Trop tard pour «Le Printemps» (rétrospective Marcel Hanoun)

 

Le Printemps est déjà passé ce mercredi 5 mai… encore plus beau, paraît-il, dans une copie restaurée… mais il vous reste une vingtaine de jours pour aller voir à la cinémathèque, qui enfin lui consacre une rétrospective, d’autres films de celui que je tiens pour l’un des plus grands cinéastes français qui, bien qu’il fasse des films depuis 1953, est toujours aussi peu connu, comment est-ce possible ? vous demandez-vous probablement, alors que tant de films sortent, que tant de réalisateurs sont invités chaque semaine à venir expliquer leur dernière production, à détailler leur parcours, et d’un nom qui n’est sur aucune lèvre, aucune affiche, elle voudrait nous faire croire…

 

Et pourtant, si on parle beaucoup autour du cinéma, on ne parle quasiment jamais du cinéma même, on fait comme si tout le monde savait ce que c’était, de temps en temps quelques personnes, comme Rudolf Arnheim, Jean Epstein ou Benjamin Fondane s’attachent à la question, mais qui les lit ?ou d’autres la mettent en acte dans leurs films, mais qui le voit ?

 

 

Marcel Hanoun se situerait des deux côtés à la fois, dans ses films il questionne le cinéma comme il questionne le monde, et voir l’un d’eux, au-delà d’éventuelles réactions de rejet, toujours possibles tant le modèle dominant est prégnant, c’est commencer à comprendre ce qu’est le cinéma, qui n'a rien à voir avec l’histoire et le scénario, contrairement à ce que répètent depuis cinquante ans, dans le sillage d’André Bazin, ceux qui voudraient faire croire qu'il y aurait quelque part de l'expérimental, réservé à quelques fêlés, et ailleurs, ouf, quel soulagement de n'être pas obligé de penser, le cinéma, le vrai, celui qui mérite d'être vu par les spectateurs, voir à ce sujet l'édifiant articulet paru dans Libération… des deux côtés car il écrit aussi, pensée née de sa pratique, de ses interrogations. Dans l’aller-retour entre l’un et l’autre, il est peut-être préférable d'expérimenter soi-même, c'est-à-dire de voir d’abord et de lire ensuite, et pourquoi pour choisir ne pas se laisser porter par les titres, pour Marcel Hanoun, le titre surgit souvent en même temps que le désir du film, une fulgurance à laquelle le cinéaste, en héritier du surréalisme, prête la plus grande attention.

 

 

En voici quelques-uns pour les jours à venir (ils sont regroupés en séances qui sont autant de programmes attentivement pensés) :

 

Cela s’appelle l’amour et L’Été (il s’agit de l’été 1968) le 30 mai (programme 7) ;

Déconstruction et L’Hiver, le 27 mai (programme 5) ;

L’Automne (Hanoun a tourné les quatre saisons sur une période de quatre années) et A Flor encarnada, les12 et 22 mai (programme 10) ;

Bruit d’amour et de guerre, Les Amants de Sarajevo/ Loin près de la mort loin près de l’amour et Boucherie fine, les 12 et 17 mai (programme 16) ;

Y voir identité, Libertad et L’Étonnement, le 9 mai (programme 13) ;

Le Temps met fin aux hautes pyramides (avec une ancienne abonnée de Mediapart) et Le Huitième jour, les 15 et 21 mai (programme 19) ;

Une simple histoire (son premier long métrage, bouleversant, qui dynamite les ingrédients – intrigue et suspense – du cinéma classique), les 14 et 23 mai (programme 18) ;

Insaisissable Image et L’Authentique Procès de Carl-Emmanuel Jung, le 14 mai (programme 17) ;

Cello (avec une abonnée de Mediapart), son dernier film, dont le montage est en cours et qui sera projeté, en l’état, dans les tous derniers jours de la rétrospective, probablement le 27 mai (programme 22, le film ne sera pas présenté le 16 mai, contrairement à ce qui était initialement prévu).

 

Quarante-sept films sont montrés sur les soixante-dix réalisés, de toutes durées, dans tous les formats, sur tous les supports, avec tout appareil pouvant capter des images, y compris un téléphone portable.

 

 

Marcel Hanoun a très tôt adopté d’indispensables techniques de survie, autoproduction, tournages brefs (deux jours pour un long métrage !) et bouts de ficelle, qui lui ont permis cette belle indépendance, il continue de filmer et d’écrire, l’actualité l’intéresse toujours autant, il arrive que certains faits divers, certains événements médiatisés soient à l'origine de la fulgurance évoquée plus haut ; il a également écrit quelques billets sur son blog de Mediapart.

 

Pour achever de convaincre de l’importance de ce cinéaste, j’ajoute que son premier long métrage, Une simple histoire, a été vu, et admiré, par tous ceux qui peu après constitueront la Nouvelle Vague, que Jean-Luc Godard a fourni argent et pellicule pour L’Authentique Procès de Carl-Emmanuel Jung, que Jean Eustache, qui fait une apparition dans ce dernier film, a montéla scène de flamenco dans Octobre à Madrid, qu’Alain Cavalier a vu tous les films de Marcel Hanoun, un cinéaste qui a beaucoup compté pour lui, c'est aussi le cas de Marc Recha, José Luis Guerin et Vincent Dieutre… *

 

 

* Je remercie pour ces précisions Stéphanie Serre, dont la très intéressante conférence, «Qui êtes-vous Marcel Hanoun?», donnée le 6 mai, sera visible dans une dizaine de jours sur le site de la cinémathèque.

 

 

 

Quelques liens à explorer :

 

 

Programmation de la rétrospective sur le site de la cinémathèque

 

L’Âge de bronze , un film réalisé spécialement pour la circonstance

 

Filmographie

 

Bibliographie

 

Un dernier ouvrage, avec un DVD du Cri, vient de paraître aux éditions derrière la salle de bain,dans la collection Acquaviva

 

En attendant une hypothétique sortie en DVD, certains films sont en accès libre ici

 

 

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