Charte 7 sur 7 : Pour une conciliation France Islam (3/3)

Les musulmans de France sont aujourd'hui définitivement liés à cette terre, et font partie intégrante de cette société. Ni eux ni leurs enfants ne retourneront en masse dans leur pays d'origine. Une vie commune est inévitable. La recherche d'une voie de consensus est une nécessité. Cependant, une telle voie ne peut être trouvée sans une révolution des mœurs et des comportements de part et d'autre.

Articles à lire avant : Charte 7 sur 7 : Partie 1/3Charte 7 sur 7 : Partie 2/3

Ce qu'attendent les musulmans de France de la part de la société :

       1. Accepter le pluralisme des idées et des apparences

La liberté vestimentaire et culinaire est un droit fondamental, et n'est pas nécessairement synonyme de communautarisme. Il s'agit là de la promesse de liberté dans les sociétés modernes. La liberté du choix, qu'il soit spirituel, politique, idéologique, culturel, artistique, vestimentaire ou sentimental, n'empêche pas l'unité nationale autour de principes qui définissent l'appartenance à la nation. C'est plutôt le conformisme qui risque de pousser la société à se déchirer, si jamais les spécificités des individus ou des minorités sont dissimulées et bafouées. Les apparences peuvent être adaptées au contexte, mais elles restent des libertés fondamentales.

       2. Réparer le préjudice colonial

La plupart des musulmans de France sont des descendants d’immigrés des anciennes colonies françaises d'Afrique. Une bonne partie d'entre eux s'identifient encore à ces pays bien qu'ils soient nés en France. Il est donc nécessaire de fermer les plaies de cette histoire coloniale, dont certains passages servent de prétexte pour attiser la haine envers la France. Il est également important de reconnaître l'importance stratégique des pays d'Afrique francophone pour la France, et de prendre conscience que l'extension politique, économique, culturelle et linguistique naturelle de la France sont ces pays à majorité musulmane. Il est important de profiter des points positifs de cette histoire commune pour en faire un atout pour une alliance durable, forte et équitable.

       3. Réparer l'image de la culture musulmane incomprise et ternie par les médias

Le savoir est le meilleur ennemi du racisme. Il est essentiel de réparer l'image souillée de la culture et de la religion musulmane. Au contraire, une ouverture sur l'histoire artistique, scientifique, sociale et juridique de la civilisation musulmane permettrait une meilleure compréhension de cette culture, et en même temps sa modernisation. Il est également important de mieux enseigner les langues et les cultures des pays d'origine des musulmans français dans les écoles de la république en les intégrant dans le programme scolaire. Cela permettra aux enfants musulmans de s'attacher davantage à la république et de réduire la dépendance de leurs parents à l'égard de cadres éducatifs moins adaptés.

       4. Mettre fin à la ghettoïsation et punir sévèrement l’exclusion raciale dans l’accès au logement

L'une des causes les plus importantes de l'isolement de la communauté musulmane et des populations immigrées en général est la politique de ghettoïsation pratiquée dès l'arrivée des premières vagues d'immigration. Cette politique a créé des quartiers où se concentrent la misère et l'exclusion, ce qui en fait un parfait terreau pour le crime et l'extrémisme. Il est essentiel d'opter pour une politique de logement social qui favorise la mixité entre les différents groupes socio-économiques de la société, en modernisant les quartiers populaires afin de les rendre plus attractifs, et en créant des logements sociaux dans les quartiers les plus riches. Il est également fondamental de lutter contre l'exclusion raciale dans l'accès au logement dans le parc privé, qui touche principalement les populations musulmanes et africaines, les poussant vers les quartiers populaires et participant à cette ghettoïsation.

       5. Protéger et encourager les associations culturelles légales et transparentes

Les associations culturelles et religieuses musulmanes doivent être encouragées et soutenues. Elles ont un rôle fondamental dans la supervision des pratiques musulmanes afin qu'elles restent transparentes, légales et authentiques. Elles sont là pour organiser un besoin spirituel fondamental des musulmans. Sans leurs efforts, il est certain que des mosquées clandestines auraient proliféré sans aucun moyen de contrôle ou de supervision. Il est important de reconnaître leurs efforts à transmettre les valeurs de bonne citoyenneté et de bonne conduite, et ainsi prévenir la délinquance. Leurs efforts pour construire des institutions religieuses devraient être soutenus afin d'éviter une pratique clandestine et désordonnée du culte.

       6. Reconnaître et corriger l’inégalité de traitement entre les différentes confessions

Les musulmans de France sont très sensibles au traitement de second degré que leur religion reçoit en France. En même temps qu'on leur refuse régulièrement l'usage des biens publics pour leurs activités religieuses au nom de la laïcité, ils assistent à des traitements de faveur pour le culte catholique tel le concordat ou la restauration des lieux de culte. Et si l'antisémitisme est, à juste titre, sévèrement puni, l'islamophobie est rarement punie ou reconnue. Il est aussi important que l’état prenne position à chaque fois qu’un symbole religieux est déshonoré afin de réaffirmer la neutralité de l’état et son respect de toutes les religions. Un traitement équilibré permettrait non seulement un meilleur sentiment d'appartenance à la France chez les musulmans, mais aussi une diminution de l'ingérence étrangère dans les affaires des musulmans en France.

       7. Criminaliser davantage toutes les formes de discrimination dans la société

 Les Français d'origine africaine, arabe et/ou musulmane sont régulièrement victimes de racisme pour l'accès aux droits fondamentaux tels que le logement ou l'emploi. Les mosquées sont souvent la cible de profanations immondes et les femmes musulmanes sont régulièrement victimes de harcèlement en raison de leur choix vestimentaire. La violence et le racisme systémique commis par certains agents des forces de l'ordre ont accru les préjugés entre la police et les jeunes des quartiers. Il est donc essentiel de renforcer le combat du racisme antimusulman à la fois par des moyens éducatifs, médiatiques et juridiques, au même titre que le combat de l'antisémitisme et de toute autre forme de racisme.

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