Pourquoi j'ai résilié mon abonnement à Mediapart

Pourquoi j’ai résilié mon abonnement à Mediapart…

D’abord je n’écris pas cet article pour que certains me disent : « Casse-toi ! » ou d’autres : « Oh ! Quel dommage ! ». Ma décision est prise depuis un certain fil dont je reparlerai plus loin et je n’ai pas l’intention de changer d’avis. Les fils qui ont suivi m’ont même confortée dans ma décision.

Je me suis abonnée à Mediapart grâce à un ami qui m’a longtemps fait parvenir des articles et qui, un jour, m’a fait obtenir un abonnement à un tarif avantageux.

Mediapart, lanceur d’alertes, qui traque la corruption et le mensonge dissimulé de quelque bord politique que soient les corrompus et les menteurs… Voilà qui m’intéressait.

Recevant la Newsletter tous les jours, je lisais les articles qui m’intéressaient, zappaient sur d’autres car je dois reconnaître que la lecture des articles de presse ne retient pas particulièrement mon attention. Mon mari achète la presse de manière très éclectique et je lis les articles au gré de mes centres d’intérêt.

Un jour, il y a peu de temps, suite à un sujet qui m’avait interpellée, j’ai écrit quelques commentaires sur le voile et l’Islam.

Mes commentaires n’étaient ni haineux ni insultants. J’exprimais ma pensée le plus simplement possible car je croyais que je pouvais le faire, persuadée que Mediapart et ses abonnés avaient une largeur de vues et une ouverture d’esprit qui me le permettaient. Quelle ne fut pas ma surprise de lire en retour à mes propres commentaires des mails vraiment insultants ! Je ne suis pas susceptible, j’ai oublié les termes exacts. La seule expression qui m’ait marquée, c’est que mes commentaires étaient « à gerber ». Sur le coup, j’ai ri en me disant : « C’est de l’hystérie et il faut mépriser de telles remarques » et j’ai signalé à la personne que j’avais donné le clap de fin mais elle a continué sur le même ton.

Je lui ai alors répondu en lui citant une jeune adolescente rebelle de mes amis : « La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe »… Mon commentaire a été immédiatement censuré par Mediapart sans que je m’en offusque particulièrement. Je veux bien reconnaître que j’avais poussé le bouchon un peu loin avec cette phrase de la sagesse populaire. Mais que veut dire de manière imagée cette phrase ? Des propos injurieux n’atteignent pas une personne pure ! C’est une expression à ne pas prendre au pied de la lettre ! De toute façon loin de moi l’idée de me présenter comme un parangon de la pureté !

Mais je me suis demandé pourquoi mon commentaire avait été censuré – apparemment l’expression avait aussi été prise au pied de la lettre par Mediapart aussi - et pas celui de la personne qui m’insultait de manière directe et violente. J’ai alors alerté la rédaction de Mediapart qui a supprimé les commentaires de ladite personne. Mais si je n’avais pas protesté en disant que ces commentaires haineux portaient atteinte à ma dignité, ils y seraient encore.

Deux poids deux mesures ! J’ignorais qu’il y eût une charte qui régissait les commentaires et j’ai lu un fil sur la censure à Mediapart. J’y ai retrouvé ce qui m’avait particulièrement choquée, l’idée que la suppression des commentaires était pour le moins aléatoire. Je tiens à dire que ce billet ne m’a en aucun cas influencée car j’avais déjà envoyé par courrier ma demande de désabonnement.

Mon abonnement courant jusqu’au 5 juillet, j’ai continué à aller sur le site de Mediapart et à lire de manière un peu plus systématique les articles et les commentaires.

D’abord je me suis aperçue que Mediapart publiait chaque jour de manière récurrente un sujet concernant l’Islam, les Musulmans, le racisme… Chacun de ces sujets nourrit un torrent de commentaires dans lesquels s’affrontent de manière plus ou moins haineuse, plus ou moins injurieuse, les partisans du sujet et ses détracteurs. Que reste-t-il au bout du fil de tant de lignes écrites, de tant de bile déversée ? Rien si ce n’est une intolérance profonde et la constatation que la violence des commentaires alimentent la haine. Ces articles consacrés à l’Islam partent peut-être d’une bonne intention mais si c’est le cas, ils n’ont pas l’effet recherché, qui serait la tolérance de la pensée. Non ! C’est l’intolérance qui s’affiche sans qu’aucun vrai dialogue ne puisse se nouer pour déboucher vers une vraie compréhension de la pensée de l’autre.

Quel besoin, au vu de l’intolérance des réactions sur le fil ayant pour thème l’Islam, de donner de l’importance à la traduction en arabe du livre d’Edwy Plenel, Pour les Musulmans, qui a déclenché un torrent de réactions pour ou contre, bien évidemment sans nuances. Sans doute avait-il été déjà question de ce livre sur le site. A quoi bon alors relancer un débat sans issue ?

Quel besoin aussi de s’en prendre à la presse concurrente pour en dénigrer les idées et en conséquence les lecteurs ? Du coup voilà encore les pros et les antis qui  s’invectivent dans une vaine confrontation, les antis se montrant bien évidemment plus agressifs et plus insultants puisqu’ils se sentent confortés dans leur opinion par Mediapart. N’est-il donc pas possible de défendre un point de vue sans dénigrer qui ne partage pas la même pensée, la même démarche ? Un abonné faisait très justement remarquer que dans cette joute verbale où tous les coups sont permis quand il s’agit de taper sur l’autre, on finit par y perdre l’estime de soi.

Quel besoin aussi de s’en prendre aux mots, de vouloir les « discréditer », les chasser du dictionnaire et de la langue française alors même qu’ils existent ? Si certains mots, islamisme en particulier, sont  utilisés dans un sens qui ne convient pas à la ligne rédactionnelle de Mediapart, faut-il pour autant laisser fustiger et vilipender les abonnés  sous prétexte qu’ils  les utilisent avec un sens qui ne convient pas à ceux qui pensent comme Mediapart ? Belle leçon de tolérance et d’ouverture d’esprit que cette façon de jeter de l’huile sur le feu dans une société où les gens déjà se déchirent  et s’affrontent constamment ?

Quel besoin enfin, dans le premier numéro de Crieur, revue d’enquêtes sur les idées et la culture, d’attaquer Michel Onfray ?  Michel Onfray existe, il écrit des livres, il participe à des émissions très médiatiques… Chacun est libre de lire ses livres, de penser par soi-même, de se forger une opinion personnelle… On peut aimer ou détester… Mais à quoi rime cette mise au pilori digne du Moyen Âge car c’est bien d’une mise au pilori qu’il s’agissait ! Je n’ai aucune opinion sur Michel Onfray, ne l’ayant jamais lu, ne l’ayant que très rarement écouté. Mais je me suis interrogée sur les méthodes de dénigrement systématique utilisées. Est-ce cela une revue qui se prétend ouverte sur la culture et les idées ? Enquêter sur les idées et la culture, serait-ce distribuer des bons et des mauvais points ?

Mediapart, lanceur d’alertes, oui…

Mediapart, media participatif… L’idée était intéressante mais pas telle qu’elle est appliquée avec ce déversement de commentaires qui s’accumulent quand le sujet est « chaud » ou déjà bien réchauffé mais comme ça marche, on le remet sur le feu… A la limite on peut se demander si le fait d’écrire un commentaire ne suffit pas. Qu’importe ce qui a été écrit ! Les abonnés participent donc Mediapart est bien un media participatif…

Devant l’impasse sur laquelle débouchent tous ces commentaires participatifs, je me tairai et ne participerai plus…

 

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