UNESCO : mobilités licites et la culture de la paix.

Réunis lundi 25 novembre à Paris au siège de l’UNESCO, dans le cadre de la 40ème Conférence Générale 12-27 novembre, les Délégations permanentes du Mali, de l’Italie, du Maroc, de l'Arabie Saoudite, de la Guinée équatoriale en collaboration avec le Programme pour la Gestion des transformations sociales (MOST) de l'UNESCO et l’association Sahel Vert, ont organisé une table ronde faisant suite au Pacte mondial sur les migrations. Cette table ronde avait pour thème «Des mobilités licites vers une Culture de la Paix pour co-définir le développement».

UNESCO -  25 novemebre 2019- Table ronde - Des mobilités licites vers une Culture de la Paix pour co-définir le développement UNESCO - 25 novemebre 2019- Table ronde - Des mobilités licites vers une Culture de la Paix pour co-définir le développement

A travers cette conférence, les initiateurs visent à ouvrir le débat sur les valeurs sociales de tolérance, d’entente qui permettent aux peuples de cohabiter sans heurts majeurs et de résister aux différentes formes d’extrémisme, de stéréotypes dont le 21ème siècle fait l’objet, ainsi que sur des propositions d’expérimentations inscrites dans une démarche scientifique de recherche.

Au-delà des étiquettes

La Déclaration universelle des droits de l’homme autorise quiconque à quitter son pays et à chercher refuge ailleurs. Chaque être humain est fait de plusieurs identités. Selon Amnesty international : Les termes « réfugié », « migrant » et « demandeur d’asile » sont affectés de manière temporaire ; ils ne reflètent pas, dans toute sa complexité, l’identité d’une femme, d’un enfant ou d’un homme qui a quitté son domicile pour commencer une nouvelle vie dans un autre pays.
 

Intervention de Son Excellence Monsieur Ibrahim ALBALAWI, Ambassadeur, Délégué Permanent du Royaume d’Arabie Saoudite auprès de l’UNESCO, à la table sur Table ronde « Des mobilités licites vers une Culture de la Paix pour co-définir le développement » 25 novembre 2019

 

S. Exc. Monsieur Ibrahim ALBALAWI, Ambassadeur, Délégué Permanent du Royaume d'Arabie Saoudite auprès de l'UNESCO S. Exc. Monsieur Ibrahim ALBALAWI, Ambassadeur, Délégué Permanent du Royaume d'Arabie Saoudite auprès de l'UNESCO
Pour une mobilité qui contribue à la durabilité, à la cohésion des sociétés et à la paix, à travers une approche multilatérale, transversale et multidimensionnelle

Le développement des mobilités est un enjeu majeur dans le monde d’aujourd’hui, en raison des déséquilibres qui en sont à l’origine et de l’impact qu’elles produisent sur les sociétés, lorsqu’il s’agit de mobilités dérégulées et chaotiques, et de « fuite » des compétences. Les étudier permet d’en comprendre les logiques et les conséquences, d’en éclairer les enjeux, et d’y apporter des approches transversales qui permettent des actions multidimensionnelles et multilatérales pour maintenir les équilibres, la cohésion et la stabilité des sociétés.

Les mobilités se sont accentuées avec le développement des moyens de transports, des moyens d’information et de communication, des crises économiques et climatiques, des conflits et des violences dans le monde. Elles sont favorisées par le facteur numérique qui permet l’accès à l’information, aux opportunités et facilite la circulation. Les mobilités, qu’elles soient contraintes ou volontaires, à l’intérieur d’un même pays ou d’un pays à l’autre, sont généralement liées à des raisons économiques et professionnelles.

En tous cas, les mobilités impliquent des flux humains et des enjeux démographiques, économiques, sociétaux, linguistiques et culturels. Le développement des mobilités migratoires, leur fréquence et leur accélération requiert l’élaboration d’approches pour les réfléchir et les traiter, au lieu de chercher vainement à les endiguer et les empêcher. Ce qui nécessite des politiques appropriées et des actions ciblées à travers des projets qui réduisent les inégalités liées aux déséquilibres économiques et sociaux qui les favorisent.

Depuis quelques décennies, les flux migratoires sont importants et continus. La migration connait différents types. Elle comprend parfois des exodes et des déplacements de populations, et ne correspond pas toujours à des demandes et des besoins des pays de destination. La migration connait souvent des trajectoires sud-sud. Les migrants traversent des pays de transit qui manquent d’infrastructures pour gérer une migration complexe et en mouvement. Pendant le chemin parcouru, qui peut être long, chaotique et plein d’embûches, le projet et la destination peuvent changer au grès des opportunités et des informations recueillies grâce aux outils technologiques.

Il y a quelques décennies, la migration des pays du sud vers les pays du nord comblait des besoins en matière d’emploi, et l’insertion professionnelle facilitait l’inclusion sociale. Aujourd’hui, les migrants qui atteignent les pays développés, trouvent des difficultés d’accès à l’emploi, en raison du taux de chômage élevé, de la non maîtrise de la langue, d’une insuffisance des qualifications ou de leur non reconnaissance dans le pays d’arrivée. Or, l’insuffisance de l’intégration favorise le repli sur la communauté d’appartenance, ce qui peut maintenir en marge de la société et provoquer des tensions culturelles et identitaires. Cependant, la mobilité permet au pays d’accueil de récupérer des personnes qualifiées qui sont autonomes et s’intègrent facilement. Dans ce cas, le pays de départ perd en démographie et en compétences. Mais cette perte serait relative car les migrants gardent généralement des liens avec le pays d’origine et continuent à contribuer à son économie.

Répondre aux enjeux économiques, professionnels et socioculturels liés aux mobilités nécessite de renforcer la mise en œuvre de l’ODD 4, de développer la recherche en la rendant interdisciplinaire pour produire des approches globales et multidimensionnelles qui nourrissent des actions multilatérales et multipartites. Des actions ciblées peuvent ainsi traiter des contextes et des terrains différents, à travers une coopération entre les pays de départ, de transit et d’accueil. Soutenir la recherche est fondamental pour  « saisir les mobilités contemporaines, dans toute leur complexité spatiale et temporelle », et susciter « un renouvellement des lectures académiques tant sur le plan théorique que méthodologique »[1].

Le Programme de la gestion des transformations sociales MOST de l’Unesco est un outil adéquat pour consolider les mécanismes de recherche qui inspirent les politiques publiques. MOST s’intéresse à l’objectif de développement durable 10, cible 7, qui vise à « faciliter la migration et la mobilité de façon ordonnée, sans danger, régulière et responsable, notamment par la mise en œuvre de politiques de migration planifiées et bien gérées ». Le programme se concentre aussi sur l’ODD 16 et « promouvoir des sociétés pacifiques et inclusives », notamment de la migration à travers « une initiative MOST sur les causes, les processus et les implications sociales des migrations. Il vise à améliorer le contexte social, culturel, économique et politique dans lequel évoluent les mouvements de population et à contribuer à créer un contexte favorable à l’inclusion des migrants dans les sociétés d’accueil et à la mise en œuvre de politiques mieux informées »[2].

L’engagement de l’UNESCO est inhérent à sa mission de « promouvoir la paix, l’éradication de la pauvreté, le développement durable et le dialogue interculturel par l’éducation, les sciences, la culture, la communication, et l’information »[3].

Les objectifs de l’UNESCO[4] visent à :

  • Contribuer à un environnement politique propice à l’intégration sociale et l’inclusion des migrants ;
  • Comprendre les liens qui unissent migration et éducation, ainsi que des défis posés par l’éducation interculturelle, les phénomènes de « fuite » et de « gain » des cerveaux, la mobilité des étudiants et la reconnaissance internationale des qualifications ;
  • Aborder les dimensions sociales du changement climatique et des migrations, en particulier en ce qui concerne les droits humains, l’égalité des sexes, le développement économique et humain et la santé publique.

Le déplacement des personnes implique aussi la vie de leurs langues. Lorsque des environnements s’appauvrissent et se détériorent, et des milieux ruraux sont désertés par l’activité économique et l’emploi, les communautés s’affaiblissent par l’émigration. Ce qui peut les mettre en péril et menacer d’extinction leurs langues et cultures.


S. Exc. Pr. Ibrahim ALBALAWI,
Ambassadeur, Délégué permanent du Royaume d’Arabie Saoudite auprès de l’UNESCO
25 novembre 209


Mobilités licites et la culture de la paix, Au FORUM INTERNATIONAL « MIGRATIONS ET PAIX », en 2017, dans son discours, le Pape FRANÇOIS, avait dit : « Notre réponse à ceux qui arrivent pourrait s’articuler autour de quatre verbes: "accueillir, protéger, promouvoir et intégrer."  

 

Publication, 03 Décembre 2019


[1]  Stéphanie Lima, Jérôme Lombard et Hasna-Sonia Missaoui, « Mobilités, migrations internationales et réseaux sociaux : regards croisés empiriques et méthodologiques », 2017/2, p. 1.

https://journals.openedition.org/eps/7227

[2] table ronde sur « La gestion des migrations pour des sociétés plus inclusives et la mise en œuvre de l’Agenda 2030 », https://fr.unesco.org/events/table-ronde-gestion-migrations-societes-plus-inclusives-mise-en-oeuvre-lagenda-2030

[3] Migrations et sociétés inclusives, www.unesco.org/new/new/fr/social-and-humain-sciences/themes/international-migration/

[4] Migrations et sociétés inclusives, www.unesco.org/new/new/fr/social-and-humain-sciences/themes/international-migration/

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