Khaled Drareni condamné: un marteau cherche la main qui le tient

Le procès de Khaled Drareni, sa détention arbitraire, et celle de la cinquantaine d’autres détenus d’opinion est un évènement d’importance majuscule. Il précède d’un mois et demi la date que le pouvoir a choisie pour célébrer sa « virginité retrouvée » : organiser le 1 novembre 2020 un référendum sur la nouvelle Constitution.

Khaled Drareni © D.R. Khaled Drareni © D.R.

Un coup de marteau a résonné dans l’enceinte du tribunal d’Alger. La main du juge était lourde, très lourde. A vrai dire, le coup de marteau ne tonne pas avec la seule force du bras de celui qui prononce le verdict. Il y a tant de mains derrières, tant de bras longs, tant de forces oppressives, cachées, qui ne se révèlent jamais. Et décident toujours. Très souvent du pire. Dans l’ombre. A l’abri du droit, au mépris de tout principe de justice. Ces mains invisibles tiennent celle du juge. Le juge tient le marteau. Le marteau tonne et scelle des destins. Souriez, ceci est un marteau, vous êtes une mouche.

En cette matinée du 15 septembre, tous ceux qui croient que le droit peut avoir la moindre place dans ce tribunal d’Alger, ont déchanté. Ils savaient déjà que l'espoir est une denrée provisoire, très provisoire, nous le savions tous. Mais que faire quand le désir de justice devient un espoir infondé, une illusion précédée de la conviction selon laquelle toute entrée dans un tribunal algérien ressemble à un saut dans le vide, du haut de ses espérances : peu de chance d’en sortir indemne. Peu importent les faits, peu importe que vous soyez journaliste, ouvrier, étudiant et qu’en l’espèce les textes de lois vous protègent dans vos droits. Seul importe une "raison d'état" mobilisée contre la société.

Le procès de Khaled Drareni, sa détention arbitraire, et celle de la cinquantaine d’autres détenus d’opinion, est un évènement d’importance MAJUSCULE. Il précède d’un mois et demi la date que le pouvoir a choisie pour célébrer sa « virginité retrouvée » : organiser le 1 novembre 2020 un référendum sur la nouvelle Constitution.

Cette nouvelle loi fondamentale, rédigée dans un huis-clos d’experts accommodants, débattue dans la monotonie de médias aux ordres, proposée pour correction à une société confinée, approuvée par une assemblée ploutocrate, vient consacrer un rituel exclusivement algérien : réviser la loi fondamentale pour consacrer une légitimité que les urnes s’entêtent à refuser aux dits élus. Malgré les chiffres hors-sol, malgré le peuple qui regarde ailleurs.

Le procès de Drareni et de tant d’autres accusés, au-delà des souffrances infligées, et au-delà de l’exemple qu’il est censé donner à tout aventurier de la parole, acte une évidence qu’il est difficile d’évacuer : Aucune loi, aussi fondamentale soit-elle, aussi idéalistes soient ses énoncés, ne résiste aux conditions de son enfantement.

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