Le monde islamique : 
un gigantesque Clichy-sous-Bois ?

Je suis écrivain et éditeur. Je publie un blog sur le site du Monde : Les musulmans ne sont pas des bébés phoques – De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts http://andreversaille.blog.lemonde.fr, et dédié aux musulmans qui luttent contre la barbarie islamiste.

 Mon blog sur le site du Monde : Les musulmans ne sont pas des bébés phoques – De notre déni considéré comme l’un des beaux-arts  recueille des commentaires pratiquement tous positifs. 

Mais ce qui m’intéresse, c’est le débat, or celui-ci n’est intéressant que s’il confronte des opinions divergentes. C’est pourquoi j’ai décidé de rejoindre Médiapart qui me paraît le site idéal car il réunit des blogueurs de qualité dont la majorité devrait être en désaccord avec mes analyses.

Je serais content de débattre avec eux.

En librairie début octobre :

 

musul-couv

Alors que les djihadistes sont loin d’être tous des laissés-pour-compte, qu’ils proviennent de soixante-dix pays différents et qu’ils sévissent mille fois plus dans le monde arabo-musulman qu’en Occident¹, notre occidentalo-centrisme et notre incapacité à concevoir la complexité des choses nous ont conduits à nous contenter d’explications sottement mono-causales dans la dénonciation du « système français » ou de la fracture coloniale.

Quelques crimes que les islamistes perpètrent, même à l’égard d’autres musulmans, nous avons décidé qu’ils n’étaient que la résultante de l’oppression exercée par l’Occident. Ayant décrété que la marche du monde était menée par ce dernier, nous en avons conclu que les guerres intestines du monde arabe elles-mêmes n’étaient que de « fausses guerres » conduites par des gouvernements fantoches au bénéfice en particulier des États-Unis et d’Israël.

Notre vision d’un monde partagé entre nous, les « dominants », et eux, les « dominés ex-colonisés », témoigne de notre paternalisme – et de notre mépris envers une population que nous regardons comme décidément infantile. En nous accusant d’être des dominants, nous nous proclamons seuls sujets, et nous ravalons nos « dominés » au rang d’objets incapables d’autonomie jusque dans leur violence que nous réduisons à des « réactions ». C’est vrai pour les musulmans de France, c’est vrai pour l’ensemble du monde musulman que nous regardons comme une espèce de gigantesque Clichy-sous-Bois. Le terrorisme ne serait en fin de compte qu’une amplification des délits de certains jeunes de banlieue. « On ne comprend pas que l’islam n’est pas une religion majoritaire, qu’elle est aujourd’hui corrélée avec un rapport dominants/dominés à travers le monde et en France, ce n’est pas une culture majoritaire, c’est une culture de dominés, proclame Clémentine Autain. Et plus on les stigmatise plus l’intégrisme va monter². » Cette assertion culpabilisante couvre les autres opinions, y compris celles des résistants musulmans contre la barbarie. La reprise, par l’ensemble de la Famille, de cette conviction en bois brut, qui tient l’islam pour une religion d’opprimés minoritaires, explique sans doute notre absence de manifestations contre le terrorisme pratiqué par Al-Qaeda, Boko Haram, Daech. Cette violence, disons-nous, est certainement excessive, odieuse, tout ce que l’on voudra, mais elle n’est en fin de compte que la réaction d’opprimés rendus fous par un Occident oppresseur : en face des horreurs djihadistes, il y a l’horreur plus déterminante du monde globalisé ultralibéral dans lequel nous, les Occidentaux, avons enfermé les musulmans. Il faut lire Alain Badiou, intarissable obsessionnel sur ce capitalisme mondialisé, cause de tous les maux de la Terre³, et d’autres idéologues de la même chapelle. Quand les mythologies servent les idéologies…

Imbus d’une tolérance insensée, beaucoup des nôtres critiquent plus volontiers la démocratie libérale que le fanatisme islamiste, et répètent à l’envi que ceux qui ne sont pas prêts à mettre en cause cette démocratie devraient s’abstenir de condamner le fondamentalisme islamiste. Ah, cette sempiternelle volonté d’exiger une réprobation équivalente du totalitarisme et de la démocratie libérale ! Nous ne sommes toujours pas arrivés à nous débarrasser de notre état d’esprit du temps où nous défendions le bolchevisme à tous crins. Rappelez-vous comment nous tentions alors de flouter la réalité des camps soviétiques en la comparant à la condition ouvrière dans le monde capitaliste. « Les intellectuels, disait George Orwell, qui prennent un tel plaisir à mettre en balance démocratie et totalitarisme et à “démontrer” que l’un ne vaut pas mieux que l’autre, sont simplement des écervelés qui n’ont jamais eu à se colleter avec la réalité. »

Cet aveuglement volontaire n’est que l’aggiornamento de notre cécité tiers-mondiste qui répète que le fondamentalisme islamiste est une réaction au colonialisme. Pourtant, le monde arabo-musulman n’est pas le seul à avoir été colonisé par la France. Il y eut également l’Indochine et des pays d’Afrique noire comme le Congo Brazzaville. Or, aucune de ces populations n’a généré de terrorismes massifs et encore moins des barbaries du type de celles perpétrées par le groupe État islamique. En outre, s’il était vrai que la violence de la révolte était proportionnelle à la cruauté de l’oppression subie, nous aurions dû, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, assister à une multitude d’attentats juifs contre des Allemands ; pendant et après la guerre du Vietnam à de multiples agressions antiaméricaines ; et, dans les années 1990, à d’innombrables tueries tutsies. Rien de tel ne se produisit…

Demain je vous entretiendrai de notre conviction que les islamistes finiront forcément par nous rejoindre…

 

Jeudi 7 septembre : "Les islamistes finiront forcément par nous rejoindre !"
Vendredi 8 septembre : 
L’islamisme, un mouvement idéologique souverain de restauration  
Samedi 9 septembre : Le djihadisme, fruit de l’islam ? Le témoignage par l’histoire du wahhabisme

 

¹ Selon un rapport de la banque mondiale basé sur des fuites de données internes de l'État islamique portant sur près de 4 000 personnes et publié en octobre 2016, la majorité des cadres de Daech, sont loin d’être illettrés. Ils ne viennent pas des quartiers sensibles mais des universités. La pauvreté n'est en rien un facteur de radicalisation. 25 % sont allés à l’université, 43,3 % ont effectué des études secondaires. Détail intéressant : la proportion de candidats au suicide augmente avec l'éducation. D'après l'unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) en France, 67 % des jeunes candidats au djihad sont issus des classes moyennes, 17 % sont issus de catégories socioprofessionnelles supérieures. Statistiques 2016. Nous sommes loin de la litanie sociologisante sur les damnés de la terre. Cité par Pascal Bruckner dans Un racisme imaginaire, Paris, Grasset, 2017.
² « Que faire face à la montée de l’islamophobie en France », Le Débat Yahoo.fr : Clémentine Autain vs Elisabeth Lévy : https://www.youtube.com/watch?v=f2whco_EOfA
³Voir notamment, Alain Badiou, Notre mal vient de plus loin – Penser les tueries du 13 novembre, Paris, Fayard, 2016 : 42 mentions du capitalisme sur les 63 toutes petites pages que compte ce livre consacré aux tueries du 13 novembre…

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