Mines dans le Haut-Karabagh, l'Arménie viole-t-elle la convention de Genève ?

L'Arménie retient les cartes d'environ un million de mines posées sur les territoires disputés, augmentant sensiblement le risque de décès auprès de la population civile du Haut-Karabagh.

Après un arrêt des affrontements et qu'une paix précaire s'est installée entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, de nouvelles tensions autour des champs de mines posés par les forces arménienne pourrait fragiliser le cessez-le-feu en place dans la région. 

Suite à la guerre du Haut-Karabagh en 2020, qui a causé la mort d'une centaine de civils du côté azerbaïdjanais et de 146 civils du côté arménien, les tensions entre ces deux pays s'accentuent concernant l'emplacement des mines terrestres. En effet, comme stipulé dans les accords de cessez-le-feu, l'Arménie devait partager avec l'Azerbaïdjan l'emplacement des mines posées par ses forces afin de permettre aux autorités azerbaïdjanaises les désamorcer.

Le Haut-Karabagh, enclave montagneuse disputée entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, a déjà été le théâtre de conflits entre 1988 et 1993, suite à la chute de l'URSS. 

Pendant plus d'un quart de siècle, un fragile statut quo entre les deux pays s'était installé en parallèle de négociations menée par le Groupe de Minsk. Ce groupe de diplomates, co-présidé par les Etats-Unis, la Russie, la France en présence des deux pays concernés a pour but de trouver une résolution à ce conflit depuis 1993 concernant les territoires disputés du Karabagh. Cependant, le processus diplomatique en cours n'a pas réussi à empêcher une nouvelle escalade en septembre dernier.

Suite à 44 jours de conflit en 2020, l'Azerbaïdjan a repris la majeure partie du Haut-Karabagh et ses sept régions adjacentes. 

Pendant plus de deux décennies, alors que les deux parties négociaient et se préparaient simultanément à la guerre, l'Arménie a mis en place de vastes champs de mines dans ces régions, mettant en danger les civils y résidant. 

Comme indiqué dans l'accord de cessez-le-feu, qui a mis fin au conflit en novembre 2020, l'Arménie a accepté de transférer les cartes à l'Azerbaïdjan, détaillant l'emplacement de ces mines. « Le travail de déminage de ces territoires touchés par le conflit reste l'un des principaux problèmes d'après-guerre entre Bakou et Erevan », note Thomas de Waal, chercheur principal à Carnegie Europe et expert sur le conflit du Karabagh.

Aujourd'hui, sept mois après la fin du conflit, l'Arménie n'a remis les cartes de mines que d'une seule région, Agdam - contenant 97 000 mines - en échange de 15 prisonniers de guerre arméniens. 

Les cartes ont été remises le 13 juin 2021 suite à une médiation américaine avec le soutien du gouvernement géorgien. 

Bien qu'il s'agisse d'une avancée majeure dans les négociations d'après-guerre, les menaces d'explosion de mines pèsent sur les populations civiles. Par ailleurs, le refus de l'Arménie de remettre les cartes des mines restantes est classé comme un crime de guerre, selon les normes internationales des conventions de Genève et d'Ottawa.

Les experts internationaux supposent que sans les cartes, il faudra 10 à 13 ans pour nettoyer les champs de mines et environ six ans pour désamorcer les obus non explosés. Le HALO Trust, ONG spécialisé dans le travail de déminage post-conflit, recherche des fonds pour son travail au Karabagh et affirme que l'enclave montagneuse contient plus de mines par habitant que partout ailleurs dans le monde.

Selon les données officielles, depuis la fin des hostilités, plus de 120 personnes du côté azerbaïdjanais ont été tuées ou blessées à la suite de tels incidents. 

Les dernières victimes étaient deux journalistes azerbaïdjanais et un responsable local le 4 juin lorsque leur camion a heurté une mine antichar dans le nord du Haut-Karabagh. Le ministère azerbaïdjanais des Affaires étrangères a déclaré que 14 civils avaient été tués et 85 personnes blessées depuis la signature du cessez-le-feu en novembre 2020, dont 16 enfants.

En vertu du Protocole II de la Convention d'Ottawa, planter des champs de mines sans les marquer et les enregistrer en vue de leur enlèvement est considéré comme un crime de guerre. Cette convention étant également une annexe de la Convention de Genève. Depuis 1997, plus de 100 000 civils ont été tués ou grièvement blessés par des mines dans le monde. 

Alors qu'un grand nombre de pays ont signé la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel interdisant la fabrication et l'installation de mines en catégorisant leur utilisation comme crime de guerre, il devient primordial que la communauté internationale doit accroître la pression sur les pays refusant de s'y plier afin de protéger des vies civiles innocentes.

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