Gabon: Bongo - La province présidentielle : Berceau des changements à venir ?

Message du “ Mouvement des Gabonais Libres du Haut-Ogooué ” à la nation et à la famille Bongo-Ondimba Valentin.

10 Janvier 2021 | Message du “mouvement des Gabonais Libres du Haut-Ogooué ” à la nation et à la famille Bongo-Ondimba Valentin© 2021 D.R./DBNEWS 10 Janvier 2021 | Message du “mouvement des Gabonais Libres du Haut-Ogooué ” à la nation et à la famille Bongo-Ondimba Valentin© 2021 D.R./DBNEWS

Dimanche 10 janvier 2021, dans l'après-midi, s'est tenue à Franceville (Gabon), chef-lieu de la province du Haut-Ogooué et du département de la Mpassa, une rencontre initiée par quelques jeunes natifs de la région, qui se sont présentés comme étant le "Mouvement des Gabonais Libres du Haut-Ogooué ". Objectif de cette prise de parole publique : “dénoncer la confiscation de l’État de droit ainsi que  “la manipulation de la constitution”, par un groupuscule de gens autour l’institution présidentielle incarnée par Ali Bongo Ondimba.

apre-le-paragraphe-style000-removebg-preview
 Refus de cautionner tout et n’importe quoi!

Si la situation n’avait été celle connue actuellement, il était impensable, voire inenvisageable qu'une  rencontre comme celle mentionnée ci-dessus se tienne dans la 2ème province du Gabon, possession et chasse gardée de la famille "BONGO", au pouvoir depuis 53 ans. 

le temps a fait son travail et de l'eau a coulé sous les ponts. De statut de province "à part", à province "comme les autres", le Haut-Ogooué broie du noir. Groggy et perdu, pire qu'en 2009 au moment de la mort de feu Omar Bongo, l'accident vasculaire cérébral à Riyad, en Arabie d’Ali Bongo Ondimba, le 24 octobre 2018, a accéléré le divorce entre une grande partie de la population et l'exécutif.

Sylvia Bongo Ondimba, celle qui avait choisi l'exil doré Londonienne parce qu’elle refusait de cautionner l’ascendance que l’ancien directeur de cabinet, Maixent Accombessi, avait sur son époux, a fait son grand retour, et ne quitte plus le pays que pour faire quelques emplettes comme récemment à Paris, ou s’occuper du suivi médical de son mari.

"Privilèges !"

La famille Bongo Ondimba, désormais supplantée par la "famille Valentin" de l'épouse d'Ali Bongo, n’est plus que l’ombre d'elle même. Brice Laccruche Alihanga, l'ancien directeur de cabinet du président avait essayé de maintenir artificiellement le lien, mais depuis son embastillement le 13 décembre 2019, ainsi que des fils de notables du coin, la messe est dite. Les enfants laissés par Omar, on peut citer notamment Madame Mferri Bongo Ondimba, Christian Bongo Ondimba, etc, servent juste de paravent pour maintenir l'illusion sans plus d'une famille unie.

Malgré le fait d'appartenir à un petit groupe, la forte présence dans la sphère décisionnaire de la petite élite politico-administrative Altogovéenne avait fini par leur donner l'impression que l’État était une sorte d’Agence nationale pour l’emploi, réservée en priorité aux fils et aux filles du Haut-Ogooué. Ce qui a conduit chaque responsable issu de cet endroit,  à transformer le département, l'entreprise publique ou parapublique dont il avait la charge en un “énième” bureau de placement pour lui et les siens.

Incertitude face au lendemain !

Perçus à tort ou à raison comme des supplétifs, des accompagnateurs à "Ad vitam aeternam", la crainte de payer les pots cassés d’une gestion inique fait peur si la situation venait à changer, et ce d’autant qu'à y regarder de près, ils ne sont pas si nombreux que ça, à avoir tiré leur épingle du jeu.  Faut-il continuer à fermer la bouche, courber l’échine et se laisser tout reprocher pour les égoïstes au pouvoir qui ne pensent qu’à eux-mêmes et leurs proches, sans soucier du développement du pays, encore moins du bien-être des populations? Pour toutes ces raisons, aujourd'hui un nombre non négligeable d'originaires de la province prennent leurs distances avec la famille et le régime "Bongo-Valentin".

L’opulence et les richesses dont jouissent quelques uns, ne sauraient masquer la réalité des baraquements  avec  "tôles en haut- tôles en bas". Des disparités que rien ne justifie, sauf l’injustice. L’homogénéité que l’on a fait croire du temps du feu Omar Bongo Ondimba, n'était qu’une belle fable.

10 Janvier 2021 | Message du “mouvement des Gabonais Libres du Haut-Ogooué ” à la nation et à la famille Bongo-Ondimba Valentin© 2021 D.R./DBNEWS 10 Janvier 2021 | Message du “mouvement des Gabonais Libres du Haut-Ogooué ” à la nation et à la famille Bongo-Ondimba Valentin© 2021 D.R./DBNEWS

Mécontentement 

Dimanche 31 mai 2020, pendant le premier confinement dû à la covid-19, tandis que les populations de Libreville et autres parages couraient après quelques cuisses de poulet, bouteilles d’huile etc… Les habitants d’une petite bourgade nommée Kabaga, situé dans la province du Haut-Ogooué, non loin de "Bongoville", village natal du feu président Omar Bongo Ondimba, avaient renvoyés sous les cris et les quolibets, un préfet, représentant de l’État, venu leur apporter des dons alimentaires et autres victuailles offertes par le fils du Chef de l’État, Noureddin Bongo Valentin, au demeurant, Coordinateur général des affaires présidentielles.

Dimanche 10 janvier 2021, seconde défiance, des jeunes se sont levés pour dire "Non", à la modification de la constitution par quelques individus assoiffés de pouvoir et d’argent, qui, loin de tous, manipulent le texte fondamental qui lie l’ensemble de la nation dans le seul but de conserver une emprise sur le pays et continuer à se servir, tandis que la majorité des habitants,  52% de femmes, et 60% de jeunes sont abreuvés de promesses sans suite.

D’autres précédents existent :
- 1985, un putsch aurait été fomenté par le capitaine Alexandre Mandza Ngokouta, condamné à perpétuité, il sera exécuté publiquement le 11 août 1985 ;

- 9 septembre 2009, un ancien commandant en second de la Garde républicaine et également ancien secrétaire permanent du Conseil national de sureté, poste qu’il occupait avant son arrestation et son incarcération à la prison centrale de Libreville, Jean Philippe Ntumpa Lebani, sera accusé d’avoir voulu faire un coup d’état. 

Les gameurs  !

Comme à l'accoutumée "après une telle sortie", le pouvoir va envoyer quelques sbires sans légitimés et autoproclamés leaders qui mettront en scène une pseudo déclaration de soutien indéfectible au nom de l’ensemble de la province en faveur de la famille "Bongo Ondimba-Valentin et acolytes."

Mais personne n'est plus dupe, tous connaissent le fonctionnement "caporaliste" à base de chantage d’un système obsolescent et coupé des réalités quotidiennes, qui perdure grâce à un savant quadrillage du pays à travers les membres du  parti Démocratique Gabonais et un contrôle drastique des contre-pouvoirs.

Gabon : Bongo - La province présidentielle - Berceau des changements à venir ? © Anne-Marie Dworaczek-Bendome

La défiance !

Une chose est claire cependant, si la famille Bongo Ondimba Valentin et consorts croient posséder des droits inaliénables sur le Gabon. Quelques habitants fussent-ils du Haut-Ogooué, refusent dorénavant de soutenir un régime qui maintient la population dans la division, la pauvreté et le sous développement. Advienne que pourra !

AM DWORACZEK-BENDOME
11 janvier 2021

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.