Comment faire face à l'extrême droite ? (3/9)

Texte 3 (conservateurs), Autres thématiques importantes : écologie, fascisme, mythes conservateurs, Internet, économie

On peut noter dans certaines extrêmes droites des leaders climatosceptiques tels que Trump ou Bolsonaro. Cependant rien de tel n’apparaît en ce qui concerne le discours de Marine le Pen. Ce climato-scepticisme montre d'abord les limites de la communication scientifique sur le climat. Et s'il fallait interpréter cette revendication politique, je dirais que ce sacrifice de l'écologique est un moyen de débloquer la situation économique, un échappatoire donc illusoire mais apaisant du point de vue de celui qui a peur pour son avenir professionnel. L'écologisme est donc vu comme une limitation économique qui serait utilisée stratégiquement par d'autres nations dans le but de triompher de la concurrence. Il y a également le principe de priorité qui est intrinsèque à toute extrême droite selon le modèle d'ordre défendu, donc ici priorité nationale vis-à-vis de la planète défendue par Donald Trump. La réponse à cela doit être rationnelle  : la chose à ne pas faire c'est d'utiliser les résultats des scientifiques comme argument d'autorité. Ça aurait surtout pour effet de donner à l'interlocuteur le sentiment d'avoir raison. Il faut raisonner par l'absurde en montrant en quoi il n'est pas possible que l'ensemble des actions humaines n'aient pas un impact néfaste sur le moyen terme pour la planète et la vie quotidienne. C'est là où se joue le défi de la pédagogie scientifique : fournir des arguments compréhensibles et efficaces.

Il est souvent dit de l'extrême droite conservatrice qu'elle est fasciste, d'où d'ailleurs le mot de fachosphère pour désigner l'internet d'extrême droite. En particulier parce que dans l'histoire de l'extrême droite le poids des régimes fascistes a éclipsé le reste de la mouvance du point de vue idéologique. C'est cette situation qui impose à ses militants le masque du silence : quoiqu'on en dise et que ce soit en bien ou en mal, des libertés ont été sacrifiées pour que la marginalisation puisse se faire. Le vrai problème que j'ai avec ça n'est pas cette privation, je pense même que c'est la meilleure issue, mais le fait qu'elle ne soit pas assumée par ceux qui l'exercent et qui se prétendent défenseurs de la liberté. Autrement dit mon analyse ne consiste pas à dire où est le camp de la liberté, mais au plutôt à dire qu'il y a deux libertés en conflit : celles des conservateurs pour s'exprimer, celles des personnes victimes de racisme pour être respectées. En ce qui concerne le fascisme, il implique des dangers pour les libertés individuelles, d'où le fait que ce soit un argument récurrent des opposants de l'extrême droite, d'autant plus qu'exploiter cet aspect ne permet pas aux conservateurs d'apparaître comme transgressifs. Il faut également noter que peu de militants d'extrême droite revendiquent ce fascisme, mais surtout que ce dernier mot est utilisé à tort et à travers. Il y a sur ce lien (consulté le 19 décembre 2018) une définition du fascisme, et ce qu'il faut en retenir c'est l'emprise d'une police politique sur la société. Si cela peut s'appliquer à un Bolsonaro qui dit vouloir écraser les oppositions, ce n'est pas le cas pour Marine Le Pen, qui bien qu'elle soutienne la police n'a en aucun cas commandité des violences ou même revendiqué l'intervention de la police. Certains répondront alors que cela ne relève que du discours, que son père n'aurait pas hésité à le faire. Pourquoi pas. Mais dans ce cas vous ne pouvez pas dire que le message que diffuse Marine Le Pen relève du fascisme. L'important à retenir ici en ce qui concerne la France, c'est qu'assimiler l'extrême droite conservatrice au fascisme est un raccourci. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas de fascisme en France. Mais en agitant continuellement cet argument du fascisme, les locuteurs apparaissent caricaturaux face aux extrémistes conservateurs là où bien d'autres arguments pourraient faire mouche.

Pour ce que j'en ai observé il y a un point commun entre toute extrême droite expliquant la radicalité de leur discours et leur volonté de faire d'appliquer leur modèle d'ordre sur la société, et ce malgré les risques. C'est un sentiment <<mystique>>, permettant d'expliquer l'attachement fort qu'ils peuvent par exemple avoir à un territoire là où pour le reste du champ politique il peut ne rien en être. Ce sentiment est alors un fondamental dans la pensée du militant, rendant ainsi les conversations difficiles. Il est puissant, a donc une emprise selon certains, est galvanisant selon d'autres. Ce sentiment est important dans le culte du chef, avatar du modèle d'ordre omniprésent dans les idées d'extrême droite. Face à l'arrivée de l'étranger, ils font valoir un espèce de patrimoine commun, une nation là où pourtant l’inter-connaissance est faible et où les divisions sont nombreuses. C'est d'ailleurs toute l'ironie des nationalistes français : ils disent lutter pour la nation mais ceux qui y habitent sont tellement méfiants envers eux qu'ils sont prêts à voter pour quelqu'un qu'ils n'aiment pas, et ce juste pour les éliminer. C'est aussi pour cela que dans le contexte actuel, parler de la France comme une nation est une illusion.

Il faut aussi noter l'importance d'Internet pour les extrémistes conservateurs : ils l'ont énormément investi, et parfois très tôt. C'est le cas en France, où le Front National qui gagnait certes des voies à la télévision par la transgressivité de Jean-Marie Le Pen était cependant confronté à un blocage de la part de toutes les forces politiques adverses. Internet leur a permis de débloquer cette situation pour avoir un rapport direct avec leurs militants. Cela montre non seulement qu'il y avait déjà des gens sensibles à ces idées, sensibles à ce sentiment dont je parlais auparavant, mais également le besoin de l'extrême droite de toucher large. Je ne rentrerais cependant pas dans le détail de ce que l'on appelle communément la fachosphère, je vais me contenter de vous renvoyer à deux vidéos (1 et 2, consultées le 20 décembre). On peut également se demander si ce n'est pas également dans le reste du monde qu'Internet a été décisive pour l'extrême droite, ça a notamment été le cas pour Trump et Bolsonaro.

Un dernier point thématique sur l'économie. Les programmes économiques de l'extrême droite ont été construits pour convaincre ceux qui voulaient les entendre et qui croient que le problème réside dans l'immigration, en négligeant une bonne partie des autres facteurs. Autrement dit ils existent à des fins électorales et non des fins sérieuses, et en cela sont bien souvent fragiles. Mettre l'accent sur ces fragilités est une stratégie intéressante, et on a vu lors du débat Macron/Le Pen en 2017 la faiblesse des connaissances de la candidate FN sur les affaires économiques. Cela a avant tout lieu d'être bien évidemment si vous avez un minimum de connaissances économique.

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