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Billet de blog 26 nov. 2021

"Guadeloupe : Révolte contre la colonie" par Amadou Bal BA

Derrière la colère des ultramarins, loin de se limiter à un refus de la vaccination, c'est véritablement la persistance et l'aggravation d'une situation coloniale d'injustices. Les candidats de Gauche devraient proposer une sortie de crise, et Mme Anne HIDALGO est invitée à se rendre aux Antilles.

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«Derrière la colère des ultramarins la persistance et l'aggravation d'une situation coloniale faite d'injustices» par Amadou Bal BA - 

Depuis quelques jours, autour de la montagne de la Soufrière, gronde une puissante colère, une rage sans nom, contre l'injustice et la paupérisation des ultramarins. Vu de l'hexagone, cette énième révolte des colonisés se ramènerait à des complotistes refusant, en pleine pandémie, de se faire vacciner.

Cependant et à y regarder de très près, cette vision fort simpliste, ne résume pas bien l'énorme détresse de nos amis et frères antillais. Le vent de révolte, né en Guadeloupe, s'est propagé aussi en Martinique, le pays de Aimé CESAIRE (1913-2008). Aussi la montagne Pélé crache également le feu. Aimé CESAIRE, dans sa poésie péléenne, annonçait de vastes mouvements sismiques. Plus qu’une prévision, c’est, pour lui, une certitude, la révolte gronde : «les volcans éclateront. Les volcans enchaînés et la fréquence des laves et des feux de brousse, provoquent une exaltation féroce de forêts et de montagnes déracinées» écrit-il, dans son poème, «Fumerolles».

Aux Antilles (Guyane, Guadeloupe, Martinique) et à la Réunion ayant rejoint le mouvement de protestation, les principales ressources (terres, entreprises hôtels et grands magasins) sont détenues par les «Békés», les colons blancs. Les chaînes de l’esclavage sont devenues invisibles, mais elles sont toujours oppressantes. Les jeunes antillais frappés un chômage endémique (+de 60%) sont contraints de s'exiler en France métropolitaine. Une des questions importantes est l’illettrisme et l’analphabétisme, et les jeunes ne sont pas formés par rapport aux besoins des entreprises.

Les Antillais souffrent, énormément, de la vie chère. Tout est cher, même le piment est importé de Hollande. Un pot de yaourt de Basse qualité c'est 6 euros. Les gens, de condition modeste, en dehors du petit punch, ne peuvent accéder aux produits de première nécessité importés de France et vendus par de grandes enseignes de la métropole. Les produits locaux ne sont pas valorisés. Par ailleurs, les barèmes des prix sont souvent flottants, et à la hausse, sans aucune stabilité.

Il y a déjà eu dans le passé de nombreuses explosions sociales, non durablement résolues. Une grève de 44 jours avait démarré le 24 novembre 2008 en Guyane pour s'étendre à la Guadeloupe puis à la Martinique. Cette grève était également dirigée contre la vie chère et réclamait une substantielle revalorisation des salaires. Quelques grands groupes commerciaux de la métropole détenus par des Békés tenaient en esclavage les ultramarins. Victorin LUREL avait négocié, avec le syndicaliste Élie DOMOTA du LKP, une sortie de crise pour le 5 mars 2009.

Actuellement, le gouvernement, frappé par une grande cécité devant cette souffrance des Antillais, a choisi d'envoyer la troupe pour mater cette révolte. «Surveiller et punir» tel est le titre d’un ouvrage du philosophe Michel FOUCAULT (1926-1984). La haute finance, les amis de la Samaritaine, sont dans leur logique disciplinaire.

Cette crise est avant tout celle de la grande défiance des ultramarins à l’égard de la classe politique locale, qui, en dépit d’importantes subventions, est accusée d’inefficacité, soupçonnée de favoritisme, de népotisme ou de manque de probité. Mme Lucette MICHAUX-CHEVRY (1929-2021), ministre de Jacques CHIRAC, qui avait régné sur la scène politique guadeloupéenne, était une femme politique énergique, mais très controversée. Sa longue carrière a été émaillée de nombreuses chroniques judiciaires.

Cette crise est également une grande défiance contre un Etat lointain qui a transformé les Antilles en véritable réservoir de voix électorales. En effet les politiciens de l'hexagone passé le temps du scrutin ont vite oublié leurs promesses d'une continuité territoriale, une véritable égalité des droits. En effet, les Antillais réclament la Justice, le Respect et la considération. Ils ne souhaitent pas l’indépendance, et donc rester dans la République française, mais exigent que l’autonomie. Aimé CESAIRE avait, en 1955, dans son «discours sur le colonialisme» adopté un discours sans concession. La colonisation loin d’apporter «la civilisation» est une honte du siècle. La colonisation travaille à «déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale au relativisme moral» écrit-il. Finalement, Aimé CESAIRE n’a pas réclamé l’indépendance, mais la départementalisation, l’égalité réelle. Pour l’instant les différents mouvements indépendantistes ou radicaux aux Antilles, comme en Nouvelle-Calédonie, sont restés minoritaires. A travers, l’autonomie, les Antillais exigent que les décisions les concernant puissent être prises au plan local et qu’ils y soient étroitement associés. «Depuis quelque temps le mot «autonomie» est répété comme une antienne et brandi comme la panacée. J’ai développé la décentralisation autonomique» ; c’est-à-dire créer un mouvement « autonomiste » juridique, territorial et politique» dit Jean-Pierre CHICOT. Les Antillais, selon lui, devraient faire preuve de responsabilité accrue, exclure l’entre-soi mortifère, rejeter le clientélisme pestilentiel. Bref, l’autonomie est avant tout mentale.

Aussi, les Antillais formulent, régulièrement, des revendications, mais qui presque jamais entendues.

 Que faire donc face à cette désespérance ?

Les problèmes d’environnement, en relation avec la gestion de l’eau potable, les recours abusif à des pesticides, comme le chlordécone, ont été dénoncés. En effet, le chlordécone utilisé entre 1972 et 1993, pour sauver la bananeraie contre les charançons, est d’une très haute toxicité pour l’environnement et les humains. La Guadeloupe et la Martinique sont fortement mobilisées contre l’impunité, le taux d'incidence du cancer de la prostate aux Antilles étant parmi les plus élevés au monde. La plainte déposée en 2006 pour «mise en danger d'autrui» par empoisonnement pourrait déboucher sur un non-lieu pour cause de prescription des faits.

Il est urgent de valoriser les espaces naturels et notamment les plages. En effet, les Antilles, zone hautement touristique, sont confrontées aux sargasses que sont ces algues brunes, envahissant les plages. En état de décomposition, les sargasses sont dangereuses pour la biodiversité et les hommes.

L’agriculture aux Antilles est peu diversifiée, en véritable colonies, la banane, le melon et la sucre concentre les principales productions tournées vers l’export. Par conséquent, les Antillais réclament une agriculture tournée vers leurs besoins alimentaires. En particulier, les Antillais exigent le développement d’une agriculture locale, bio, en vue d’une autosuffisance alimentaire, et contre la vie chère. Cependant, le prix des terrains croît de façon exponentielle, en raison de la spéculation.

Les Antillais réclament l’allotissement des moyens de transport publics qui sont sporadiques et dérisoires. En effet, les transports publics ne fonctionnent qu’en semaine, jusqu’à 20 h, et donc sont interrompus en week-end, jours fériés. Il arrive quelques lignes soient opérationnelles le samedi, mais jusqu’à 14 heures.

En dehors du chômage massif, l’emploi précaire est la règle et les hôpitaux disposent de moyens dérisoires.

Je crois que tous les candidats à la présidentielles, et Mme Anne HIDALGO, en particulier, devraient se saisir de ce dossier. Je forme le vœu, que dans son tour de France, Mme Anne HIDALGO, une candidate Sociale-écologiste, se rende, rapidement aux Antilles, pour délivrer un message d'espoir et désespérance. En France métropolitaine, outre les questions d'égalité, la mémoire restera un sujet central.

Il appartiendra aux Antillais, comme à tous les racisés de France, de ne pas oublier d'aller voter aux présidentielles d'avril 2022, contre les forces du Chaos, pour la Justice, la Fraternité et la République. Ces élections ne sont pas comme les autres ; s'abstenir est devenu presque un délit.

Paris, le 25 novembre 2021 par Amadou Bal BA - 

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