Créer pour être libre: la parole et la femme

Pourquoi écrivons-nous ? C'est quelque chose que je me pose tous les jours, surtout en tant que femme qui a dû faire face à la légère pression d'une profession professionnelle qui, parfois, donne plus de déception que de gratification. Pourquoi voulons-nous raconter des histoires sur papier ? Créer des mondes personnels ? 

Je me suis posé cette question enfant et grâce au livre qui y a répondu presque immédiatement. Quand je n'avais que onze ans, j'ai lu pour la première fois Own Room de  Virginia Woolf.

Mon chapitre préféré du livre était le troisième, sans aucun doute. Dans ce document, Woolf imagine pour Shakespeare une sœur, la très talentueuse et invisible Judith. Ils grandissent tous les deux sous la même impulsion artistique. Tous deux écrivent depuis l'enfance et ont la même envie de rompre. Mais seul William réussit, peut-être grâce à Judith. Peut-être grâce à sa démission, au fait qu'elle avait poussé malgré elle le besoin d'écrire sur son frère. Pour Woolf, la Judith imaginaire n'est jamais devenue réelle parce qu'elle ne savait pas que l'écriture la libérait de la douleur du silence créateur.

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