Nous, boîtes de petits pois

Premier de trois blogs sur le grand débat. Le premier sont mes constats. Le deuxième sera consacré à des propositions. Le troisième dédié à mes craintes et espoirs relatifs aux suites de ce grand débat.

Constats

1) Il faut arrêter de prendre les gens ordinaires pour des boites de petits pois :

-tient celle-là elle irait bien pour faire de la purée.

-celle-ci pour la jardinière.

-cette autre avec des lardons.

-bien abîmée celle-ci, faut la sortir de l’inventaire !

 

2)Il faut que le Président cesse de dire « je veux ».Et ce du soir, au matin. Pourquoi ?

-parce qu’il y a un gouvernement que l’on n’entend pas, sinon pour dire amen.

-parce qu’il y a une assemblée que l’on n’entend pas, sinon pour dire amen. (enfin sa majorité)

-parce qu’il y a 26 autorités administratives indépendantes, financées sur les deniers publics qui formules des avis dont on semble se ficher complètement.

-parce qu’il y a aussi un Sénat et un Conseil Economique Social et Environnemental qui ont peine à se faire entendre.

Alors le Président au lieu d’offrir ce spectacle pathétique de ses déplacements sous haute surveillance pour s’entretenir avec Pierre Paul et Simone ferait bien de s’appuyer sur toutes ces instances censées nous représenter. Rappelons que les maires rencontrés étaient choisis par les préfets et que le président occupait toujours le centre du plateau. (belle humilité pour celui-ci venu « écouter »)

Et le Président ferai aussi bien de ne pas s’entourer que de conseillers tous issus du même moule : l’entre soi d’une start-up ne fait pas l’entre tous d’une Nation.

 

 

3) Le grand débat tel que pensé et mis en œuvre est biaisé.

-parce qu’il n’y a aucune place pour le diagnostic.

-parce que les questions sont assez pauvres et presque démagogiques.

-parce que ce débat aurait dû être confié à la Commission Nationale Du Grand Débat, qui a cette expertise : mais une fuite bien opportune sur le salaire de sa Présidente a permis au gouvernement, qui ne voulait pas de cette tutelle, de s’accaparer la chose et d’en vider le contenu. Et d’en faire une campagne électorale à nos frais.

Au final ce grand débat, si nous nous affranchissons de l’État, pourrait bien servir la communauté, mais quel usage en sera t-il fait ? (j’y reviendrai à la fin dans le troisième blog consacré au grand débat))

 

 

4) La République nous est confisquée.

Le problème des présidents de la V° République c’est qu’ils pensent qu’ils sont la République

-que deviennent alors les Citoyens sinon des boites de petits pois ?

-que penser du Président d’un Etat laïque qui va faire risette à l’église catholique. « Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. Et il ne me semble ni sain ni bon que le politique se soit ingéniée avec autant de détermination soit à les instrumentaliser soit à les ignorer, a expliqué le président »(propos tenus lors de la conférence des évêques en 2018). Il va où il veut mais si ce n’est pas la République qui invite il ne peut la représenter. Les cultes ne peuvent inviter la République mais l’entendre oui.

-et de même pour toute ces instances défendant des intérêts corporatistes ou quasi personnels.

-que penser de ces défilés militaires que l’on ne voit plus que dans les pays totalitaires ? Le 4 juillet c’est l’armée qui a pris la bastille ? Où est la société civile dans tout cela ?

Le Président se grandirait beaucoup s’il savait se tenir à l’écart de toutes ses coteries.

Citons quand même l’épisode des chasseurs qui vont voir le coût du permis national réduit de moitié avec compensation par l’État. Pourquoi pas les chasseurs mais pourquoi qu’eux ? Que tous ceux qui payent des licences dans leurs clubs, des permis, des brevets pour pratiquer leurs loisirs demandent la même chose. Alors on verra  si à nouveau il faut penser qu’il y a deux France.

 

 

5) Le découpage territoriale ne satisfait personne .

-trop de strates qui se concurrencent et qui finalement coûtent au contribuables.

- des collectivités asservies à l’État car non autonomes financièrement. D’où parfois une déresponsabilisation de ses mandataires qui rejettent vers le haut leurs difficultés. Et ces derniers font-ils toujours les choix du bien commun ?

-des présidents ou maires de collectivités qui ne savent pas toujours ou qui ne veulent pas que le débat s’installe entre eux et leurs mandants.

 

6) Fiscalité.

Nerf de la guerre elle est bien trop complexe pour être citoyenne. (bon c’est vrai que nous manquons d’intelligence et de subtilité)

-quand on a de l’argent on peut s’offrir un conseiller fiscal ou même plusieurs.

-les décisions de l’État manquent de clarté : ISF toujours pas compris sinon un renvoi d’ascenseur aux financeurs de la campagne présidentielle.

-la défiscalisation de certains salaires ainsi que leur désocialisation minent aussi les comptes publics et sociaux. C’est alors la porte ouverte aux assureurs et aux partenariats publics privés (PPP) dans lesquels les citoyens ne sont jamais gagnants. (sauf certains, citoyens ayant pignon sur rue et voir les rapports de la cour des comptes sur les PPP)

 

7)Ecole

Où est elle l’école de la République ? A t-elle seulement jamais existé ?

Toujours autant d’inégalités. Des objectifs purement axés sur l’emploi. Que fait-on du plaisir d’apprendre ? Le seul moteur capable de faire des citoyens libres et responsables.

Que dire de la course aux classement des Lycées ? Les seuls chiffres pourraient ils justifier une politique ? Et de l’opposition public-privé ? N’est-ce pas faire en sorte que deux mondes ne se rencontrent pas ? Le privé de part la situation sociale des ses partisans ne prive t-il pas justement le public de voix qui pourraient compter ? Non, mes enfants d’abord !

 

8) Police- Justice

Mais quelle idée que de mettre les deux sous le même chapeau !

Pas une idée un constat. Malgré la résistance de nombre de magistrats , avocats...il semble que nous nous éloignons de plus en plus d’une justice accessible à tous et où les procureurs font la loi. Ils s’appuient sur une police de moins en moins protectrice du citoyen. Police et justice sont au seul service des puissants et des dirigeants.

Au petit supposé casseur (je ne suis pas pour les casseurs!) la comparution immédiate et des sanctions folles parfois. Aux bien-pensants-pesants les procès à retardement avec des avocats qui ont eu le temps de travailler le dossier.

 

9)Logement

L’État à force de s’appauvrir délègue au privé, aux particuliers aisés par des déductions fiscales conséquentes. Les locations « touristiques » de particulier à particulier obèrent le parc locatif de type « besoin premier de logement », le prix des terrains est devenu inaccessible (sauf à….). Les villes mènent des politiques assez élitistes qui propulsent hors leurs murs les moins riches. Cercle vicieux de la mixité.

Le logement de qualité et accessible est l’une des clés à la mobilité.

La taxation du patrimoine est en dessous des besoins de l’État pour mener une politique du logement dynamique.

 

10) Transport.

On a mené la réforme de la SNCF par idéologie sans questionnement sur la politique du transport en France .(je ne suis pas cheminot!) Et oui quid du transport routier ? Combien coûte t-il à la collectivité ? Des études sont disponibles. Allez voir et soyez surpris. Et le transport aérien ? Vertueux ?

Et ceux qui ont besoin de leur véhicule personnel pour vivre ( travailler, faire des courses, aller au spectacle…) c’est de leur faute si leurs engins polluent ? Bon ils pourraient quand même s’éviter les spectacles !

 

11) Culture.

Pour tous dans les agglomérations. Ailleurs ???? Et un peu plus à Paris que dans les autres grandes villes. Mais pourquoi donc ?

 

12) Santé.

Vaste sujet sur lequel j’ai du mal à faire des constats sinon que la situation se dégrade dans les hôpitaux, mais cette remarque n’est pas vraiment un scoop. Une fois de plus on est loin de l’équité. Une logique comptable idiote puisque mécaniquement par l’augmentation de la population et la durée de vie qui grandit les coûts suivent. Alors jouer sur les recettes ? S’attaquer à quelques lobbies qui se gavent ?

Revoir les questions de l’alimentation, des conditions de vie et de travail pour peut-être faire de bonnes économies.

 

 

13) Comme on nous parle. (Ben oui c’est Souchon !)

- stigmatisation des plus faibles, ces profiteurs, ces illettrés : et oui faut aussi être con que de naître pauvre ! (c’est sans doute ce que voulait mettre en avant le Président quand il disait que « certains pauvres déconnent »)

-traverser la rue pour trouver du boulot. Oui mais lequel, pour combien de temps, pour quel salaire, pour quelle considération ?

Et j’en passe mais il n’est pas pardonnable qu’un Président traite les Citoyens de cette manière. On s’est beaucoup gaussé d’un livre mettant en avant les bavardages d’un ex-président « un Président ne devrait pas dire çà » Président du nouveau monde et rien n’a changé : vraiment il ne devrait pas dire çà. C’est bien la preuve que cet homme n’a pas les prérequis nécessaires à l’exercice de la fonction de Président de la République . Parler cash comme on dit c’est être de son temps. Alors on va vite et tout le monde n’a pas de ceinture de sécurité.

 

14) Représentation des citoyens aux différentes assemblées.

C’est un très gros problème qui conduit à des demandes de référendum les élus n’étant plus reconnus comme crédibles. Le référendum d’initiative citoyenne est juste un piège mis à part sur les questions constitutionnelles. Un piège car il s’inscrit dans la réaction, l’émotion, à contre temps de ce que devrait être le travail législatif : pensé, mûri dans le débat.

Le ver du fruit est celui à la fois de l’organisation de l’exécutif (deux têtes) et des modalités de représentation des citoyens confisquées par les partis politiques toujours en mal de pouvoir. Oui les partis politiques sont indispensables mais tant qu’ils seront eux mêmes des gens qui confisquent le débat ils resteront stériles.

 

15) Pour résumer.

-c’est bien à un immense gâchis d’énergies auquel nous assistons : il existe des institutions, des structures, des assemblées, des gens qui sont sur le terrain mais on préfère s’en passer. A croire que certains sont bien payés pour la fermer. Et que d’autres sont n’en doutons pas des supers cerveaux !

-il y a une telle morgue de la part de nos dirigeants (et pas toujours que nationaux) que les boites de petits pois ont fini par faire péter leurs couvercles. Et le petit pois c’est sphérique et pas gros. Libéré, çà roule de partout et jusque dans la gorge des Grands. Et là ils commencent à être perdus, ces Grands, et crient au secours : au secours les Maires, les syndicats, les partis politiques, les journalistes…

-et on a juste envie qu’ils s’étranglent pour de bon, pour que nous puissions faire autrement, nous les petits pois.

 

La question qui revient sans cesse c’est comment passer de l’entre soi de la start-up à l’entre Tous de la Nation.

Ou comment faire, avec tous ces petits pois bien différents les uns des autres, un truc qui soit commun.

 

Propositions dans le prochain blog

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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