Quel après-coronavirus ?

Au-delà des plans d'urgence et des effets d'annonce : pour une sortie de crise qui respecte véritablement la mémoire des victimes de la pandémie

Nyon, le 21 mars 2020. Au moment où je commence à écrire ces lignes, il y a 11’399 décès à travers le monde à cause du Coronavirus. C’est dramatique, puisque même un seul décès par une cause non naturelle est inacceptable. Ma pensée va à toutes les familles qui ont perdu une personne proche, à toutes les personnes porteuses du virus qui vivent dans l’angoisse et, bien évidemment, aux femmes et aux hommes dont le métier touche à la santé qui luttent jour et nuit pour sauver des vies avec les moyens, souvent insuffisants, mis à leur disposition. Une immense reconnaissance à eux et à l’ensemble des personnes mobilisé-e-s en ce moment.

 J’ai entendu les interventions solennelles et parfois pompeuses des dirigeant-e-s de cette planète qui, dans leur rôle de « responsables et protecteurs/trices des populations », exhortent les peuples à « se protéger et à protéger les autres » et qui dégagent des milliards pour aider les gens, assurer des salaires. Bravo. Je les ai aussi entendus faire appel à l’armée pour soutenir les forces de l’ordre, pour déplacer des malades, pour installer des hôpitaux supplémentaires. Bravo encore.

 Mais je ne peux pas m’empêcher de penser que ces milliards dégagés en urgence dans le monde – sans parler de milliers de milliards dépensés en matériel de guerre chaque année ! – auraient permis en temps normal d’éviter des fermetures d’hôpitaux, des suppressions de postes de travail dans le domaine de la santé et de la recherche entres autres et l’établissement d’une assurance santé universelle là où elle n’existe pas. Et que cette dernière soit financée plus justement là où elle existe.

 Je ne peux pas non plus m’empêcher de penser que ces milliards auraient permis d’aider certains pays riches en matières premières à se développer durablement, de sorte à éviter que leur population fuie sous la menace de la famine, de la guerre et de la sauvagerie des dictateurs. Des dictateurs, qui, mis en place et soutenus par une partie du monde politique et économique des grandes puissances, bradent les richesses de leur pays et au passage remplissent les banques occidentales avec leur argent de poche copieusement amassé.

 Je ne peux pas m’empêcher enfin de mettre en comparaison le nombre de décès intervenus à cause du coronavirus avec les 384'000 victimes de la sauvagerie syrienne ni de demander à nos dirigeants ce qu’ils ont fait pour éviter un tel massacre. Loin des yeux, loin du cœur ?

 Plusieurs cheffes et chefs d’état ont comparé la crise actuelle avec celle de la deuxième guerre mondiale. Mais qu’attendaient-ils pour se souvenir des leçons de cette dernière ? Les inégalités, le racisme, le sexisme, l’homophobie, le nationalisme exacerbé, l’antisémitisme et l’islamophobie sont pourtant bien là. Et si la crise sanitaire actuelle était enfin une occasion de changer ce monde ? En profondeur.

 Qu’on soit de droite, de gauche, d’en haut ou d’en bas, bleu, vert, jaune, rouge ou noir, n’est-ce pas le moment, loin d’une idéologie partisane, du populisme et de la démagogie, de choisir des dirigeant-e-s qui mondialisent le bien être des peuples plutôt que certains intérêts économiques, qui mondialisent la santé, l’éducation et la culture plutôt que la guerre, qui se soucient prioritairement de la vie des peuples et de la nature plutôt que de leur prochaine réélection.

 Si, et seulement si, nous pouvions aboutir ensemble à ce résultat, la mémoire de toutes les victimes de cette pandémie serait véritablement respectée.

 

 

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