Vers une nouvelle masculinité - Pascale Tournier

Vers une nouvelle masculinité - Pour lutter contre les violences faites aux femmes, l'historien Ivan Jablonka et le sociologue Éric Macé appellent à redessiner les rapports hommes-femmes. - La riposte masculiniste - Alain Finkielkraut

Vers une nouvelle masculinité
Pascale Tournier

Pour lutter contre les violences faites aux femmes, l'historien Ivan Jablonka et le sociologue Éric Macé appellent à redessiner les rapports hommes-femmes.


C'est une vraie déferlante. Après le récit choc de l'actrice Adèle Haenel, le cinéaste Roman Polanski est à nouveau accusé de viol, tandis qu'un nouveau féminicide est signalé à Strasbourg et la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, appelle à lever le secret médical quand la victime ne peut pas saisir la justice. Pas un jour ou presque sans que les médias ne relaient un événement ou un témoignage poignant en rapport avec la question des violences faites aux femmes.


Pour l'historien Ivan Jablonka, auteur des Hommes justes, du patriarcat aux nouvelles masculinités (Seuil), toutes ces affaires sont bien évidemment reliées entre elles : « Elles montrent que les violences physiques et sexuelles sont endémiques, dans tous les milieux. » Elles s'inscrivent surtout dans la lignée du mouvement #Metoo. « Depuis, poursuit l'historien, il est remarquable que tant de femmes aient pris la parole pour dénoncer ces violences, manifester une solidarité et, plus généralement, remettre en cause les rapports de domination. »

- Il s'agit bien d'un modèle qui est en train de vaciller, de craquer sous nos yeux.

Car il s'agit bien d'un modèle qui est en train de vaciller, de craquer sous nos yeux. Celui du patriarcat fondé sur une asymétrie des genres supposée, au profit du genre masculin. « Aux femmes, les utilités maternelles et domestiques ; aux hommes, les responsabilités nobles du monde extérieur. Les unes sont pourvoyeuses de soin et d'amour ; les autres, pourvoyeurs d'argent et d'autorité », résume Ivan Jablonka.

« Les chantiers s'ouvrent un par un »

À cette répartition genrée des rôles qui peuvent aussi se traduire par des rapports de force, les femmes disent « non ». Et en profondeur. « Depuis Olympe de Gouges à aujourd'hui, les luttes féministes ont gagné : l'égalité entre les hommes et les femmes est devenue un principe de droit fondamental, décrypte le professeur en sociologie Éric Macé, auteur de l'Après-Patriarcat (Seuil). C'est désormais un pilier des sociétés européennes. Mais si la légitimité du principe est actée, ce n'est pas le cas au niveau des pratiques. Les chantiers s'ouvrent, maintenant, un par un.»

Si la génération précédente était focalisée sur l'égalité des droits dans le monde professionnel, la jeune génération investit le domaine de la mise en pratique de cette égalité au travail ou dans la sphère intime en interrogeant les zones grises de la sexualité. Où se situe par exemple réellement le consentement ? Éric Macé de rappeler que « la plupart des viols sont commis par des personnes connues dans l'entourage des victimes ».

- La riposte masculiniste

Face à ce changement que l'on pourrait quasiment qualifier d'anthropologique, on assiste en retour à une montée en puissance des attaques masculinistes. À en croire Ivan Jablonka, c'est ainsi qu'il faut comprendre les propos polémiques d'Alain Finkielkraut sur le viol à LCI. Prenant à partie la féministe Caroline de Haas, l'intellectuel avait jeté : « Je dis aux hommes, violez les femmes ! » Pour Ivan Jablonka, ces « plaisanteries scandaleuses sur le viol, moqueries ou injures vis-à-vis des féministes, affirmation selon laquelle disent que le mâle blanc hétérosexuel serait menacé. Au-delà de la régression que cela indique, il y a chez ces hommes une incapacité profonde à comprendre le monde ». Et une inaptitude à saisir les mutations en cours.  Ces résistances "réactionnaires" montrent que bien des hommes se sentent en insécurité.

Pour rétorquer, bon nombre s'en prennent au politiquement correct, comme s'y est employé Alain Finkielkraut. Mais cette ligne ne tient plus, souligne Éric Macé : « Elle s'entend comme une défense des privilèges de la masculinité. Ces résistances "réactionnaires" montrent que bien des hommes se sentent en insécurité face à cette bascule historique. Comme les femmes des années 1960 ont dû réinventer une féminité non patriarcale, ils doivent apprendre à se comporter devant ces injonctions égalitaires. Le recours à la violence dont ils peuvent faire preuve traduit souvent une tentative vaine de retrouver l'autorité patriarcale. »

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