amadouba19@gmail.com
Le bien-vivre ensemble Littérature et Politique
Abonné·e de Mediapart

513 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 juin 2021

"La Samaritaine à Paris", par Amadou Bal BA

La Samaritaine, temple de la consommation, réouverture d’un grand magasin parisien de luxe, le 23 juin 2017. Le luxe, un Espoir, pour le «Monde d’Après», une belle occasion de réindustrialiser le pays, d’avoir, enfin, une politique touriste audacieuse et stratégique, pour le plein emploi.

amadouba19@gmail.com
Le bien-vivre ensemble Littérature et Politique
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La Samaritaine, temple de la consommation, réouverture d’un grand magasin parisien de luxe

«On trouve de tout à la Samaritaine» tel le slogan de la Samaritaine, à Paris, grand magasin de luxe parisien, à côté du Pont-Neuf. Fermée depuis 2005, pour des motifs sécuritaires, sous l’égide de l’agence japonaise Sanaa, la nouvelle Samaritaine après d’importants travaux de bureaux, un hôtel de luxe, en façade sur la Seine, des logements sociaux et une crèche dans les épaisseurs de l’îlot. Cette rénovation devait surtout protéger le patrimoine architectural de Paris. Avant 1962, la loi du 31 décembre 1913 protégeait les immeubles au titre des monuments historiques. Elle s’appliquait aux immeubles monumentaux, aux éléments du patrimoine industriel et rural, aux ensembles paysagers. Une loi n°62-903 du 4 août 1962, sur la protection du patrimoine historique et esthétique de la France et tendant à faciliter la restauration immobilière, à l’initiative d’André MALRAUX (1901-1976), Ministre de la culture du général de GAULLE (1890-1970), complète et renforce ce dispositif de sauvegarde du patrimoine bâti de Paris. Désormais, on est passé de la protection du monument à la protection du patrimoine de proximité.

La Samaritaine, appartenant maintenant au groupe LVMH, a réouvert ses portes depuis le 23 juin 2021, après six  années de travaux de rénovation, sur deux immeubles. Les travaux ne sont pas complètement ouverts, puisque seul le 1er étage du 2ème immeuble est accessible au public. Il faut faire la queue pour y accéder, mais les délais d’attente sont raisonnables. Il y avait quelques touristes, mais ce n’est pas encore le flot traditionnel des temps avant le confinement.

La Samaritaine, comme le Bon Marché, les Galeries Lafayette et le Printemps, est un magasin à la gloire du savoir-faire français. Ce temple de la consommation, fondé en 1870, par la famille COGNACQ-JAY, entre art déco et art nouveau, et autour de la légende de «la Samar». En effet, un ancien vendeur de tissus, Ernest COGNACQ (1839-1928), décide de monter un commerce rue du Pont-Neuf : «Il n’est pas toujours commode à vivre, mais c’est un travailleur» dit son épouse. En effet, Ernest COGNACQ se marie, en 1872, à Marie-Louise JAY (1838-1925), une haut-savoyarde, ancienne bergère, installée à Paris depuis 1853, dure en affaire, pingre, bonne gestionnaire et visionnaire, auparavant première vendeuse du rayon des confections au magasin «Le Bon Marché». Un des grands principes de Marie-Louise JAY, pour gagner des parts de marché : un client n’a jamais tort, et il faut tout faire pour le satisfaire; il reviendra. Localisé à un endroit stratégique de Paris, entre le Louvre et Notre-Dame de Paris, le succès de la Samaritaine tient à des concepts novateurs. Parmi eux, le fait que les produits ont un prix unique et affiché, ainsi que la possibilité de pouvoir essayer les vêtements. Les produits sont également organisés en rayons, de façon très moderne pour l'époque. Au décès de Marie-Louise JAY, comme de son mari, la Samaritaine ne fut pas fermée un seul jour. Telle était leur volonté. Cependant, couple sans enfant, ils ont légué leur fortune aux œuvres de bienfaisance. «La Samaritaine, le génie et la générosité de deux grands commerçants» tel est le titre d’une biographie que leur consacre Fernand LAUDET. Dans sa biographie sur le couple des COGNACQ-JAY, Michel GAUDIN parle de «vie samaritaine».

La Samaritaine fait référence à la Bible, à cette rencontre entre le Christ et une femme de la Samarie. «Il arrive donc à une ville de Samarie, appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph. Là se trouvait le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s’était donc assis près de la source. C’était la sixième heure, environ midi. Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : «Donne-moi à boire». La Samaritaine lui dit : Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle» Evangile, La Samaritaine, Saint Jean 4, 5-42. Edmond ROSTAND (1868-1918) avait fait, en 1901, de la Samaritaine une pièce de théâtre, avec Sarah BERNHARDT (1844-1823), comme actrice principale. Mais la Samaritaine était aussi, depuis Henri IV, une pompe à eau servant à alimenter de la Seine les jardins des Tuileries.

La Samaritaine fait écho à la puissante littérature d’Emile ZOLA (1840-1902), notamment son roman, «Au Bonheur des dames» paru en 1883, dans un Second Empire, avec son capitalisme féroce et triomphant. Les grands magasins, dont l’influence va bien au-delà de la simple distribution de produits, ont constitué dès leur naissance un élément fondamental de la modernité. Ainsi, dans «Au Bonheur des Dames», le personnage d’Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s'amoncellent, éblouissants, délicats, de faille ou de soie. Tout ce qu'une femme peut acheter, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d'enfer. Les grands magasins permettent aussi un brassage de population sans précédent, dans une société encore organisée en classes séparées, et facilitent l’accès aux beaux-arts ainsi qu’à des idées et des styles différents. Symboles de progrès, ils ont prospéré et perduré parce qu’ils se sont toujours adaptés au développement industriel et à la vie moderne.

La Samaritaine, c’est un Espoir, pour le «Monde d’Après», le savoir-faire français aurait pu être une belle occasion de réindustrialiser le pays, d’avoir, enfin, une politique touristique audacieuse et stratégique, pour le plein emploi et la mobilisation de toutes les énergies, en régularisant les sans-papiers.

  Références bibliographiques

BUFFET (R.P.), «Louise Jay, épouse Cognacq», Académie de Faucigny, Mémoires et documents, tome V, 1943, pages 66-70 ;

CABESTAN (Jean-François), LEMPEREUR (Hubert), La Samaritaine, Paris, éditions Picard, 2015, 280 pages ;

CLAUSEN (Meredith, L.), Frantz Jourdain and the Samaritaine, Leiden, E J Brill, 1987, 330 pages ;

ESCANDE (Louis), «Les grands travaux de la Samaritaine, à Paris», La technique des travaux, mai 1929, vol 5, n°5, pages 275-295, et vol 5, n°6, pages 343-358, et décembre 1933, vol 9, n°12, pages 737-753 ;

GAUDIN (Michel), La vie samaritaine des Cognacq-Jay, Paris, La Dame aux Oies éditions, 2019, 532 pages ;

KOFLER (Andreas), Architectures japonaises à Paris (1867-2017), Paris, éditions du Pavillon de l’Arsenal, 2017, 605 pages, en français et en japonais ;

LAUDET (Fernand), La Samaritaine, le génie et la générosité de deux grands commerçants, Paris, Dunod, 1933, 189 pages ;

MARREY (Bernard), Les Grands Magasins, Paris, éditions Picard, 1939 et 1979, 272 pages ;

ROSTAND (Edmond), Samaritaine, Evangile, en trois tableaux, en vers, Paris, 1901, 120 pages ;

THUBERT (Emmanuel), La nouvelle Samaritaine, Paris, éditions de la Douce France, 1933, 360 pages ;

ZOLA (Emile), Au Bonheur des Dames, Paris, Librairie générale française, classiques n°228, 1971, 544 pages.

Paris le 26 juin 2021, par Amadou Bal BA -

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

Les articles les plus lus
Journal — Nouvelle-Calédonie: débats autour du colonialisme français

À la Une de Mediapart

Journal — France
Des militants à l’assaut de l’oppression « validiste »
Ils et elles se battent contre les clichés sur le handicap, pour la fermeture des institutions spécialisées et pour démontrer que, loin de la charité et du médical, le handicap est une question politique. Rencontre avec ces nouvelles militantes et militants, très actifs sur les réseaux sociaux.
par Caroline Boudet
Journal — France
Une peine de prison aménageable est requise contre François Fillon
Cinq ans de prison dont quatre avec sursis, la partie ferme étant « aménagée sous le régime de la détention à domicile », ainsi que 375 000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité ont été requis lundi 29 novembre contre François Fillon à la cour d’appel de Paris.
par Michel Deléan
Journal — France
Au tribunal, la FFF est accusée de discriminer des femmes
Neuf femmes accusent la Fédération française de football de les avoir licenciées en raison de leur sexe ou de leur orientation sexuelle. Mediapart a recueilli de nombreux témoignages mettant en cause le management de la FFF. Son président Noël Le Graët jure qu’il « n’y a pas d’atmosphère sexiste à la FFF ».
par Lénaïg Bredoux, Ilyes Ramdani et Antton Rouget
Journal — France
« La droite républicaine a oublié qu’elle pouvait porter des combats sociaux »
« À l’air libre » reçoit Aurélien Pradié, député du Lot et secrétaire général du parti Les Républicains, pour parler de la primaire. Un scrutin où les candidats et l’unique candidate rivalisent de propositions pour marquer leur territoire entre Emmanuel Macron et l’extrême droite.
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Escale - Le cinéma direct, un cinéma militant qui veut abolir les frontières
Briser le quatrième mur, celui entre cinéaste et spectateur·rices, est un acte libérateur, car il permet de se réapproprier un espace, une expérience et permet d'initier l'action. C'est tout le propos de notre escale « Éloge du partage » qui nous invite en 7 films à apprendre à regarder différemment.
par Tënk
Billet de blog
Un jour dans ma vie militante : l’Etat réprime impunément des familles à la rue
[Rediffusion] Jeudi 28 octobre, soutenues par Utopia 56, plus de 200 personnes exilées à la rue réclamant l’accès à un hébergement pour passer l’hiver au chaud ont été froidement réprimées. L’Etat via son organe répressif policier est en roue libre. Bénévole au sein de l’association, j’ai été témoin direct de scènes très alarmantes. Il y a urgence. Voici le témoignage détaillé de cette journée.
par Emile Rabreau
Billet de blog
Faire militance ou faire communauté ?
Plus j'évolue dans le milieu du militantisme virtuel et de terrain, plus il en ressort une chose : l’impression d’impuissance, l’épuisement face à un éternel retour. Il survient une crise, on la dénonce à coups de critiques et d’indignation sur les réseaux, parfois on se mobilise, on tente tant bien que mal d’aider de manière concrète.
par Douce DIBONDO
Billet de blog
Penser la gauche : l'ubérisation des militant·e·s
Les mouvements politiques portent l’ambition de réenchanter la politique. Pour les premier·e·s concerné·e·s, les militant·e·s, l’affaire est moins évidente. S’ils/elles fournissent une main d’oeuvre indispensable au travail de terrain, la désorganisation organisée par les cadres politiques tendent à une véritable ubérisation de leurs pratiques.
par Nicolas Séné