Gabon/Enquête spéciale : La face obscure du Port d'Owendo et ses dérives

Port d'Owendo Port d'Owendo

Un pilote qui fait une fausse manœuvre par-ci, un autre qui abîme un navire par-là, des installations portuaires bloquées, les micmacs divers et variés…. Depuis un certain moment, il ne se passe pas un jour sans qu’on vienne à déplorer d’incidents dans le 1er port gabonais. Qui fait quoi sur le domaine maritime portuaire? Qui sont les  pilotes habilités à manœuvrer les bateaux qui rentrent ou sortent du port d’Owendo?  Quel est le rôle exact de l’Office des Ports et Rades du Gabon, du Commandant du port d'Owendo et de la Direction Générale de la Marine Marchande sensée délivrer les brevets de pilotage et qui autorise l’exercice de la profession?

Clarification !

S.E.M Ali BONGO ONDIMBA accorde au port d’Owendo, poumon économique du Gabon, à travers le Plan Stratégique Gabon Emergent (PSGE), une importance toute particulière dans la relance de la croissance et du développement du pays.  Définir, clarifier les rôles, les interventions, et mettre chacun devant ses responsabilités devient un impératif plus que nécessaire. L’opacité qui règne en maître entre les autorités, les sociétés qui travaillent, les affréteurs, les compagnies consignataires, ne doit pas continuer à prospérer. Il faut y mettre un terme. Il faut mettre un coup de pied dans cette fourmilière entretenue au plus haut niveau. Il se susurre que l’exercice illégale des activités de pilotage et le placement des navires dans les ports et rades du Gabon généreraient un flux financier important, au point de rendre insensibles les autorités commis à la régulation des activités maritimes et portuaires.

Sans exagération aucune, on peut parler d’une véritable mafia ou le trafic d’influence et les dessous-de-table sont la règle. Il serait souhaitable que le Ministre des Transports, M. Justin Ndoundangoye, M. Ruben NDZIBE, Directeur général de la Marine de la Marine marchande gabonaise, M. Sayid Abeloko, Directeur Général de l’Office des Ports et Rades du Gabon et M. Régis Laccruche Lélabou, Commandant du port d'Owendo puissent mettre un terme aux pratiques douteuses de leurs collaborateurs, amis, affidés et comparses, qui au fil du temps et avec la cupidité qu’on leur connait, ont réussi à transformer la zone portuaire d’Owendo en lieu sans foi ni loi.

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M. Ruben NDZIBE, Directeur général de la Marine de la Marine marchande gabonaise M. Ruben NDZIBE, Directeur général de la Marine de la Marine marchande gabonaise
M. Sayid Abeloko, Directeur Général de l’Office des Ports et Rades du Gabon M. Sayid Abeloko, Directeur Général de l’Office des Ports et Rades du Gabon
M. Régis Laccruche Lélabou, Commandant du port d'Owendo M. Régis Laccruche Lélabou, Commandant du port d'Owendo

Incident après incident, "on prend les mêmes et on recommence"

Deux exemples parmi tant d'autres illustrent ces dérivés constatées, le cas du Pilote sans brevet de pilotage, M. Jacques Martin DIKOUMBA qui exerce tranquillement au Port d’Owendo, au vu et au su de tous. Le 15 Juillet 2017, en début d’après-midi, aux Commandes du navire porte-conteneurs “MSC GITTE”, le Pilote Jacques Martin DIKOUMBA de GPM (Gabon Port Management S.A.), sans Brevet de Pilotage et sans Commissionnement par l’Etat, a échoué un navire, et suite à cet accident grave, son employeur a réclamé la somme de 18 millions de francs CFA à l’armateur MSC, entendez par là, au propriétaire du navire, pour le déséchouer. On marche sur la tête !

1 an après, rebelote: le même Pilote, M. Jacques Martin DIKOUMBA, toujours sans brevet de pilotage et sans Commissionnement, cette fois, va mouiller un navire minéralier (le M/V Heilan Song). Mal mouillé par le Pilote selon le rapport du Commandant de bord, le navire très vite va commencer à dériver jusqu’à échouement près des installations de la Compagnie Minière de l’Ogooué (COMILOG).

Comme si tout ce petit monde était de connivence, cette faute imputable à la société GPM pour avoir utilisé au mouillage un pilote non qualifié, n’a pas empêché cette dernière d’adresser à la société GSEZ Port Minéralier, filiale d’Olam, une facture de 1 milliard deux cents millions de FCFA) pour son intervention opportune dans le renflouement d’un navire dont les causes de l’échouement ne lui sont pas étrangères. Allez y comprendre quelque chose! On marche sur la tête. Chacun à son niveau semble prendre sa part du bidonnage et de l’escroquerie en bande organisée. 

Cadre juridique du domaine portuaire au Gabon  "les pilotes maritimes brevetés et commissionnés au Gabon"

La situation est grave, il ne s’agit pas non plus de délivrer des documents conformes sans formation adéquate. Qui du Directeur Général de la Marine Marchande ou du Commandant du Port fait « fi » des règlements et textes de lois en vigueur en autorisant les passe-droits, et pourquoi ?
Gouverner, c'est prévoir dit-on. Pourquoi ne parle t-on plus de la formation de nouveaux pilotes, dossier relégué aux oubliettes, sachant que tous les pilotes gabonais sont en voie de vieillissement et proches de la retraite. En effet, selon les informations que nous avons recueillis durant cette enquête auprès des entités concernées, avec les départs en retraite, le Gabon connaîtra une pénurie de pilotes dès l'année prochaine.

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Responsabilité  et retenue, parlons du cas "REBORA Louis"
Je profite également du présent article pour revenir sur l’interpellation qui m’a été faite par M. REBORA Louis. Il s’est présenté à moi comme étant Capitaine au Long Cours, Expert près les Tribunaux et la Cour d'Appel de MONTPELLIER(h), Ex Chef Pilote des Stations Maritimes de Port Vendres et Port la Nouvelle.

Sans mettre en doute l’élogieux Curriculum vitae du brave homme, j’ai le regret de constater que ce dernier s’est mélangé les pinceaux en affirmant que les pilotes employés par Gabon Port Management S.A étaient tous brevetés. Mémoire défaillante ou intérêts personnels à défendre, je ne sais quelle hypothèse privilégier, mais ignorait-il que le Pilote Jacques Martin DIKOUMBA n’était pas breveté ?

Humilité et modestie doivent être les points d’appuis pour qui affirme être le seul expert maritime au Gabon après 58 ans d’indépendance. Nous allons donc apprendre à Monsieur “le seul expert maritime au Gabon”, qu’il n’y a pas de corrélation entre un brevet de Capitaine au long cours qui sert à naviguer en haute mer, et un brevet de pilote portuaire dont il est question dans les ports et rades du monde entier.

Encore faut-il que ses amis pilotes comme il les défini, aient réellement des brevets de Capitaine au long cours, car à notre connaissance, jusqu’à présent, un seul gabonais en la personne du Commandant François Mouketou Nzamba, Pilote Maritime retraité, aurait obtenu le fameux sésame en tant que Commandant de bord du navire “La Mpassa” de la Société National de Transports Maritimes (SONATRAM) .

Les autres ne furent que ses élèves et ne peuvent prétendre le contraire, sauf à produire les fameux brevets de Capitaine au long cours et leurs états de service en qualité de Capitaine sur des navires au long cours. Certains furent même très médiocres, pour ne pas dire à peine passables. Le Commandant Mouketou s’opposait d’ailleurs à leur titularisation comme lieutenant au long cours, seul grade qu’ils ont réussi à occuper sur les navires au long cours...

Comme vous le voyez bien, Monsieur REBORA, le Pilotage est une autre école qui n’a rien à voir avec ce à quoi vous faites allusion, quand bien même vous faites dans le mensonge et la désinformation. Le pilotage est une profession très encadrée; en France, il faut au moins 5 ans de formation au Capitaine au long cours, au vrai, qui est admis comme élève pilote, pour devenir pilote autonome. « Après avoir été promu au rang d’apprenti, même avec un brevet de capitaine au long cours, dans tous les pays d’Europe, le pilote suivra une formation progressive qui lui permettra d’atteindre graduellement la possibilité de piloter des navires sans limitation de taille ou de tonnage. Il faut aujourd’hui entre 5 et 8 ans pour qu’un pilote soit homologué sans limitation de tonnage en Europe ».

Responsabilité  et retenue, parlons du cas "REBORA Louis" Responsabilité et retenue, parlons du cas "REBORA Louis"

Quid de la gestion des nouvelles installations portuaires d'Owendo par la Société des terminaux de conteneurs du Gabon (STCG)

Société des terminaux de conteneurs du Gabon (STCG). -Vincent-et-Yannick-Bolloré-reçus-par-Ali-Bongo-Ondimba Société des terminaux de conteneurs du Gabon (STCG). -Vincent-et-Yannick-Bolloré-reçus-par-Ali-Bongo-Ondimba
On ne saurait terminer cette exploration des méandres qui empêchent le fonctionnement normal du port d'Owendo sans faire état des retards des sorties et entrées de navires qui font les gros titre nationaux actuellement. On tire à boulets rouge sur le groupe Bolloré et sa représentation au Gabon, la Société des terminaux de conteneurs du Gabon (STCG). Là aussi, on nage en plein brouhaha. En effet, même si le français Bolloré n'a pas investi dans le nouveau port mais plutôt le singapourien Olam, à travers un partenariat public-privé avec l’Etat gabonais, et un investissement de près de 300 millions de dollars dans les travaux de modernisation. Le pragmatisme et la géopolitique du président gabonais n’étant certainement pas étranger, le choix de la gestion des conteneurs dans les nouvelles installation, partie la plus importante, ont été confié la société à STCG.

"Rendons à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". Le non partage d'informations et coopération entre les parties, les soupçons des uns envers autres, le règlement d’exploitation portuaire remanié qui augmente la confusion et créé le désordre dans l’exploitation des installations portuaires, ne sont pas le fait du Groupe Bolloré mais plutôt du  commandant du port d’Owendo, qui y attribut les postes à quai  et décide des entrées et sorties des navires. 

Important. En quoi le règlement d’exploitation portuaire conçu pour la gestion des quais de l’OPRAG, depuis lors concédés à GPM, concerne t-il les terminaux privés GSEZ port cargo- OCT, qui n’appartiennent pas à l’Office? Ceci étant, pourquoi ne s’applique t-il pas aussi au terminal du Cap Lopez propriété de TOTAL GABON et chez Shell à Gamba?
N’est ce pas cet abus d’autorité qui augmente la confusion et fait entrave à la bonne marche des opérations?

Les directives gouvernementales non suivies d'effets, le laxisme de la Marine Marchande Gabonaise en matière de transport maritime, les restructurations, tout cela mis bout à bout, les problèmes du port d’Owendo ne sont plus l’affaire des seuls spécialistes mais concerne tous les gabonais.

Le pays importe 80% de ses besoins alimentaires et autres produits indispensables par le port d’Owendo; si les assureurs qui doivent couvrir les dommages éventuels continuent à monter leurs tarifs, il y’a des risques de voir des affréteurs dérouter les navires hors du port d’Owendo et par ricochet, diminuer les entrées fiscales et par les mêmes mécanismes, alourdir le coût du panier de la ménagère.

 

Anne Marie DWORACZEK-BENDOME
04/10/2018

 

 

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