Réaction au billet de Max Angel Nouveaux "regards sur le monde actuel": quoi faire?"

Bonjour,

Je vous remercie pour cet échange qui reflète à mon sens les contradictions, les non-sens, les paradoxes et le sentiment d'impuissance que nous traversons...alors même que nombreux sont ceux qui sentent qu'il est urgent de penser, d'agir, de s'orgniser différemment.

J'ai à peine 30 ans, et ce sentiment d'impuissance, cette crainte de l'avenir, au regard du fonctionnement politico-économique, au regard du système capitaliste que j'ai toujours connu, est une invariable dans l'immobilisme idéologique que je connais.

Tout comme vous, je me demande "que faire?" pour tenter de préparer une sortie d'un système qui de fait est incompatible avec les processus biologiques de la terre.

Que faire pour réintroduite des valeurs autres que celles du "soi" et de l'argent?

Que faire pour permettre aux valeurs que nous invoquons sans cesse (fraternité, solidarité, égalité...) puissent être effectives et non pas seulement des coquilles vides?

Que faire pour que la politique retrouve son sens originel, que le politique puisse retrouver son rôle de représentant des citoyens, de leurs paroles, de l'intérêt général? Que faire pour sortir de la croyance que le peuple ne peut penser, que le regroupement de masse en fait de facto un être primitif? Que faire pour parvenir à "penser" ensemble?

Que faire pour que nous prenions acte de nos responsabilités dans le délitement d'une partie du globe, qui trop longtemps vidé de ses forces par l'impérialisme occidental, s'immerge dans une violence traumatique qui ne trouve plus de mots pour la transformer?

Que faire aussi contre ce système capitaliste qui semble immobile, figé, qui obstrue et sidère toutes pensées autres? Que faire contre l'invisibilité de ceux que l'on nomme "l'oligarchie économique"?

Et surtout les questions qui me traversent chaque jour, et qui sont le point d'articulation de toutes les autres, sont les suivantes:

Que faire pour tenter, à mon infime niveau, de participer à un réveille des consciences? Quels mots employer pour que chaque individu puisse prendre le temps de s'interroger sur son comportement, puisse s'interroger sur ce qu'il est prêt à sacrifier de lui, à perdre, pour que tous ait un peu?

Les questions suivantes infiltrent mon quotidien, sans pour autant que la réponse que je leur apporte me satisfasse...

Est-ce que dans mon quotidien, dans mon rapport aux autres, je déploie le respect de l'autre, de la différence? Ou est-ce que je ne suis que dans une attaque projective résultant de mes propres conflits narcissiques? Est-ce que après une journée, des semaines de travail (pour ceux qui ont la chance d'en avoir un) qui nous mobilisent et parfois nous consomment, je dégage du temps pour penser au delà de cette sphère privée qui est la mienne? Est-ce que dans ma semaine, après m'être affranchie des tâches du quotidien, des problèmes de mon quotidien mais aussi de ses joies et ses satisfactions, je prends le temps de comprendre le macrosystème, ses enjeux, ses entraves, ses raisons d'être, ses origines, ses conséquences? Est-ce que je me demande quelle est ma place dans celui-ci? Ou tout simplement, quelle place je veux prendre dans ce système là? 

Ou est-ce que je me contente de projetter ma propre colère, ma propre peur de l'effondrement, de la perte, sur les politiques, sur les médias, sur un bouc-émissaire tout trouvé, sans nourir d'autres alternives, d'autres pensées?

Est-ce que quand je prends l'avion pour des vacances tant méritées dans un lieu exotique je pense au coût de la satisfaction de mon plaisir? Est-ce que quand je veux m'acheter un nouvel objet de consommation, et que je raisonne en terme "du meilleur rapport qualité/prix", je pense à comment cette équation est rendue possible? Au prix de qui?

Est-ce que je pense à ceux, qui dans les pays répondant aux éxigences du sourcing économique, sont inconsidérés et exploités?

Est-ce que simplement je pense en dehors de moi et de mes désirs, de mes peurs et de mes besoins, de mes conflits personnels et de mes mécanismes défensifs... ? Et bien pas toujours... car sans garde-fou collectif il est toujours difficile d'agir seul.

Alors je me demande quels sont les mots pour que nous ne soyons pas guidés au quotidien par ce que les sciences nomment le cerveau reptilien, à savoir ces instincts primitifs de défense, d'attaque, de repli sur soi, du tout, tout de suite, maintenant.Ces réflexes automatiques qu'échoïse, que nourrit, un système capitalisme en les élevant au statut de levier, de moyen d'expension.

Comment réintroduire une forme d'éthique, de valeurs, dans la société, mais aussi dans la science qui de plus en plus donne des outils à ce modèle. Comment comprendre que certains hommes investissent des millions dans des études pour prolonger la vie, pour vivre 500 ans, quand justement, la question aujourd'hui cruciale est de savoir comment maintenir celle qui existe déjà dans des conditions acceptables respectueuses d'une Terre qui n'est pas notre et qui a ses propres lois?

Comment peut-on croire que nous possédons la Terre et ses ressources, comment peut-on l'objectaliser à ce point, alors que nous en sommes dépendants, et que nous sommes tous interdépendants.

Alors quelles valeurs voulons-nous pour aujourd'hui, pour demain? Ne sommes nous que des primitifs, ou la dite évolution n'est qu'un leurre?

Quant à la question de la soumission à ce modèle, je me la pose chaque jour, oui nous sommes pour moi des complices passifs du fait de notre isolement, de notre repli sur "notre individu".

Seul, nous ne pouvons rien, c'est une évidence, mais si nous nous mettions à mettre à profit nos révolutions technologiques pour rassembler ces gens qui partagent un désir commun, si cela (j'imagine toujours) pouvait contribuer à tisser des liens réels, concrets, des liens qui se territorialiseraient sur un territoire de proximité, si ces personnes pouvaient trouver des espaces citoyens pour échanger, élaborer, penser ensemble, ne serait-ce pas une première étape.

Dans votre billet riche de réflexions M Max Angel vous dites que l'argent n'est "qu'un machin", un "machin" qui pourtant est le seul langage du système actuel. Or nous individus de ce monde, par nos consommations, par l'argent que nous dépensons nous détenons un contre-pouvoir. Faudrait-il encore que celui-ci puisse se penser et s'organiser collectivement...

Alors souvent je me dis "seul on ne peut rien", mais ensemble alors peut-être....

Merci à ceux et celles qui auront maintenu l'effort de lecture.

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