L'oiselé

Il a entendu l’appel par la fenêtre. Elle lui demande de venir. Au ton de sa voix, il comprend que c’est important. Il abandonne la table du petit déjeuner, avance dans le dédale des pièces jusqu’à la véranda, descend l’escalier du jardin. Ses yeux à elle lui disent dans quelle direction regarder. La porte de la buanderie est ouverte. Il découvre dans l’ombre intérieure, juste après la découpe géométrique de lumière, quelque chose de gris posé sur le ciment gris.

Il a entendu l’appel par la fenêtre. Elle lui demande de venir. Au ton de sa voix, il comprend que c’est important. Il abandonne la table du petit déjeuner, avance dans le dédale des pièces jusqu’à la véranda, descend l’escalier du jardin. Ses yeux à elle lui disent dans quelle direction regarder. La porte de la buanderie est ouverte. Il découvre dans l’ombre intérieure, juste après la découpe géométrique de lumière, quelque chose de gris posé sur le ciment gris.

 

Un oiseau.

 

Qui fait du surplace en se tournant d’un côté, de l’autre. Les mouvements rapides de sa tête disent peut-être son étonnement, plus sûrement sa peur, dans ce territoire inconnu.

 

Ils avancent à pas retenus jusqu’à la porte. Elle se met sur le côté, lui dans l’encadrement. Ils regardent. Gris sur gris.

 

Sur le gris uniforme du sol, un autre gris très doux et délicatement nuancé, avec des festons blancs, surtout à l’encolure, et des pointillés noirs se densifiant vers les rémiges.

 

Il murmure : « Un martinet. »

 

Il se baisse, lentement, s’accroupit et s’immobilise, en même temps que l’amplitude des mouvements de l’oiseau s’amenuise. Après un long moment, il s’approche un peu, doucement, attend, souffle suspendu, avance encore un peu. Il est maintenant à quelques centimètres de l’oiseau qu’ils voient de profil, immobilisé lui aussi.

 

Il attend encore, avance précautionneusement la main gauche jusqu’au col et, en même temps qu’il la pose sur l’oiseau pour le soulever, d’un geste vif il amène sa main droite sous les pattes.

 

L’oiseau est là, dans ses mains. Il vérifie rapidement qu’il n’est pas blessé, les pattes, les longues ailes qu’il déplie l’une après l’autre. Il se relève, ouvre les mains en gardant les paumes jointes. Avec des mouvements très tendres, mesurés, il dirige ses paumes tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, plusieurs fois. Il sent la manière dont l’oiseau s’accroche à ses doigts, en déduit qu’il est encore jeune, bien que son front ne soit plus tout à fait blanc.

 

Maintenant, il rejoint le milieu du jardin, choisit un endroit dégagé, un espace sans obstacles en direction du soleil, l’oiseau toujours accroché à ses doigts, mains ouvertes devant lui au niveau de la taille.

 

Il respire profondément, plusieurs fois, prend un élan intérieur et pousse ses mains vers l’avant en les montant. L’oiseau s’envole droit vers le ciel, vacille un instant, reprend son vol rectiligne, toujours plus haut.

 

Il voit alors un martinet quitter le groupe qui tournoie à plus haute altitude, venir à la rencontre du plus jeune et l’accompagner vers les autres.

 

Il regarde longtemps leur ronde obstinée au-dessus des jardins. Il est devenu l‘un d’eux. Cela faisait longtemps qu’il désirait voler…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.