Revoir ? Non ! Voir enfin «La Clepsydre»…

C’était il y a deux ans, fin juillet. J’étais à Wroclaw pour le festival international Era Nowe Horyzonty, qui, lorsque l’on voit les centaines de jeunes prendre d’assaut la dizaine de salles où sont programmés des films de tous les pays, donne foi dans le cinéma.

C’était il y a deux ans, fin juillet. J’étais à Wroclaw pour le festival international Era Nowe Horyzonty, qui, lorsque l’on voit les centaines de jeunes prendre d’assaut la dizaine de salles où sont programmés des films de tous les pays, donne foi dans le cinéma.  Cette année-là, il y avait un hommage à  Jean-Luc Godard et un autre à Wojciech Has, avec une rétrospective de leurs films. Les organisateurs du festival m’avaient fait l’honneur de m’inviter.

C’est ainsi qu’un après-midi, j’assistai à la projection de La Clepsydre (Le sanatorium à l’enseigne de la clepsydre), un film que j’avais l’impression de connaître « par cœur », tant je l’avais vu de nombreuses fois, et au cinéma, chaque fois qu’il était programmé à Paris, et sur la cassette VHS dont je disposais pour mon travail de recherche.

Les premières images, avec leur passage d’un « avant » à un « après », m’apprirent qu’il s’agissait d’une restauration numérique.  Puis le film commença et j’entrai dans un monde inconnu. Pour la première fois, je découvrais avec précision des arrière-plans que masquaient même les copies cinéma sur grand écran. Pour la première fois, je voyais les couleurs, si importantes dans ce film, exactement comme elles avaient été imaginées et travaillées. Ce film, que comme tous ceux qui l’ont vu je jugeais magnifique, prenait une dimension nouvelle qui touchait au sublime. Tant de beauté, à chaque plan renouvelée, me bouleversait et je sentis monter mes larmes jusqu’à l’apothéotique séquence  finale, lorsque le personnage, devenu aveugle, escalade une tombe et parvient dans le cimetière où se trouve sa mère.

Ma première phrase pour le public après la projection fut : « Je viens de voir ce film pour la première fois »…

La restauration avait été dirigée par le célèbre Witold Sobocinski, qui, en 1972, en avait été le chef opérateur. Je compris deux jours plus tard, lors d’un bref entretien matinal, combien il était fier, et à juste titre, de son travail. En octobre de la même année, j’eus le privilège de me voir offrir par son auteur un livre sur ce même film, Laboratorium czasu (Le laboratoire du temps), de Malgorzata Jakubowska, qui appartient à la nouvelle génération de chercheurs polonais fortement intéressés par l’œuvre d’un cinéaste jusqu’alors déconsidéré dans son propre pays. Avec, à l’intérieur de l’ouvrage, un DVD de la copie restaurée.

Sans sous-titres, évidemment, c’est une édition polonaise… Et je me désolais de ne pouvoir en faire profiter mes amis. Mais voilà que cette copie est enfin arrivée en France par d’autres moyens et que la version numérique restaurée est programmée à Paris au Reflet Médicis. Précipitez-vous pour, enfin, découvrir ce film. Il y a plusieurs séances par semaine.

En même temps est programmée la version restaurée d’un autre chef d’œuvre de Has, Manuscrit trouvé à Saragosse. C’est Grzegorz Kedzierski, le très talentueux chef opérateur des films postérieurs de Has, qui en a dirigé la restauration numérique.  Je reviendrai sur cette autre restauration mardi, après mon retour de Paris, où je pars pour revoir ces deux films.

Quelques photogrammes :

Au début, le train, une évocation…

 

 

 

 les portes du sanatorium s'ouvrent sur des tombes

 

le père endormi

 

 

son magasin le matin au réveil

 

 

paysage avec éléphant

 

après la chute

 

 

scène de fuite en gris

majeur

 

 

la dernière séquence

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nota Bene

Cliquez sur les images pour les agrandir.

Plusieurs textes sur les deux films figurent sur le site que j’ai consacré à Has. Voir dans les liens de mon blog.

La copie DVD de La Clepsydre commercialisée depuis 4 ans a une image désastreuse, ce qui dessert considérablement ce film subtil.

Prochainement, dans la même salle, une copie restaurée de Mère Jeanne des anges, de Jerzy Kawalerowicz.

 

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