Charte 7 sur 7 : Pour une conciliation France Islam (Synthèse)

Les musulmans de France sont aujourd'hui définitivement liés à cette terre, et font partie intégrante de cette société. Ni eux ni leurs enfants ne retourneront en masse dans leur pays d'origine. Une vie commune est inévitable. Une voie d’entente est donc une nécessité. Cependant, une telle voie ne peut être trouvée sans une déconstruction des préjugés et une évolution des mœurs de part et d'autre.

Contexte mondial et montée du populisme de droite

Le monde assiste à une guerre mondiale de leadership politique et économique entre les États-Unis et la Chine. D'autres pays comme la Turquie et la Russie tentent de retrouver leurs positions stratégiques historiques et d’étendre leur influence géopolitique. Entre ces conflits, l'Europe continue de voir sa place sur la scène mondiale restreinte et concurrencée. Une place qu'elle se veut plus démocratique, équilibrée, sociale et humaniste. Cependant, au lieu de s'efforcer de créer une union politique et économique solide et forte de ses voisins alliés, l'Europe s'isole progressivement, se divise et se referme sur elle-même, souffrant d'une part de la montée des courants nationalistes et identitaires, et d'autre part des franges séparatistes marginales qui empêchent toute cohésion sociale.

À cet égard, la France ne fait pas exception. C'est même l'un des pays où les gens votent le plus pour l'extrême droite. Ce vote est essentiellement attribué à la question préoccupante de l'immigration en provenance du Sud, et plus précisément à la question de l'Islam. Bien que l'Islam soit la deuxième religion en France, avec environ un dixième de la population qui s’y identifie, il n'est cependant pas considéré comme une religion française, ni même comme une religion compatible avec les valeurs de la république par une majorité de Français. L’Islam est plutôt souvent considéré comme une idéologie étrangère qui menace les valeurs de la société, combien même qu’il soit présent en Europe depuis des siècles.

Si aujourd'hui la plupart des musulmans de France pratiquent leur religion d’une manière plutôt digne et décente, ils continuent néanmoins à éprouver un sentiment d'exclusion et de mépris de la part du reste de la société. Souvent stigmatisés pour leurs choix vestimentaires ou culinaires, régulièrement pointés du doigt comme bouc émissaire des malheurs de la société, plusieurs d’entre eux trouvent refuge en se reconnaissant de plus en plus dans l’identité lointaine du père ou du grand-père immigré, bien qu'ils soient nés et élevés en France. Les abominables attentats terroristes perpétrés au nom de l'Islam ne font qu'accentuer le sentiment de peur, voire parfois de haine, à l'égard des musulmans.

Face à cette situation, les voix de l’extrême des deux camps se propagent, entre ceux qui demandent l'exclusion de l'Islam et de ses apparences de l'espace public, et ceux qui, au nom de l'Islam, répondent par la violence ou l'isolement à ce qu'ils considèrent comme des attaques occidentales contre leur vision puriste de l'Islam. Laisser ces voix proliférer et cette situation s'aggraver risque de plonger le pays dans un climat permanent d'intolérance et de troubles sociaux. Des positions radicales de la France envers l’Islam risquent aussi de faire monter et perdurer le sentiment de haine de la part des musulmans à travers le monde, avec tout ce que ça engendre comme risques sécuritaires et pertes économiques.

La France et l’Islam; deux cultures fières à faire cohabiter

La France, avec son esprit critique de l'autre, sa vision conformiste et sa fierté historique, ne facilite pas l'intégration des immigrés de cultures différentes. De même, la notion de communauté unie, très forte chez les musulmans, rend difficile leur intégration et adaptation en France, surtout dans un climat montant de xénophobie.

L'attachement profond de la France à une laïcité active et l’impact profond de l'Islam dans la vie de ses fidèles sont sans doute en partie responsables des relations compliquées qu’entretient la France avec ses musulmans. Néanmoins, un retour aux valeurs fondamentale communes qui ont toujours constitué la France et l'Islam, telles que la justice, la solidarité, la rigueur, l'égalité, et la liberté de conscience peut faciliter la cohésion de ces deux cultures. Ce terrain d’entente est malheureusement occulté par les projecteurs constamment pointés sur ce qui fait la différence entre les deux.

En effet, demander constamment à un Français musulman de choisir entre les lois de la république et les préceptes de sa religion est similaire à lui demander de choisir entre son père et sa mère qu’il aime tout autant. Cette fausse question ne concerne d’ailleurs pas uniquement la France, mais plutôt tous les pays du monde, puisqu’aucun pays n’applique aujourd’hui les lois de l’Islam telles qu’elles étaient appliquées au tout début de l’Islam il y a 14 siècles. Par ailleurs, comme la majorité écrasante des humains savent faire cohabiter l’amour des deux parents, la majorité écrasante des musulmans français aussi savent faire cohabiter le respect de l’Islam et des lois de la république dans leur vie.

Caricatures du prophète, un obstacle de toute entente avec les musulmans du monde

Par ailleurs, et alors que la France est l’un des pays occidentaux les plus frappés par le terrorisme Islamiste, et qu’elle devrait bénéficier d’une certaine sympathie internationale même dans le monde musulman qui en souffre tout autant, elle est pourtant considérée aujourd’hui comme le pays occidental le plus antimusulmans par une majorité des musulmans dans le monde.

Ceci est dû essentiellement à la multiplication des publications méprisantes vis-à-vis de l’Islam et de son prophète par une partie des médias français, mais aussi de certains médias insistant à véhiculer des messages mensongers et haineux vis-à-vis des musulmans et des immigrés. bien que la majorité des musulmans en France tolèrent au nom de principe de la liberté d'expression ce genre de publications, la grande majorité des musulmans du monde considère ces publications comme une atteinte grave à leur croyance. Ce sentiment de haine et de frustration du monde musulman vis-à-vis de la France peut facilement impacter les musulmans de France eux mêmes, et des loups solitaires peuvent être tentés par passer à l'acte pour "se venger" du "déshonneur" de leurs symboles sacrés.

L’absence d’une réponse claire et médiatisée de la part de l'État français prenant ses distances avec ces injures Islamophobes et affirmant la neutralité de l'État et son respect de la religion musulmane poussent certains musulmans à confondre ces publications Islamophobes avec la position de l'État français.

Par ailleurs, ce dernier, ne comprenant pas que les symboles religieux chez les musulmans sont tout autant sacrés au même titre que les symboles nationaux s’attirent les foudres du monde musulman entier en défendant la publications de ce genre de publications antimusulmanes sur son sol. L’absence d’une solution consolant liberté d’expression et respect des symboles sacrés des musulmans ternira pour toujours l’image de la France, ce qui porte atteinte à ces intérêts à travers le monde.

Discours à double tranchant contre l’intégrisme Islamiste

Les discours consécutifs du président sur le sujet de l’Islamisme ont le mérite de mettre en évidence le séparatisme - même si il est plus précis de le nommer “isolationnisme” - comme un risque réel si jamais le fossé se creuse davantage sous les coups opposés du racisme d’un sens et de l'intégrisme de l’autre. Il a également eu le courage d'affirmer que ce ne sont pas les cultures d'origine des parents de musulmans français qui posent problème, tant que ces cultures d'origine ne portent pas atteinte à l'appartenance et à l'unité nationales. Cependant, ces discours ne sont que le début d'un long travail qui doit être mené pour parvenir à cette cohésion sociale souhaitée.

Bien que certains musulmans continuent de considérer ces discours comme des énièmes doigts pointés sur les musulmans en ces temps socialement troubles, ils seront les premiers à reconnaître l'existence d'un “complexe : Islam” en France et à reconnaître la nécessité de le résoudre. Ils sont plutôt gênés par le traitement médiatique biaisé auquel ils sont soumis chaque fois que la question de l'Islam revient sur le devant de la scène. Cet acharnement médiatique est en grande partie responsable du renforcement de cette vision isolationniste qui existerait chez certains musulmans de France. Par ailleurs, L’utilisation de quelques expressions déplacées ou incomprises telles que “L’Islam est en crise” ou “Nous ne renoncerons pas aux caricatures, aux dessins”, continuent d’attiser la méfiance ou même la haine des musulmans envers la France en hexagone ou à travers le monde.

Des approches sans succès de part et d’autre

Plusieurs approches ont été adoptées dans le passé pour combler ce fossé. D'une part, les courants conservateurs mènent constamment des actions nationales ou locales pour imposer la réduction de l'empreinte visible de l'Islam sur l’espace publique. Le port des signes religieux islamiques est de plus en plus entravé et stigmatisé, et la construction des lieux de culte musulmans est souvent sujette à des conflits sociaux ou politiques plus ou moins médiatisés. Cependant, il faudra se rendre à l’évidence que la réduction de l'empreinte de l'Islam dans l'espace public ne garantit en rien la limitation de la pensée intégriste au sein de la communauté musulmane. Elle peut même en constituer un facteur déclencheur ou aggravant, car la multiplication des actions visant les musulmans est régulièrement instrumentalisée comme une preuve du racisme antimusulman de l'État et de la société française. D'autant plus que restreindre et entraver la pratique d'un culte légal risque d'engendrer un discours haineux et des pratiques fondamentalistes circulant par des canaux informels ou illégaux.

De leur côté, les musulmans, se sentant de plus en plus opprimés, ne cessent de créer des associations pour lutter contre la montée du racisme antimusulman, principalement à travers des actions juridiques. Bien que ce soit leur droit, le fait de se concentrer sur la réponse juridique au racisme renforce le sentiment de victimisation chez la communauté musulmane et l’empêche de prendre sa part de responsabilités ou d'adopter des approches culturelles et sociétales plus durables.

L'état, pour sa part, s'efforce d'avoir des interlocuteurs au sein de la communauté musulmane afin d'assurer un dialogue continu avec les structures religieuses sur le terrain. Toutefois, nombre de ces interlocuteurs et structures ne sont pas réellement représentatifs des musulmans eux-mêmes, et leur discours et leurs positions n'ont qu’un impact limité sur la communauté musulmane. Ces structures intermédiaires restent donc plus bureaucratiques et administratives que crédibles et influentes.

Vers une solution durable

La relation de la France avec ses musulmans est complexe. Elle cache derrière elle plusieurs autres questions plus complexes les unes que les autres telles que l'immigration, la pratique religieuse, le port des signes religieux, la délinquance, la culture, la langue, etc. La solution doit donc être générale, progressive et multidimensionnelle. Il est cependant important d'avancer sur chacun de ces niveaux, car ils sont très liés entre eux.

Ainsi, la montée de la délinquance, par exemple, entraîne une augmentation de l'Islamophobie, qui à son tour entraîne le renforcement
du sentiment d’exclusion et des actes d’isolement de la part de certains musulmans et même de terrorisme de quelques loups solitaires.

Mais avant tout, il existe deux procès d’intention profondément ancrés de part et d'autre qui empêchent tout processus de normalisation. Le premier est celui d'une bonne partie des non-musulmans qui sont convaincus que les musulmans œuvrent à l'Islamisation de la France et de l'Europe et que tout musulman pratiquant ou portant un signe religieux est soit contraint soit militant de prosélytisme. Le second préjugé est celui d'une bonne partie des musulmans convaincus que la France et ses institutions ont désigné l'Islam comme premier ennemi et qu'ils feront tout pour le combattre. Ces deux préjugés faux et infondés empêcheront toute forme de conciliation si rien n'est fait pour les déconstruire.

La charte suivante vise à normaliser les relations entre la France et l'Islam. Elle est organisée à travers un ensemble de droits et de devoirs. S'ils sont respectés de part et d'autre, ces règles et principes sont de nature à garantir la cohésion, la normalisation et l'apaisement de la présence de l'Islam en France.

Ce à quoi les musulmans de France s'engagent

  1. Aimer et s'attacher à la France, et l’apprendre à ses enfants,
  2. Adopter et respecter les principes de la République,
  3. Apprendre l'histoire, la culture et la langue françaises,
  4. S'impliquer dans la vie sociale, politique et civique,
  5. Adopter un Islam de lumière et une pratique adaptée à la réalité occidentale,
  6. Œuvrer pour une organisation démocratique et transparente du culte,
  7. Faire plus d'efforts dans l'encadrement et l'éducation des jeunes,

Ce qui doit être garanti aux musulmans de France

  1. Réparer l'image de la culture musulmane incomprise et ternie par les médias,
  2. Réparer l’inégalité de traitement entre les différentes confessions,
  3. Réparer le préjudice colonial et reconnaître la place centrale des anciennes colonies,
  4. Mettre fin à la ghettoïsation et punir l’exclusion raciale dans l’accès au logement, 
  5. Tolérer le pluralisme des idées et des apparences,
  6. Protéger et soutenir les associations cultuelles légales et transparentes,
  7. Criminaliser davantage toutes les formes de discrimination raciale dans la société.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.