Le Web, tout-à-l'égout du journalisme?

Et si Denis Olivennes avait raison? Et si Internet était vraiment le tout-à-l'égout de la démocratie? A quelle autre conclusion peut-on arriver en constatant le traitement réservé à l'affaire Hortefeux sur le web et dans le reste des médias?

Et si Denis Olivennes avait raison? Et si Internet était vraiment le tout-à-l'égout de la démocratie? A quelle autre conclusion peut-on arriver en constatant le traitement réservé à l'affaire Hortefeux sur le web et dans le reste des médias?

Reprenons le fil des événements.

Le 5 septembre, un cadreur de La Chaine parlementaire filme la scène à Seignosse (là au fond de la photo).

 

Le 6, les directions de LCP/AN et de Public Sénat décident de ne pas la diffuser "en raison notamment des conditions dans lesquelles elle a été enregistrée" (un rassemblement public, autant dire pas une image volée, et l'on voit clairement sur les images de Public Sénat que Jean-François Copé est parfaitement conscient de la présence de la caméra), "l'impossibilité de la recontextualiser" (ils avaient un témoin sur place, donc pas besoin de chercher trop loin pour les circonstances) et "l'absence de journaux d'informations sur nos antennes le dimanche 6 septembre" (mais il y en a eu entre le 6 et le buzz).

 

Le 10, peu avant 15h43, lemonde.fr publie la vidéo sur Dailymotion. Lemonde.fr, pas Le Monde. En toute logique, cela veut dire qu'il l'ont obtenu entre le bouclage du quotidien et 15 heures. Sauf si le quotidien a refusé d'en parler. Pour l'heure, on n'en sait rien.

 

Immédiatement, tous les sites web (sauf Lefigaro.fr) réagissent, vérifient l'information, prennent les réactions du jeune militant de Dax (bien loin de l'Auvergne), du ministère de l'intérieur. Font un travail de journaliste.

 

Le soir, rien dans le 20 heures de TF1, mais une belle défense de Brice Hortefeux sur Public Sénat, à 22 heures, qui n'a toujours pas diffusé la vidéo. Belle réactivité.

 

Le lendemain, vendredi, alors qu'ils ont eu largement le temps d'enquêter, quelques brèves dans les quotidiens et l'après-midi un éditorial du directeur du Monde qui ne tranche rien, alors que c'est sa rédaction qui a sorti le scoop!

 

Et le soir, à 18 heures, enfin, Public Sénat diffuse enfin la séquence complète en haute résolution. Qui montre qu'il n'y a pas eu de manipulation des images et que la réponse d'Hortefeux ("Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes") répond bien à l'affirmation de la cadre UMP landaise ("c'est notre petit Arabe"). La réaction de Copé, qui s'empresse de s'éclipser, trahi d'ailleurs bien qu'il a compris qu'il y avait malaise.

 

Qu'en conclure, donc? Que les forçats du Web ont fait leur travail quand les glorieuses rédactions papier ont soigneusement enfoui l'affaire sous le tapis.

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