La mort d’Edouard Valentin rabat les cartes autour des proches d’Ali Bongo

La lecture faite par les différents médias et commentaires à l’annonce de la mort le 28 Janvier 2019 à Montpellier en France, de M. Edouard-Pierre Valentin, grand patron des assurances au Gabon, laissait sous-entendre que ce décès ne concernait que la famille et les proches et non les gabonais en général. Cette lecture est erronée pour qui sait comment au Gabon, politique, affaires et famille sont liés.

Le feu père de la 1ère Dame du Gabon, M. Edouard Edouard-Pierre Valentin Le feu père de la 1ère Dame du Gabon, M. Edouard Edouard-Pierre Valentin

Avant d’être le père de la première dame Sylvia Bongo Ondimba, M. Edouard-Pierre Valentin était tout sauf un simple accompagnateur du clan Bongo.

En effet, arrivé avec femme et enfants dans les années 70, remarqué par Omar bongo Ondimba qui avait besoin d’hommes de confiance, il fera une ascension fulgurante en un temps record. Les liens d’amitié, de confiance, ensuite de famille, finiront par sceller les familles Bongo Ondimba et Valentin, pour ne former qu’un seul clan.


A la mort d’Omar Bongo et pour l’élection d’Ali bongo en 2009, il sera celui qui rassurera les investisseurs, prendra leurs doléances pour les transmettre au candidat « Ali 9 ». C’est encore lui qui encouragera sa fille Sylvia, malgré une certaine timidité à ses débuts de vie publique, avec l’amour d’un père et d’un conseiller de tous instants, à épauler son époux et être plus présente à ses côtés.

Fait très important qui marque son influence et son importance autour de son beau-fils, à la proclamation des résultats des élections présidentielles de 2009, la nomenklatura des affaires installée au Gabon ira le féliciter, lui, Edouard Valentin, en premier.


Sous le 1er magistère d’Ali Bongo et au début du second
, il avancera ses pions, un à un, qui conforteront la position de sa fille et de son beau-fils. De très nombreuses personnes au cœur du pouvoir d’Ali, hommes et femmes du 1er cercle, doivent leur place à son coup de pouce et recommandation.

Aujourd’hui que Dieu l’a rappelé à lui, la 1ère Dame se retrouve de fait en première ligne, sans quelqu’un de solide pour la protéger et sécuriser son environnement immédiat. Chacun sait qu’au centre de tout pouvoir, chaque groupe doit avoir ses personnes clés. Pour conserver son influence, quoi qu’elle soit la dernière personne à murmurer quotidiennement à l’oreille de son époux de président avant de dormir, il va falloir redoubler de vigilance; les autres clans savent qu’elle est à découvert et qu’ils peuvent rabattre les cartes et changer les rapports de forces.

 

Le président Ali Bongo Ondimba, au centre de la photo, Edouard-Pierre Valentin et sa fille, Mme Sylvia Bongo Ondimba Le président Ali Bongo Ondimba, au centre de la photo, Edouard-Pierre Valentin et sa fille, Mme Sylvia Bongo Ondimba
Les investisseurs et autres opérateurs qui traitent directement avec le cabinet présidentiel vont eux aussi devoir se dégoter un nouveau "monsieur bons offices". Des noms circulent comme celui de M. Eric CHESNEL, presqu'un un père pour Ali Bongo et ses frères et sœurs, car il a été longtemps leur précepteur, et aujourd’hui est Conseiller spécial à la Présidence de la République gabonaise. Le second nom avancé avec insistance est celui de M. Philippe Chandezon. Arrivé au Gabon en 1983, il connait le pays et l’ensemble de la classe politique, les milieux d'affaires, les investisseurs , et de surcroît, est proche des époux Ali et Sylvia Bongo. Il n’a pas d’appétence à jouer les stars. Qualité suprême, il est discret.


Ceci dit, les évènements heureux ou malheureux font grandir tout un chacun. Le vide crée par la disparition du patriarche des "Valentin" est un défi pour la 1ère Dame Sylvia Bongo Ondimba. Qu’elle le veuille ou pas, l’influence et la place de son clan autour du pouvoir de son époux repose désormais sur ses épaules.

 

Anne Marie DWORACZEK-BENDOME
13 février 2019

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