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Billet de blog 13 avr. 2020

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Couple binational : 6 ans d’anxiété

Laura italienne et Franck étudiant camerounais se rencontrent en 2010. En 2012, le titre de séjour de Franck n’est pas renouvelé, il devient clandestin. Ils vivent pendant 6 ans, la peur au ventre.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En 2010, Laura italienne, étudie l’histoire dans son pays. Elle rencontre Franck étudiant camerounais de 25 ans. Ils se plaisent, apprennent à se connaître. La vie est belle !

En 2012, alors qu’elle arrivait chez lui, Laura découvre un courrier de la préfecture signalant que le titre de séjour de Franck n’est pas renouvelé, il doit quitter l’Italie. « Je ne connaissais rien aux papiers, avoue Laura. C’est la catastrophe, je suis effondrée. »

Franck devient clandestin, cherche avec difficultés du travail. Laura continue ses études : « Dès que Franck sort, s’il ne répond pas au téléphone, je deviens folle. Nous passons la quasi-totalité de notre temps à chercher des solutions. Je cache la situation administrative de Franck à mes parents, à mes amis. Ils ne comprennent rien à ce que je leur explique et cette situation est tellement inquiétante pour nous ! Comment l’expliquer aux autres ? »

Franck décide de quitter l’Italie clandestinement pour tenter sa chance en France où il a de la famille. Il ne veut pas inquiéter Laura, il ne la préviendra qu’une fois arrivé de l’autre côté de la frontière. Elle finira par apprendre son passage par un texto.

Elle décide de terminer son Master en Italie. Pendant 2 ans, elle vient le retrouver durant ses périodes de congé. Ignorant le français, elle l’apprend vite dans la famille de Franck. En avril 2016, son diplôme en poche, Laura décide de s’installer chez la tante de Franck en France. Un petit appartement pour 5 personnes, la promiscuité est grande. Elle cherche du travail, en trouve rapidement dans la restauration. Elle continue de parfaire son français. Les mois passent, Franck vit toujours dans la clandestinité, ils ont la peur au ventre.

Fin 2016, un de leurs amis leur envoie la photo de l’entrée de la Fasti dans le 11e arrondissement, avec les horaires de la permanence juridique des Amoureux au ban public (ABP).

Tous les deux, ils viennent un jeudi soir 58 rue des Amandiers pour chercher des informations.

« Nous ne voulions pas spécialement nous marier, nous voulions simplement continuer à vivre ensemble. Nous finissons par comprendre au fil du temps que le mariage serait vraisemblablement la seule solution pour permettre à Franck d’obtenir un titre de séjour »

En juin 2017, ils se marient et ne rencontrent aucune difficulté à la mairie.

Depuis 5 ans, Franck est dans l’illégalité, ils n’en peuvent plus !

Il passe son temps à se cacher pendant que Laura ne lâche pas son téléphone une seconde.

Pour l’obtention d’un titre de séjour pour Franck, il faut préparer le dossier pour la préfecture, fournir un justificatif de domicile aux 2 noms. Or, Franck n’a pas le droit de travailler.

Comment trouver un propriétaire qui accepte de faire un bail à un sans-papiers ? Comment payer un loyer quand l’État vous interdit de travailler ?

En décembre 2017, leur pugnacité finit par l’emporter, ils trouvent un petit appartement en banlieue grâce à des amis.

Soulagé, Franck va à l’accueil de la préfecture dont il dépend pour prendre un rendez-vous pour déposer son dossier de demande de titre de séjour. Ceux-ci ne se prennent que par internet, uniquement le lundi à 10 heures. Le site est régulièrement bloqué. Pendant 8 semaines, Franck fait des captures d’écran pour prouver qu’il lui est impossible de s’inscrire. Il continue de se rendre à la préfecture pour expliquer son cas, avoir des conseils. La situation piétine. Il est démoralisé.

Laura est furieuse et décide d’y aller un matin à 5 h 30 pour être certaine d’être reçue et pouvoir ensuite regagner son travail.

Ils sont mariés depuis 9 mois.

Elle apprend qu’ils peuvent prendre un rendez-vous sur place en contournant internet, seulement 10 tickets sont attribués par jour !

Pourquoi cette information n’a-t-elle pas été donnée à Franck ? Parce qu’il est camerounais ?

Dès le lendemain, ils reviennent à 5 heures du matin pour obtenir l’un des 10 tickets qui leur permettra de prendre un rendez-vous pour déposer leur dossier.

20 personnes sont déjà arrivées.

Leur dossier est parfait, mais ils sont très inquiets. Ils attendent des heures et finissent par chance à obtenir un rendez-vous pour mai.

Mariés en juin 2017, ce n’est qu’en mai 2018 qu’ils arrivent à déposer leur dossier de première demande.

« Quand nous sommes arrivés le jour du rendez-vous à la préfecture, nous étions très stressés. À l’appel de notre numéro, je me sens nerveuse. Que va-t-il encore se passer ? L’accueil est froid, l’employée nous regarde à peine. Elle travaille comme une machine, nous ne sommes pas des humains mais un simple dossier. Le contrôle dure une quinzaine de minutes. Elle nous tend un récépissé de 3 mois qu’il faudra d’ailleurs faire prolonger ».

Ce n’est qu’en septembre 2018 que Franck obtient son premier titre de séjour d’1 an, éventuellement renouvelable !

« Selon le droit européen, ajoute Laura, puisqu’il s’agit dans notre cas d’un mariage qui unit une Européenne à un étranger hors UE, le titre de séjour devrait être de 5 ans. Pourquoi Franck n’a-t-il obtenu qu’un titre de séjour d’1 an ?

Pendant 6 ans la vie a été vraiment très difficile.

Vivre pendant 6 ans près de son téléphone dans l’appréhension constante des mauvaises nouvelles, c’est totalement insupportable ! »

Les Amoureux au ban Public, collectif Ile-de-France, février 2020

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