Société & Politique | Rumeurs, lynchages publics : Gabon, rien ne va plus !

28 JANV. 2020 |Par @DworaczekBendom

Société & politique | Rumeurs, lynchages publics :  Gabon, rien ne va plus ! Société & politique | Rumeurs, lynchages publics : Gabon, rien ne va plus !

La barbarie dans la capitale gabonaise !

Après la psychose généralisée qui a régné à Libreville le vendredi 24 janvier 2020, suivi d’un silence assourdissant des autorités, certains n’ont pas hésité à parler de complicité, ce sont des histoires. Sans masque ni phare, la réalité est plus simple que ça à comprendre. Prosaïquement, on assiste à l’incapacité des dirigeants et de ceux qui co-gèrent le pays avec qu'eux, à donner une vision claire et la voie à suivre pour y parvenir. 

On dézingue, on colmate, rafistole, produit du vent, personne n’est dupe, encore moins le peuple, et aucune nomination n’y changera rien. Une maison construite sur du sable mouvant, changer une tuile, une porte, etc. n’empêchera nullement celle-ci de s’écrouler un beau matin. La situation de paralysie et d’expectative actuelle va de ce constat.

D’honorables mères et pères de famille, sans autre forme de procès, comme sous l’emprise d’une drogue, d’une force invisible et incontrôlée, se sont livrés à des agressions sur la base de rumeurs d’enlèvements d’enfants. Résultat final, trois morts : Patrick OBAME EYEGHE, Stanislas MBA NGOUA et une victime collatérale, Mme BITOGHI MOUNGONGO Chimène Flore, mère de famille, abattue injustement la nuit au Pk7, dans la banlieue de la capitale pendant le déchaînement de violence du 24 janvier.

24 janvier 2020, d'honorables mères et pères de famille dans l'engrenage de la violence 24 janvier 2020, d'honorables mères et pères de famille dans l'engrenage de la violence
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Rappel

Tout a commencé le 12 janvier 2020, avec la disparition d’un jeune enfant du nom d’Anderson ABAGA NGOUA RINALDI, âgé de 3 ans, survenu dans le village EBBE ABA, situé à quelques kilomètres de BITAM, chef-lieu du département du NTEM, dans la province du WOLEU-NTEM, Nord du pays. 

Jeune enfant Anderson ABAGA NGOUA RINALDI, âgé de 3 ans, disparu depuis 12 janvier 2020 Jeune enfant Anderson ABAGA NGOUA RINALDI, âgé de 3 ans, disparu depuis 12 janvier 2020
Le dossier traité avec négligence dans un premier temps par les autorités, va connaitre une accélération après la mobilisation sur les réseaux sociaux, et tout particulièrement d'un activiste connu sous le pseudonyme de "Gobame". Enfin, après ce raffut, les autorités judiciaires vont s’auto-saisir même sans plainte déposée par la famille, ces derniers feront la démarche quelques temps après.  Mais le mal était fait et les mauvais souvenirs liés aux crimes rituels récurrents dans le pays, ni arrestations des exécutants ni des commanditaires étaient ainsi réveillés.

 

 

Le Gabon sombre inexorable au vu et au su de tous. Quoi de plus effrayant qu’un peuple en furie qui laisse parler ses bas instincts. À qui profite cette désolation ? – Créer le chaos afin de s’accaparer du pouvoir est-il la bonne solution? - Qui sont ceux qui s’abritent désormais derrière l’anonymat de faux comptes sur les réseaux pour alimenter la psychose, la haine, la division et l’instabilité au Gabon?

Gabon|Enlèvements d'enfants : point presse du ministre de l'intérieur © anne marie dworaczek-bendome

Tous responsables !

À côté des irresponsables qui confondent allègrement la haine qu’ils ont envers un nom (BONGO ONDIMBA + VALENTIN) et leurs acolytes, et de l'autre, ceux qui se réclament d’une légitimité des urnes, qui, selon eux, leur confère l’impunité dont ils jouissent en s’appropriant sans crainte des biens communs, les citoyens ordinaires des neuf provinces ont compris, qu'il n'y avait rien attendre ni des uns ni des autres. On ne sait pas combien de temps les palliatifs que sont les églises éveillées ou pas ; alcool, vagabondage et libertinage sexuel, pratiques occultes et autres déviances leur séviront-ils de tampon pour garder les populations dans l'inconfortabilité et le mal-être.

Les crimes rituels, une réalité effrayante

Pratiqués par des cercles secrets adeptes de sorcellerie, les crimes rituels consistent à prélever le sang de la victime et certaines parties du corps yeux, sourcils, oreilles, sexe, langue, lèvres, bouts de peau, cerveau - censées offrir santé, richesse, réussite et pouvoir.

Pour rappel : 
- En décembre 2012, le défunt sénateur de Kango, Gabriel Eyeghe Ekomie, voyait son immunité parlementaire levée, accusé de crime rituel par un détenu. 

- Fin juillet 2019, un député du Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir, du département des Hauts Plateaux, Philippe Ngaipé, était accusé d’être le commanditaire d’un crime rituel sur homme de 70 ans, il a été juste suspendu par ledit parti.

- Alfred Madoungou, ex-conseiller du Président gabonais, M. Ali Bongo Ondimba et de son omnipotent ex-directeur de cabinet Maixent Accrombessi, cité par des proches dans un dossier de crime rituel et poursuivi pour "association de malfaiteurs et assassinat avec prélèvement d’organes humains". L'homme ne sera pas vraiment inquiété. Et puis soudain, il y a 48h, retournement de situation presque cinq années après, il a été mis aux arrêts et se trouve toujours  à la Direction générale des contre ingérence encore appelé "B2". Les raisons de cette mis à l'écart n'ont pas encore été formulées.

- Et tous les cas dénoncés en 2013 par Jean-Elvis Ebang Ondo, président fondateur de l'Association de lutte contre les crimes rituels (ALCR), dont le fils de 12 ans avait été enlevé, tué et mutilé en mars 2005.  (Source : lepoint.fr)

- Début 2019, un homme a été condamné à perpétuité pour meurtre en 2012 et son complice à douze ans de prison pour avoir mutilé le cadavre. Les deux criminels ayant reconnu avoir passé un contrat pour « fourniture d’organes humains ». 


Arrestation de Alfred Edmond Nziengui Madoungou, simple manœuvre pour calmer la colère de la population ?

Monsieur Alfred Edmond Nziengui Madoungou Monsieur Alfred Edmond Nziengui Madoungou

Depuis les derniers rebondissements, les Gabonais sont sceptiques et attendent de voir.

Manipulation ! - Pourquoi aujourd'hui et pas hier? – l’arrestation opportune d'Alfred Madoungou, un leurre pour calmer la colère justifiée des populations suite aux alertes d'enlèvements d'enfants ou y a t-il de nouveaux éléments pertinents qui sont apparus dans le dossier comme par hasard?

Des voix discrètes laissent entendre que le pouvoir ayant vue rouge, pour garder la main, il a livré l'un des siens. 


Autres temps, autres mœurs.


Il y a pourtant quelques années, ce même peuple gabonais que l'on veut contenter maintenant, exigeait que "le livré (ndlr. ou plutôt le sacrifié pour la cause aujourd’hui Alfred Madoungou,)", soit remis à la justice, la réponse a été négative.

 

" J'ai pour habitude de dire gabonais nous sommes, gabonais nous resterons, pensons à notre pays, pensons à notre jeunesse, croyons en Dieu. Dieu ne nous a pas donné le droit de faire du Gabon, ce que nous sommes entrain de faire. Il nous observe, il dit amusez-vous, mais le jour où il voudra aussi nous sanctionner, il le fera. Que Dieu protège le Gabon. ", dixit : Omar Bongo Ondimba .


Qu’il est loin, le temps des perspectives d’évolution enthousiasmante d'un Gabon, considéré naguère dans le monde comme le"petit émirat stable d'Afrique Centrale". L’horizon de ce début d’année 2020 en est bien loin.

 

Gabon | Colère : des alertes d'enlèvements d'enfants entraînent des violences importantes © anne marie dworaczek-bendome

À suivre…

@DBNEWS

 

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