Péril sur le théâtre d'Arles

Le théâtre d'Arles, scène conventionnée d'intérêt national, est mis en danger par la dégradation annoncée de sa subvention municipale.

La nouvelle majorité municipale, emmenée par Patrick de Carolis, entend modifier considérablement l'avenir du théâtre d'Arles.

Mettant à profit le renouvellement de la délégation de service public du théâtre, la Municipalité modifie les missions du futur délégataire, et entérine une baisse majeure de sa subvention annuelle (-30%), amputant ainsi le budget total du théâtre de près de 20%.

Pour comprendre les enjeux de cette situation, il est utile de rappeler les circonstances de la dernière rénovation du bâtiment. Les travaux ont été financés à plus de 90% par le Département des Bouches-du-Rhône, la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (aujourd’hui Région Sud) et l'Etat. Cette solidarité exceptionnelle a permis à la Ville d'Arles de bénéficier d'un théâtre refait à neuf à moindre coût.

Depuis la réouverture du théâtre en 2001, ces trois partenaires historiques que sont le Département, la Région et l'Etat, sont régulièrement intervenus aux côtés de la Ville pour soutenir le théâtre d’Arles et contribuer au financement de son fonctionnement. Sans eux, le théâtre d'Arles n'existerait pas. Avec eux et grâce à eux, aux côtés de la Municipalité, le théâtre d'Arles a progressivement pris sa place dans le paysage culturel, jusqu'à devenir une référence dans le domaine du spectacle vivant, sur le plan local et national. Il bénéficie aujourd'hui du label « scène conventionnée d'intérêt national ».

Résolument tourné vers la création, c'est un lieu reconnu et apprécié par de nombreux spectateurs et artistes. Il propose un large choix de spectacles inventifs et stimulants à des tarifs accessibles à tous, ainsi que des actions avec le public. Il accueille régulièrement des groupes d'élèves, de collégiens et de lycéens, et soutient la création artistique de multiples façons, permettant notamment à des artistes de répéter et travailler sur son plateau.

Le théâtre d'Arles rayonne sur tout un territoire. Ses objectifs et les moyens pour y parvenir sont précisés dans des conventions, qui engagent tous les partenaires. En modifiant le cahier des charges du théâtre, en supprimant près d'un cinquième de son budget, la Ville prend le risque de provoquer une baisse sensible des autres financements.

Peut-on raisonnablement penser dans ces conditions que l'activité du théâtre pourra être développée ? Ou même seulement maintenue ?

Les équipes qui ont travaillé au théâtre d’Arles, les élus et les techniciens de toutes les collectivités, les personnels de l’État, ont œuvré main dans la main, au service de l'intérêt général, pour que ce théâtre advienne. Il a été porté collectivement tout au long de ces vingt ans, avec rigueur et énergie, par un engagement sans faille. Pour le public. Pour les artistes.

Aujourd'hui, ce théâtre est mis en péril par la baisse substantielle de la subvention attribuée par la Ville d'Arles.

Nous nous élevons fermement contre cette décision, prise dans la précipitation par la seule majorité municipale, qui met à mal vingt années d’efforts et d’investissements communs. Un immense gâchis en perspective.

Dominique Chenet, directeur - Anne Dauvergne, administratrice - Pierre Robelin, directeur technique, anciens cadres de direction du Théâtre d’Arles.

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