"MALI : Choguel MAIGA pressenti PM", par Amadou Bal BA

MALI : Choguel Kollala MAIGA, pressenti pour le poste de Premier Ministre de Transition : une Victoire de la Ténacité, du Courage, de l’Expérience, de la Stratégie et de la Probité. il va falloir appliquer, par la suite, le programme du mouvement M5.

MALI : Choguel Kollala MAIGA, pressenti pour le poste de Premier Ministre de Transition : une Victoire de la Ténacité, du Courage, de l’Expérience, de la Stratégie et de la Probité

La junte militaire, arrivée au pouvoir le 18 août 2020, par surprise et effraction, avait, dans une certaine mesure, «volé la victoire» du Mouvement M. 5 RFP de Choguel MAIGA qui avait engagé dans une insurrection depuis le 5 juin 2020, en vue de la destitution de IBK. Dépossédé fort injustement de sa victoire, au dernier moment, par les militaires, là aussi, la situation était semée d’embûches et de germes de divisions au sein du M5 RFP : comment évaluer la situation nouvelle ? Faut-il faire une pause dans les manifestations, après le massacre de manifestants ?

Cependant, et depuis presque 10 mois, la transition, en dépit de vœux pieux, s’enlisait dans des méandres marécageux et les incantations stériles. Et puis, il y a eu ce coup de théâtre, le président de transition, BAH Ndaw et son premier ministre, Moctar OUANE, après avoir, le 24 mai 2021, formé un nouveau gouvernement, ont été arrêtés, pour soupçons de «collusion avec la France», et transférés, à ce fameux camp de Kati. En raison de cette nouvelle crise politique, appelée deuxième coup d’Etat, les spéculations allaient bon train. On s’interrogeait : comment le Mali allait s’en sortir de cette crise dans la crise ?

En dépit de certaines trahisons et des doutes, la constance, l’expérience, la droiture et la stratégie de Choguel MAIGA ont fini par payer. En effet, les militaires avaient initialement mené une stratégie de contournement, voire de liquidation, à tout le moins de discrédit du M 5 RFP de Choguel MAIGA. Les anciens amis de IBK, ou même des compagnons de route du M5, sont allés à la soupe, et ont infiltré, en masse le gouvernement de transition des militaires, avec une tentative de discrédit et de marginalisation du mouvement M5. Si la population est devenue, à force de choses, méfiante à l’égard d’une classe politique traditionnelle, les militaires des gens intelligents, à ne pas sous-estimer, ont fini, probablement, par apprécier la probité et la constance de Choguel MAIGA, devenu une personnalité de recours incontournable et dominant maintenant la vie politique malienne.

Finalement, c’est donc Choguel MAIGA qui est pressenti pour le poste de Premier Ministre de Transition. C’est, avant tout, une victoire de la ténacité, du courage, de l’expérience, de la stratégie et de la probité. Il y a de cela un an, bien que mal élu, IBK l’ancien président du Mali, soutenu par le parti colonial, était solidement installé au pouvoir. En définitive, les manifestations de juin 2020, ont conféré à Choguel, devenu personnalité politique malienne de premier plan, des galons de «Général» pour un combat républicain, en vue d’un Mali démocratique et de paix. Pourtant, auparavant, et en raison de la multiplicité des partis politiques, sur la scène politique malienne se jouait une concurrence rude et, à peine feutrée, entre Choguel MAIGA, et Soumaïla CISSE (20 déc. 1949 – 25 déc. 2020). Cependant, dans sa plate-forme, le mouvement M. 5 exigera, constamment la libération de Soumaïla CISSE, en otage à la veille des législatives, sous IBK. En effet, et en raison de la contestation de la légitimité de son pouvoir, de l’anarchie et de la division du pays, ainsi que la corruption à vaste échelle, rien, a priori, ne semblait menacer la réélection de IBK. Mais dans ce ciel malien ensoleillé et qui semblait serein, voilà que Choguel MAIGA, lance le 5 juin 2020, un vaste mouvement de désobéissance civile, si puissant que les militaires, le 18 août 2020, déposeront doucement IBK à la caserne de Kati.

Ce choix porté sur la personne de Choguel MAIGA est la reconnaissance de ses qualités de stratège, dans la constance, pour avoir fait bouger les lignes, par des manifestations pacifiques, de désobéissance civile.

Né le 1er janvier 1958, à Tabango, (cercle d’Asango, région de Gao), dans le Nord du Mali, Choguel MAIGA est particulièrement attaché à l’unité du Mali, et hostile à tout découpage factice ou toute partition de ce pays. A ce titre, il est l’auteur d’un ouvrage «les rébellions du Nord du Mali». Par conséquent, il a pu signaler son étonnement : le Mali, un pays très étendu (1 240 190 Km2, soit 2 fois et demi la France) avec 7 pays limitrophes, avait une armée respectée de tous, avec plus de 36 avions militaires. Comment en est-on arrivé là ?

Pour M. MAIGA, originaire du Nord confronté au Chaos, les gouvernements maliens successifs ont fait de mauvais diagnostics de la situation et les réponses apportées ne peuvent être qu’inadaptées. Ils ont été victimes de l’intoxication de la propagande des Touaregs et des Arabes du Nord malien qui se disent victimes de l’abandon et de la discrimination. Selon M. MAIGA certaines voix, dans une démarche anti-française, s’élèvent au Mali pour réclamer l’intervention militaires des Russes ou des Chinois. Pour lui, la France reste l’allié historique et stratégique du Mali, et c’est au gouvernement malien dire, clairement à la France, un pays ami, ce qui a fonctionné ou non dans les accords militaires. Quand on est amis, on peut se dire tout. Or, le gouvernement malien n’a jamais protesté contre le double jeu de certains gouvernements français. C’est ainsi, quand M. Alain JUPPE, sous SARKOZY, venu au Mali, en février 2012, pour évoquer l’autonomie des Touaregs. Le gouvernement malien aurait dû s’y opposer, fermement.

Ingénieur des télécommunications de profession, proche du général Moussa TRAORE (1936-2020) un militaire qui avait renversé Modibo KEITA (1915-1977), M. Choguel MAIGA est doté d’une expérience et d’un sens politiques. Comme je le dis souvent, la Politique ce n’est pas une question de diplômes, c’est avant tout un véritable Art. Si Choguel MAIGA a su survivre de ce monde hostile, de caïmans, d’ambitieux, et de critiques faciles, il doit à sa capacité de dialogue, sa vision d’un Mali de paix, indépendant, mais ouvert aux autres, sa capacité de résilience et de dialogue, ainsi que sa grande sérénité, devant les agitations stériles. Ce sont là d’éminentes qualités d’homme d’Etat qui sont des viatiques vers un succès. En effet, initialement membre de l'Union nationale des jeunes du Mali, il a été Ministre de l’Industrie et du Commerce de 2002 à 2007, puis Ministre de l’Economie numérique, de l’Information et de la Communication, porte-parole du gouvernement. Choguel s’est présenté, à deux reprises, à l’élection présidentielle, en 2002 et en 2013. Ancien Directeur général de l’Autorité malienne de régulation des télécommunications et des postes (AMRTP), aimant la lecture et le sport, Choguel MAIGA est marié et père de 7 enfants.

Si la nomination de Choguel MAIGA était confirmée, les travaux du Mouvement M5 RFP sont déjà, à eux seuls, un véritable programme de gouvernement, devant rassembler tous les Maliens. Choguel MAIGA, un partisan du général Moussa TRAORE, vient du «Vieux Monde». Cependant, il a su mobiliser le peuple malien et faire émerger des idées nouvelles, une offre politique correspondant aux aspirations du peuple malien. Le pouvoir isole, corrompt et ébloui, et sitôt, les bonnes intentions sont oubliées. La politique est de nos jours, assimilée au mensonge, à l’instrumentalisation, aux combines, et au désir de s’enrichir, vite, sur le dos de la population. Par conséquent, on doit toujours juger les hommes politiques, non seulement à leurs paroles, mais surtout à leurs actes concrets. En effet, un homme politique de valeur, fait ce qu’il dit et dit ce qu’il fait. Dans notre Afrique ancestrale, l’Homme, c’est sa parole, et la parole c’est l’Homme. La Politique, c’est l’art du Bien-vivre ensemble, comme le disait Aristote, c’est-à-dire, l’aptitude à aller dans le sens de l’Histoire, en sachant répondre aux aspirations légitimes de son peuple. Aussi, dans ce moment critique de la société malienne, Choguel MAIGA sera, particulièrement, attendu sur l’application concrète du programme du M5 RFP, le respect de la parole donnée à savoir :

 - Les Assises nationales sur la refondation en vue de doter le Mali d’institutions, d’une Constitution démocratique ;

 - L’organe de gestion de la veille pendant la transition ;

 - Le Haut conseil consultatif ;

 - Une cour des comptes ; la corruption et la mauvaise des finances publiques sont des plaies dans le monde politique malien ;

 - Les dispositions à valeur constitutionnelle, pour la promotion et la responsabilisation, aux fonctions électives et nominatives, ainsi que des femmes, des personnes handicapées et des jeunes ;

 - L’autorité de régulation de la communication audiovisuelle ;

 - La prolongation de la durée de la garde à vue des personnes poursuivies pour des faits de terrorisme ou d’atteinte à la sûreté nationale ;

 - La nomination à certains postes administratifs ou financiers impliquant la gestion de fonds publics, par décret en conseil des ministres ;

 - La reconnaissance des mécanismes traditionnels de règlement des litiges, fondés sur les us et coutumes des différentes communautés

 - Retour au caractère civil et démocratique du gouvernement, dans de brefs délais, avec l’organisation d’élections transparentes et multi-partisanes.

Je forme des vœux ardents que le Mali, un pays riche au plan culturel, retrouve la paix, l'unité, la démocratie et le bien-être de tous.

 Références

MAIGA (Choguel, Kollala), SINGARE (Issiaka, Ahmadou), Les rébellions au Nord du Mali, des origines à nos jours, Bamako, (Mali), Edis, juin 2018, 452 pages.

Paris le 28 mai 2021 par Amadou Bal BA -

 

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