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Billet de blog 7 oct. 2020

Charte 7 sur 7 : Pour une conciliation France Islam (1/3)

Les musulmans de France sont aujourd'hui définitivement liés à cette terre, et font partie intégrante de cette société. Ni eux ni leurs enfants ne retourneront en masse dans leur pays d'origine. Une vie commune est inévitable. La recherche d'une voie de consensus est une nécessité. Cependant, une telle voie ne peut être trouvée sans une révolution des mœurs et des comportements de part et d'autre.

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Le monde assiste à une guerre mondiale de leadership politique et économique entre les États-Unis et la Chine. D'autres pays comme la Turquie et la Russie tentent de retrouver leurs positions stratégiques historiques et étendre leur influence géopolitique. Entre ces conflits, l'Europe continue de voir sa place sur la scène mondiale restreinte et concurrencée. Une place qu'elle se veut plus démocratique, équilibrée, sociale et humaniste. Cependant, au lieu de s'efforcer de créer une union politique et économique solide et forte de ses voisins alliés, l'Europe s'isole progressivement, se divise et se referme sur elle-même, souffrant d'une part de la montée des courants nationalistes et identitaires, et d'autre part des franges séparatistes marginales qui empêchent toute cohésion sociale. Au même moment où les dirigeants de l'Europe appellent à une plus forte intégration entre les pays européens, l'intégration des différentes composantes et minorités sociales ne semble pas les préoccuper. Elle est pourtant plus urgente et critique. 

À cet égard, la France ne fait pas exception. C'est même l'un des pays où les gens votent le plus pour l'extrême droite. Ce vote est essentiellement attribué à la question préoccupante de l'immigration en provenance du Sud, et plus précisément à la question de l'Islam. Bien que l'islam soit la deuxième religion en France, avec environ un dixième de la population qui s’y identifie, il n'est cependant pas considéré comme une religion française, ni même comme une religion compatible avec les valeurs de la république par une majorité de Français. L’Islam est plutôt souvent considéré comme une idéologie étrangère qui menace les valeurs de la société, combien même qu’il soit présent en Europe depuis près de 13 siècles.

Grande Mosquée de Paris

Si aujourd'hui la plupart des musulmans de France pratiquent leur religion d’une manière plutôt digne et décente, ils continuent néanmoins à ressentir un sentiment d'exclusion et de mépris de la part du reste de la société. Souvent stigmatisés pour leur choix vestimentaires ou culinaires, régulièrement pointés du doigt comme bouc émissaire des malheurs de la société, plusieurs d’entre eux trouvent refuge en se reconnaissant de plus en plus dans une identité étrangère du père ou du grand-père immigré, bien qu'ils soient nés et élevés en France. Les abominables attentats terroristes perpétrés au nom de l'Islam ne font qu'accentuer le sentiment de peur, voir parfois de haine, à l'égard des musulmans.

Face à cette situation, les voix de l’extrême des deux camps se haussent, entre ceux qui demandent l'exclusion de l'Islam et de ses apparences de l'espace public, et ceux qui, au nom de l'Islam, répondent par la violence ou l'isolement à ce qu'ils considèrent comme des attaques occidentales contre leur vision puriste de l'Islam. Laisser ces voix proliférer et cette situation s'aggraver risque de plonger le pays dans un climat permanent d'intolérance et de troubles sociaux.

La France, avec son esprit très critique de l'autre, et sa fierté historique, ne facilite pas l'intégration des immigrés de cultures très différentes. De même, la notion de la communauté unique, très forte parmi les musulmans risque de rendre leur intégration en France difficile, surtout dans un climat de racisme et de mépris de l'autre.

Attaque terroriste contre Charlie Hebdo

D'autre part, si la France est l'un des pays occidentaux les plus touchés par le terrorisme islamiste, et si elle devrait bénéficier d'une certaine sympathie internationale même dans le monde musulman comme dans le cas de la Grande-Bretagne, elle est néanmoins considérée comme le pays occidental le plus antimusulman par une majorité de musulmans dans le monde. Cela est principalement dû à la multiplication des publications méprisant l'Islam et son prophète, mais aussi à certains médias insistant sur la transmission de messages de haine et de racisme envers les musulmans et les immigrés. L'absence de réponse claire et médiatisée de la part de l'État français qui se distancie de ces insultes antimusulmanes et affirme la neutralité de l'État et son respect de la religion musulmane conduit certains à confondre ces déclarations et publications islamophobes avec la position de l'État français, surtout dans un contexte international conflictuel avec la Turquie dont le président Erdogan est considéré par de nombreux musulmans comme un leader principale du monde musulman.

L'attachement profond de la France à la laïcité et l’impact profond de l'Islam dans la vie de ses fidèles sont sans doute en partie responsables des relations compliquées qu’entretient la France avec ses musulmans. Néanmoins, un retour aux valeurs fondamentale communes qui ont toujours constitué la France et l'Islam, telles que la justice, la solidarité, la rigueur, l'égalité et la liberté de conscience permettrait de faciliter la réconciliation. Ce terrain d’entente est malheureusement occulté par les projecteurs constamment pointés sur ce qui fait la différence entre les deux.

Les musulmans de France sont aujourd'hui définitivement liés à cette terre, et font partie intégrante de cette société. Ni eux ni leurs enfants ne retourneront en masse dans leur pays d'origine. Une vie commune est inévitable. La recherche d'une voie médiane est donc une nécessité. Cependant, une telle voie ne peut être réalisée sans une révolution des mœurs et des comportements de part et d'autre.

Emmanuel Macron prononce un discours sur les séparatismes vendredi 2 octobre 2020 Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AFP

Les discours consécutifs du président sur ce sujet ont le mérite de mettre en évidence le séparatisme - même si il est plus précis de le nommer “isolationnisme” - comme un risque réel si jamais le fossé se creuse davantage sous les coups opposés du racisme d’un sens et de l'intégrisme de l’autre. Il a également eu le courage d'affirmer que ce ne sont pas les cultures d'origine des parents de musulmans français qui posent problème, tant que ces cultures d'origine ne portent pas atteinte à l'appartenance et à l'unité nationales. Cependant, ces discours ne sont que le début d'un long travail qui doit être mené pour parvenir à cette cohésion sociale souhaitée.

Bien que certains musulmans continuent de considérer ces discours comme des énièmes doigts pointés sur les musulmans en ces temps socialement troubles, ils seront les premiers à reconnaître l'existence d'un “complexe : Islam” en France et à reconnaître la nécessité de le résoudre. Ils sont plutôt gênés par le traitement médiatique biaisé auquel ils sont soumis chaque fois que la question de l'Islam revient sur le devant de la scène. Cet acharnement médiatique est en grande partie responsable du renforcement de cette vision isolationniste qui existerait chez certains musulmans de France.

Plusieurs approches ont été adoptées dans le passé pour combler ce fossé. D'une part, les courants conservateurs mènent constamment des actions nationales ou locales pour imposer la réduction de l'empreinte visible de l'Islam sur l’espace publique. Le port des signes religieux islamiques est de plus en plus entravé et stigmatisé, et la construction des lieux de culte musulmans est souvent sujette à des conflits sociaux ou politiques plus ou moins médiatisés. Cependant, il faudra se rendre à l’évidence que la réduction de l'empreinte de l'Islam dans l'espace public ne garantit en rien la limitation de la pensée séparatiste au sein de la communauté musulmane. Elle peut même constituer un facteur déclenchant ou aggravant, car la multiplication des actions visant les musulmans peut être considérée par les tenants de ces idées comme une preuve du racisme de l'état et de la société française. D'autant plus que restreindre et entraver la pratique d'un culte légal risque d'engendrer un discours haineux et fondamentaliste circulant par des canaux informels ou illégaux.

Manifestation contre l'islamophobie à Paris

De leur côté, les musulmans, se sentant de plus en plus opprimés, ne cessent de créer des associations pour lutter contre la montée du racisme antimusulman, principalement à travers des actions juridiques. Bien que ce soit leur droit, le fait de se concentrer sur la réponse juridique au racisme renforce le sentiment de victimisation chez la communauté musulmane et l’empêche de prendre sa part de responsabilités ou d'adopter des approches culturelles et sociétales plus durables.

L'état, pour sa part, s'efforce d'avoir des interlocuteurs au sein de la communauté musulmane afin d'assurer un dialogue continu avec les structures religieuses sur le terrain. Toutefois, nombre de ses interlocuteurs et de ces structures ne sont pas réellement représentatifs des musulmans eux-mêmes et leur discours et leurs positions n'ont qu’un impact limité sur la communauté musulmane. Ces structures intermédiaires restent donc plus bureaucratiques et administratives que crédibles et influentes.

La relation de la France avec ses musulmans est complexe. Elle cache derrière elle plusieurs autres questions plus complexes les unes que les autres, telles que l'immigration, la pratique religieuse, le port des signes religieux, la délinquance, la culture, la langue, etc. La solution doit donc être générale, progressive et multidimensionnelle. Il est cependant important d'avancer sur chacun de ces niveaux, car ils sont très liés entre eux. Ainsi, la montée de la délinquance, par exemple, entraîne une augmentation de l'islamophobie, qui à son tour entraîne le renforcement du sentiment d’exclusion et des actes de renfermement sur soi de la part de certains musulmans.

Mais avant tout, il existe deux procès d’intention profondément ancrés de part et d'autre qui empêchent tout processus de normalisation. Le premier est celui d'une bonne partie des non-musulmans qui sont convaincus que les musulmans œuvrent à l'islamisation de la France et de l'Europe et que tout musulman pratiquant ou portant un signe religieux est soit contraint soit fait du prosélytisme. Le second préjugé est celui d'une bonne partie des musulmans convaincus que la France et ses institutions ont désigné l'Islam comme premier ennemi et qu'ils feront tout pour le combattre. Ces deux préjugés faux et infondés empêcheront toute forme de conciliation si rien n'est fait pour les déconstruire.

La présente charte vise à normaliser les relations entre la France et l'Islam. Elle est organisée à travers un ensemble de droits et de devoirs et comprend un ensemble de règles et de principes à adopter par les deux parties. S'ils sont respectés de part et d'autre, ces principes sont de nature à garantir la cohésion, la normalisation et l'apaisement de la présence de l'Islam en France.

Suite de l'article : Charte 7 sur 7 : Partie 2/3Charte 7 sur 7 : Partie 3/3

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