D'une guerre l'autre…

Un ami médecin vient de m'envoyer ce texte écrit après lecture de l'enquête «Masques : les preuves d'un mensonge d'État» de Yann Philippin, Antton Rouget et Marine Turchi publiée le 2 avril dans Mediapart.

Mai 1940 – Mars 2020

Le manque de masques de protection contre le Covid-19 fait la Une depuis déjà deux mois. Les responsables politiques en annoncent tous les jours la livraison, mais aucune ne vient rassurer la population et en particulier le personnel soignant, en première ligne sur le front de la maladie. Sans être efficacement armés et donc protégés dans ce combat, infirmières, médecins, aides-soignants, biologistes, etc. se battent néanmoins avec courage, pour certains au péril de leur santé, voire même au prix de leur vie. Début mars 2020, les infirmières d’un hôpital de province étaient dotées d’un seul masque FFP2, dont l’efficacité de filtration ne dure que 3 heures, pour être protégées pendant leurs 12 heures de travail. Fin mars, elles recevaient deux masques pour toute la durée de leur mission de soins auprès des patients.

Dans la mesure où le président de la République a déclaré que nous étions en guerre, il est logique de faire un parallèle entre ce manque de moyens d’aujourd’hui et celui d’hier.
Ainsi, en mai 1940, la 9e compagnie du 9e régiment de zouaves venu d’Alger est positionnée sur le front de Sarreguemines, en première ligne face aux troupes allemandes. Un de mes oncles, jeune professeur de lettres classiques au lycée Notre-Dame d’Afrique d’Alger, commande une section de 20 hommes et rapporte dans son livre La 9 du 9 les faits suivants.

Le lieutenant-colonel Tasse, à la tête du régiment, vient soutenir ses hommes : « Si l’ennemi attaque, il vous suffit de tenir 3 heures et vous recevrez des renforts. »
Le chef une fois parti, un soldat s’inquiète : « Sergent, je n’ai pas compris. Comment je fais pour tenir 3 heures avec 3 cartouches ? »
Mon oncle lui répond, fataliste : «  C’est facile : tu tires une cartouche par heure. »

Y aurait-il une sorte de fatalité dans l’impréparation des commandements civils ou militaires pour protéger les Français ?

Plus grave encore. Pour gérer la pénurie de tests de dépistage viral, prétendument pas toujours utiles, une consigne imbécile et potentiellement criminelle n’autorise toujours pas de tester les infirmières asymptomatiques. Lesquelles, peut-être « porteurs sains », vont immanquablement contaminer leur entourage professionnel encore indemne. À l’impréparation s’ajoutent mensonge et bêtise froidement calculés.

Il est cependant raisonnable d’espérer que les unités de soignants placées en première ligne, après avoir fait preuve d’actes de dévouement inouï, ne seront pas anéanties en 2020, comme le fut en 1940 le 9e zouaves après avoir accompli des actes héroïques de résistance face à l’ennemi.

Dans ces 2 guerres, l’Allemagne a mieux armé ceux qui étaient à l’avant. Par chance aujourd’hui, les Allemands sont nos alliés et, malgré l’épidémie qui se propage aussi dans leur pays, ils prennent en charge nos patients les plus gravement atteints par le Covid-19.

Jean-Philippe Ould Aoudia

 

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