Baisse des prix du panier de la ménagère, "une plaisanterie de mauvais goût"

A coup de clairons et de cymbales, si on en croit les déclarations qui ont été faites il y a quelques jours par le nouveau Directeur général de l'Office des Ports et Rades du Gabon (OPRAG), depuis février dernier, M. Landry Régis LACCRUCHE LELABOU, par médias interposés, à savoir, son intention plus que louable d’alléger le coût du panier de la ménagère gabonaise. Dans ce contexte précis, de quels outils dispose le DG de l’OPRAG pour concrétiser son projet et apporter un coup de pouce au pouvoir d’achat de ses concitoyens ?
Alors, parlons peu, mais parlons bien !

Le nouveau partenaire de l'OPRAG-Cabinet Gabonais d'Expertises Maritimes et Environnementales (C.G.E.M.E) Le nouveau partenaire de l'OPRAG-Cabinet Gabonais d'Expertises Maritimes et Environnementales (C.G.E.M.E)

Plaisanterie de très mauvais gout

2019 - NOTE DE SERVICE N° 243DGOPDG, signé par CNE J.R. EBINDA NGHOUNGHA 2019 - NOTE DE SERVICE N° 243DGOPDG, signé par CNE J.R. EBINDA NGHOUNGHA


Les faits
: Libreville, Port d’Owendo, le 16 septembre 2019, une NOTE DE SERVICE N° 243/DGOP/DG, signée par CNE J.R. EBINDA NGHOUNGHA était émise en direction des opérateurs portuaires au nom du DG, Landry Régis LACCRUCHE LELABOU. Dans ce document largement distribué, on a pu lire ce qui suit : "Le directeur général de l’office des Ports et Rades du Gabon rappelle aux opérateurs portuaires que seul l’OPRAG est  habilité à délivrer des autorisations d’exercice dans les limites des circonscriptions portuaires; ", il poursuit : "A cet effet, seule le cabinet d’Expertise Maritime et Environnementale – RSO est autorisé par l’office des Ports et Rades du Gabon, à exercer le pilotage dans les zones spéciales de pilotage de Libreville et de Port-Gentil, conformément à l’arrêté 00480/MT, portant délimitation des zones de pilotage et fixant les conditions de leur exploitation."

Grande déception. Après lecture dudit document, on comprend une chose : le gestionnaire du Port d’Owendo (OPRAG) a retiré son appui à la société Gabon Port Management (GPM) pour le refiler au Cabinet Gabonais d'Expertises Maritimes et Environnementales (C.G.E.M.E). Cependant, dans le fond, rien ne change pour le panier de la ménagère car que ce soit "G.P.M" ou son semblable "C.G.E.M.E", le bénéficiaire exercera ses activités dans un cadre monopolistique.

Port d’Owendo, C.G.E.M.E, nouveau partenaire favori de l’OPRAG

Baisse des prix du panier de la ménagère, Landry Régis LACCRUCHE LELABOU, Directeur Général de l'Office des ports et Rades du Gabon (OPRAG) Baisse des prix du panier de la ménagère, Landry Régis LACCRUCHE LELABOU, Directeur Général de l'Office des ports et Rades du Gabon (OPRAG)

En établissant ce document cité plus haut, l'OPRAG met en danger non seulement les opérateurs historiques, mais aussi les nouveaux. Tout aussi grave, on enlève toutes possibilités de choix aux opérateurs qui souhaitent collaborer avec d’autres entreprises plus intéressantes en matière de qualité de services et de prix.

Aujourd’hui, Gabon Port Management (GPM) qui détenait une espèce de monopole non signée mais exécutée par les parties, se retrouve délestée d’un marché juteux.

En effet, son utilisation du chenal d’accès au Port d’Owendo à son seul profit, alors qu’elle n’en n’avait pas le droit, a privé l’Etat Gabonais et les caisses publiques de rentrées importantes d’argent durant plusieurs années, mais a enrichi une multitude de Responsables Portuaires et Maritimes, ainsi que d’autres comparses du port d’Owendo.

Jusqu’à preuve du contraire, GPM n’a jamais eu à cœur "le panier de la ménagère", parce que n’ayant point de concurrents ou de comptes à rendre. En quoi la remplacer arbitrairement par le Cabinet Gabonais d’Expertises Maritime et Environnementale – RSO modifie t’il la donne? - Pour information, la faible qualité du climat des affaires au Gabon  classe le pays à la 169e place sur 190 pays dans l’édition 2018 du rapport Doing Business .

Le courrier de l’OPRAG qui paraît anodin pour les non initiés, met pourtant en danger, non seulement les opérateurs historiques, leurs salariés, mais également l’ensemble des nouvelles structures qui arrivent sur ce segment de marché. Plus grave encore, pour un pays qui s’inscrit officiellement dans l’économie de marché, les dirigeants agissent ici comme dans les heures sombres du communisme, en ôtant tout choix aux opérateurs économiques de collaborer librement avec qui ils souhaitent le faire. On marche sur la tête !

 

Conflit d’intérêt

Gabon, étrange pays où le compromettant et le comprometteur peuvent s'entendre comme larrons en foire sur le dos de leurs victimes sans crainte de poursuitesSi l’Amérique s’est développée, c’est en pratiquant la libre concurrence. Le Cabinet Gabonais d'Expertises Maritimes et Environnementales (C.G.E.M.E) – RSO, parlons-en : même si son site a été remanié et qu'on a supprimé certaines indications, il y a moins d’une année, on y retrouvait notamment  comme Consultant, M. Etienne Massard kabinda, plusieurs fois ministre et également assistant du président Ali Bongo Ondimba, entre autres, dans les questions environnementales, notamment dans la protection et la préservation des espaces maritimes. Comme quoi le monde est petit!

Pour information, l’assistance à un navire est facturée à plus d’un milliard de francs cfa par GPM qui fixe ses tarifs sans que l’OPRAG et le Ministère des Transports n’y trouvent rien à redire, toute chose qui fait fuir les Armateurs, ceux-ci préférant faire escale dans des Ports plus attractifs à l’instar de Pointe-Noire en République du Congo et Douala au Cameroun.

 
Le 27 septembre à Owendo, banlieue de Libreville : "90 % des biens de consommation dont ont besoin les populations gabonaises passent par les ports (…) Nous envisageons donc de réduire le coût du passage portuaire qui agit sur le coût marginal des marchandises", annonçait le DG de l'OPRAG, M. Régis LACCRUCHE LELABOU. Pas besoin de loupe pour constater l'état de pauvreté aggravée qui règne dans le pays. La vieille étude du cabinent McKinsey réalisée en 2013 à la demande de l'épouse du Chef de l'Etat, Mme Sylvia Bongo Ondimba, indiquait qu’environ 30 % de la population vit dans des conditions précaires, avec un revenu mensuel inférieur au salaire minimum garanti de 80 000 FCFA (soit environ 150 dollars) et un taux de chômage qui touche à peu-près 28% de la population en âge de travailler. Le vie chère n'est pas un sujet à prendre à la légère.

Dans quel pays au monde, substituer un monopole par un autre améliore t’il la vie des consommateurs ?

Dans le cas présent, avec un minimum d’honnêteté, il faut appeler un chat, un chat. Que ce soit Gabon Port Management (GPM) ou le Cabinet Gabonais d'Expertises Maritimes et Environnementales (C.G.E.M.E) – RSO, les pratiques de corruption ne se retrouveront pas remises en cause. Les seuls qui peuvent se réjouir du tour de passe-passe, sont ceux qui recevront bientôt leur part du gâteau : ce ne sont ni les opérateurs portuaires, encore moins les foyers gabonais. On rigolerait presque du "Game", si cela n'impactait pas quotidiennement la vies des personnes ayant de faibles ressources.

Cabinet Gabonais d'Expertises Maritimes et Environnementales (C.G.E.M.E). Cabinet Gabonais d'Expertises Maritimes et Environnementales (C.G.E.M.E).
Cabinet Gabonais d'Expertises Maritimes et Environnementales (C.G.E.M.E). Cabinet Gabonais d'Expertises Maritimes et Environnementales (C.G.E.M.E).

 

 Anne Marie DWORACZEK-BENDOME
03 octobre 2019.

 

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