Réfugiés : ouvrir les frontières pour sauver des vies

 

217893_serbia-hungary-europe-migrants.jpg?center=0.5%2C0.5&preset=fixed_1039_52
Réfugiés et migrants souhaitant passer la frontière avec la Hongrie près du village d'Horgos,
en Serbie, le 15 septembre 2015. © REUTERS/Marko Djuricaamnesty.

La publication, ce jour, de notre rapport Peur et barbelés : La stratégie de l’Europe pour tenir les réfugiés à distanceprend, par la force des évènements qui ont secoué Paris et la France, une signification nouvelle. Depuis samedi, des voix se font entendre questionnant ou remettant clairement en cause l’accueil des réfugiés sur le territoire européen et français.

Pourtant, ces hommes, ces femmes et ces enfants sont des civils qui fuient la peur. La peur du conflit qui sévit chez eux, la peur de violences qui peuvent s’abattre à tout moment sur eux. Une peur qui trouve son origine, bien souvent, dans les actes imputables à ce même groupe qui se fait appeler Etat islamique, en Syrie comme en Irak.

Ces crimes commis à Paris ne doivent pas nous conduire à faire l’amalgame entre terroristes et réfugiés. Concrètement, ils ne doivent pas nous conduire à faire de ces réfugiés des « doubles victimes ». Si une chose doit cesser, ce n’est pas leur accueil. C’est au contraire la politique européenne qui, depuis de trop longtemps, les maintient à nos frontières, entre leurs peurs et nos barbelés.


Face à la « crise des réfugiés », l’Europe abandonne le droit et nos valeurs

Les éléments essentiels de ce rapport font  la synthèse de plus de trois années de travail de recherche précis, documenté, de collecte de témoignages, de mobilisation militante, de communication au public, de sensibilisation montre que l’Europe a abandonné le droit et nos valeurs.

Ce rapport  vient exposer comment au nom de choix trop réducteurs ( construire des murs et des barrières, installer des barbelés, renforcer la surveillance), l'Union européenne et les Etats membres ont résolument tourné le dos aux droits humains, aux règles internationales qui protègent migrants et réfugiés, et par la même occasion à leurs propres valeurs et principes


Non seulement la conviction que mettre en place, de plus en plus d'obstacles de plus en plus difficiles à franchir, empêcherait les réfugiés et migrants de venir chercher sécurité et vie meilleure chez nous est erronée mais en plus elle est à l'origine de l'aggravation de la situation à nos frontières, pour partie de la crise migratoire que nous connaissons, et finalement des multiples souffrances infligées aux personnes, hommes, femmes et enfants.

Cette politique est également celle qui favorise les traversées par voie de mer, dangereuses et mortelles. Celle qui vient alimenter le trafic de migrants et la criminalité associée dont elle dit pourtant vouloir se défaire, les Etats n’étant plus à un paradoxe près.

218311_refugees_on_protest_closed_borders_in_horgos_1.jpg

Près de la frontière en Serbie, à Horgos © DPA Germany

Des choix politiques qui s’inscrivent résolument dans le déni

En ne souhaitant pas tenir compte des raisons pouvant pousser des milliers de personnes à tenter de rejoindre l'UE, nos Etats font des choix sans cesse renouvelés mais toujours voués à l'échec.

Une rhétorique du contrôle qui peut berner les opinions publiques

Pendant ce temps, des hommes des femmes et des enfants souffrent devant nos postes-frontières.  Push back, refoulements, renvois arbitraires, expulsions collectives, mauvais traitements, détention sont devenus des parties intégrantes de la gestion des frontières européennes.

L'Espagne à Ceuta et Mellila, en lien avec le Maroc, la Grèce, la Bulgarie avec la Turquie ou encore la Hongrie sont des situations qui illustrent de façon flagrante le délabrement de l'Etat de droit à nos frontières. Ce rapport illustre comment depuis le début des années 2000 les murs, dispositifs de surveillance et de contrôle toujours renforcés n'ont fait que déplacer les problèmes. De Gibraltar aux Canaries, des Canaries à Ceuta et Melilla puis de nouveau aux Canaries, des Canaries vers la Libye, puis de celle-ci vers la Turquie, la Grèce - mer Egée et fleuve Evros - la Bulgarie, la Turquie, la Hongrie et désormais récemment, la Croatie, la Slovénie, l'Autriche..... Un jeu sans fin, vicieux et qui coûte des vies. Un jeu de frontières musicales sordide.

Un concert européen silencieux

Aucun Etat n'échappe à sa part de responsabilité ni aucune institution européenne. Dans ce concert des mauvaises pratiques à nos frontières, les Etats les moins exposés sont responsables au titre de leur silence, de leur incapacité à dénoncer, à freiner et  empêcher le développement de ces pratiques. Aucune procédure n'a été enclenchée par la Commission européenne pour mettre un terme aux pratiques à l’œuvre à nos frontières. De même, la Hongrie contredit en toute impunité les règles européennes protégeant les réfugiés sans craindre, pour l'heure, de sanctions.

Le constat serait désespérant si aucune solution n'existait. Ce n'est pas le cas :

  • Ouvrir des voies d'accès légales  et sécurisées à notre territoire pour les réfugiés est un impératif. Par ce biais, il devient possible de les soustraire aux trajets dangereux et aux mains des criminels ou trafiquants.
  • Renforcer les capacités de protection dans les premiers Etats-frontières de l'UE (Grèce, Bulgarie, Hongrie) présente à la fois l'avantage de ne pas pousser les réfugiés à poursuivre leur chemin chaotique au sein de l'UE à la recherche de l'Etat le moins pire mais aussi de répondre aux exigences de sécurité (comme le montre l'actualité récente).
  • Mettre fin aux pratiques illégales de certains Etats membres en activant les procédures d'infraction prévues à cet effet.

Par Jean-François Dubost, responsable du programme Personnes déracinées à Amnesty International France

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.