bonne conscience. Même Mohamed ZEMMOUR, obsédé par sa théorie fumeuse du «Grand remplacement», avait juste derrière lui, à son meeting du 5 décembre 2021 Villepinte, son nègre de service, Tanguy DAVID, qui ne savait pas d'ailleurs qu'est-ce qu'il est, et pourquoi il était là.

Ce que je trouve le plus affligeant à chaque élection, c'est le manque de certains racisés de connaissance des codes de la politique et l'accès à l'information stratégique. La nomenclatura des partis politiques s'est accaparée du contrôle des instances dirigeantes, où sont absents les racisés dérangeants, susceptibles de remettre en cause leur hégémonie. L'information stratégique, et notamment la répartition des postes, circule d'abord entre initiés entre copains et coquins ; aussi quand les candidatures arrivent devant les instances de validation les dés sont déjà pipés. Aussi, d'éminents cadres et secrétaires de section au Parti socialiste ont mis beaucoup de temps avant de comprendre ce système quasi-mafieux de cooptation (Hubert-Gaspard LONSI-KOKO au 15ème arrondissement et Soulé DIAWARA au 17ème arrondissement). Ils ont fini, comme bien d'autres, par se révolter et partir.

D'autres éléments font tort aux racisés voulant entreprendre une carrière politique. Les racisés, répartis entre différentes tendances d’un même parti, au lieu de s’unir, se combattent et se jalousent entre eux. Dès que quelqu’un émerge, les autres se mettent en ordre de bataille pour le casser. Cependant, la plus grave dérive, à mon sens, c’est attitude de «consommation» des racisés ; on vote pour un député ou un maire parce qu’on espère avoir un petit avantage (travail, logement, financement d’une association, petit boulot, place en crèche) ne réglant pas sur le fond, les graves problèmes de ce racisme systémique qui les tient en laisse, dans la servitude.

Or, un citoyen ne devrait pas se cantonner dans une attitude servile de mendiant. Même confronté à de graves difficultés, il doit conserver la tête haute et viser l’excellence. Ce long et dur combat devrait être pris en charge par une Maison d’Afrique à Paris que je réclame de longue date, un lieu où dialoguent les cultures, pour une vraie autonomie, un bien-vivre ensemble, dans le respect mutuel.

Paris, le 26 juin 2022, par Amadou Bal BA -

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