Que se passe t-il dans les universités Françaises ?

Lille, Paris IV, Paris VIII, Bordeaux, Montpellier... Les universités sont frappés de mouvements sociaux, certaines depuis des semaines, d'autres depuis des mois. Devant l'effervescence des esprits sur une escalade, les revendications se manifestent de plus en plus. Mais concrètement, pourquoi ces élèves se révoltent ? Attention, le billet est tous ce qu'il y'a de plus tranché.

Mai 68 en 2018, c'est ce qui encombre les murs, les dires et les articles de journaux sans pour autant s'intéresser au caractère unique de ces mouvements étudiants. Qu'est qui rendent ces mouvements si novateurs ? C'est surement, cette expression qu'on entend dans les Assemblée Générale des université, "la convergence des luttes".


Deux événements on peut être aussi participé à l'accélération de ces mouvements: la sélection a l'université et la grève des cheminots. Qu'ont-ils en commun, et comment ont-ils abouti à une lutte commune ?

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Les précaires en manque d'air 

Les cheminots lèvent la voix contre principalement deux choses, le changement de leur statut (qui peut aboutir sur une privatisation) & l'ouverture a la concurrence. Les étudiants eux, scandent leur opposition à la loi Vidal qui favorise la sélection a l'université. Point de convergence donc, le précaire n'est plus protégé par l'État.

Si les cheminots sont en grève, c'est car le changement de leur statut risque de leur faire perdre certains privilèges qui compensent un salaire très moyen:

selon l'Institut européen du salariat en 2010, "les conducteurs de train de premier échelon de la SNCF gagnent 2409 euros brut par mois, soit moins que le salaire moyen national qui est aujourd'hui de 2449 euros. Les conducteurs du deuxième échelon gagnent eux 3334 euros brut par mois mais ne représentent que 8,5% des salariés du groupe."

Tandis que la sélection à l'université attaque plus vicieusement les précaires. Le remplacement de la plateforme APB par ParcourSup est une réponse autant problématique que le problème.

Si la sélection laborieuse des étudiants par APB n'est en aucun cas louée, les nouvelles modalités de sélection de ParcoursSup permet aux universités de classer les étudiants en fonction de critères locaux, ce qui va en aucun cas soustraite à l'arbitraire d'APB, bien au contraire:

Les universités auront libre-arbitre de choisir les étudiants, selon leurs attendus et ceux qui en subiront les conséquences sont les élèves qui ne réussissent que par justesse.

Si on sait sociologiquement, que les enfants issus d'une famille dans la difficulté financière, réussissent moins bien à l'école, ceux qui réussissent n'ont souvent pas le CV requis pour les écoles privés. La continuité des études pour eux, est assuré par l'université.

Mais si l'université, adopte elle aussi, une pensée compétitive (ne l'a-t-elle pas déjà fait ? un autre problème), quel avenir pour ceux qui se battent contre leur statut social ET pour avoir un diplôme?

Ils se retourneront vers des formations professionnalisantes & payantes, au plaisir du secteur privé.

La compétition, solution de secours a un problème qui peut être résolu par un rééquilibrage de l'investissement public: Le Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche révèle que l'État dépense 10.770 euros en moyenne par an pour un étudiant d’université publique et à 15.080 euros pour un élève de classe préparatoire aux grandes écoles. Problème ?

Le secteur privé, dans son ensemble (classes préparatoires incluses) ne représente que 18% des étudiants inscrits dans l'enseignement supérieur.

En pratique, ça donne quoi? 

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Concrètement, cela aboutit à une colère bouillante qui a fini par sortir du four: Blocages, grèves, manifestations un peu partout dans la Gaule.

Là ou le gouvernement riposte assez bien, c’est dans la rhétorique habituelle dénonçant la culture de grève française, l'éternel Français jamais satisfait. Si l’appât a déjà servi, ça n'empêche pas certains de mordre.

À l'université de Tolbiac, des groupuscules ont violemment attaqué les bloqueurs dans la nuit du 7 avril.

« C’est la méthode classique pour privatiser : définancer, faites en sorte que cela ne fonctionne plus, ainsi les gens sont en colère et alors vous le laissez au capital privé. » disait Noam Chomsky, mais les gens érigent leur colère contre ceux qui défendent une vision plutôt que contre ceux qui imposent la leurs.

 Mais mon année, putain

Parole d'étudiant, je m'inquiète pour mon année.
Mais je m'inquiète surtout de la valeur de mon année.

Car certes, le blocage empêche les élèves d'étudier et de passer leurs examens. Mais que vont valoir ces examens après cette loi? Cette sélection ne va-t-elle pas aboutir à une classification, encore plus accrue, des universités ?

Et les étudiants d'universités "controversées" vont-ils trouver un master ?

Car auparavant, les universités n'avaient que le taux de réussite pour les séparer, on n'avait pas un système éducatif pouvant émettre un jugement qualitatif sur le diplôme que tu as obtenu, du moins pas dans le système public.

Aura t-on des universités de secondes zone & des universités d'élites? 

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Quoique, ce qui m'inquiète aussi, c’est la question de l'effort. Comment vais je expliquer à ceux qui auront le Bac après moi, que j'ai pu aller à l'Université avec un dossier moyen et qu'eux doivent braver leur contexte social, subir cette concurrence déloyale, pour accéder aux études supérieures?


Tant de questions, donc et tant de passions dans les universités françaises mais ceux qui doivent répondre se soucient peu de nos interrogations. Ce que l'on peut dire, c'est que l'Université en France est en train de perdre tous ce qu'elle avait d'universel, et le particulier essaye de résister.

 

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