mot de passe oublié
Soutien

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement : 9€/mois + 1 film en VOD offert

ABONNEZ-VOUS
Le Club de Mediapart sam. 13 févr. 2016 13/2/2016 Édition de la mi-journée

Et leurs têtes ?

Ce sont les oubliés du voyage en Algérie de François Hollande. Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, Cheik Bouziane, Bou Amar Ben Kedida, Si Moussa Al-Derkaoui, Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui, Aïssa Al-Hamadi, six résistants qui se sont battu avec courage et détermination contre le corps expéditionnaire français en Algérie au XIXe siècle.

Ce sont les oubliés du voyage en Algérie de François Hollande. Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, Cheik Bouziane, Bou Amar Ben Kedida, Si Moussa Al-Derkaoui, Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui, Aïssa Al-Hamadi, six résistants qui se sont battu avec courage et détermination contre le corps expéditionnaire français en Algérie au XIXe siècle.

 

Le premier, plus connu sous le nom de Chérif Boubaghla, « l’homme à la mule », fut l’initiateur dans le Djurdura et les Babors de la révolte qui porte son nom et qu’il dirigea jusqu’à sa mort, ainsi que le compagnon de Lalla Fatma N’Soummer. Aïssa Al-Hamadi était son lieutenant. En 1854, après avoir été dénoncé, « l’homme à la mule » est poursuivi par les frères Mokrani qui s’étaient alliés aux Français. Sa tête fut tranchée alors qu’il était encore en vie.

 

Le deuxième, Cheikh Bouziane, fut le chef de la révolte de l’oasis des Zaâtchas, qui a tenu en échec deux mois durant l’armée française dans ce qui fut l’un des combats les plus meurtriers de la conquête de l’Algérie. Le 26 novembre 1849, la population en paya le prix. La victoire des troupes françaises donna le signal d’un massacre général : un millier d’hommes, de femmes et d’enfants périrent, achevés à la baïonnette. Les têtes de Cheikh Bouziane, de son fils et celle de Si Moussa Al-Darkaoui furent empalées et exposées, d’abord dans le camp militaire des Zaâtchas, puis à Biskra, pour « convaincre les sceptiques de leur mort et servir d’exemple à ceux qui essaieraient de les imiter ».

 

Le troisième, Bou Amar Ben Kedida fut tué dans un combat sous les murs de Tebessa.

 

Les têtes, ce sont des « crânes secs », à l’exception de celle, momifiée, de Aïssa Al-Hamadi.  Il y en a 37 au total, entreposées avec d’autres restes mortuaires et le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant et alter ego de l’Émir Abd  El-Kader, dans de simples boîtes en carton rangées sur les étagères « d’énormes armoires métalliques grises aux portes coulissantes fermées à double-clé » quelque part dans les réserves du Muséum national d’histoire naturelle. C’est là que, après avoir « remué  ciel et terre » pour les retrouver, l’historien et chercheur algérien Ali Farid Belkadi finit par les découvrir en mars 2011.

 

Malgré l’exemple de la restitution des têtes maories depuis mai 2011, le précédent ambassadeur de France en Algérie, Xavier Driancourt (remplacé à la veille de l’élection de François Hollande par le très sarkozyste André Parant), prétendit, lors d’un débat organisé le 6 février 2012 par le quotidien Algérie-News,  que leur restitution ouvrirait la voie à d’autres réclamations, comme celles de La Joconde ou de l’Obélisque de la place de la Concorde…

 

Pourtant, selon Philippe Mennecier,  directeur des collections au MNHN, rien ne s’oppose à ce que ces restes mortuaires soient rapatriés. Il suffirait que l’État algérien en fasse la demande officielle auprès de l’État français.

 

Aujourd’hui encore, rien ne semble avoir été fait dans ce sens, malgré la pétition initiée en mai 2011 par Ali Farid Belkadi et sa lettre adressée à Abdellaziz Bouteflika. 

 

P.-S. Ali Farid Belkadi signale également, dans une longue lettre adressée le 14 février 2012 à l’ambassadeur de France Xavier Driancourt, qu’il a pu accéder à des œuvres d’Horace Vernet « furtivement conservées dans les réserves du musée de Versailles ». L’une d’elle est une toile gigantesque montrant le pillage de tombes algériennes profanées par la soldatesque française brandissant des morceaux de cadavres au bout de leurs baïonnettes… Quand le public pourra-t-il observer les scènes d’horreurs coloniales que ce peintre, qui était pour Baudelaire « l’antithèse absolue de l’artiste » mais que Gautier considérait comme « le journaliste de la peinture », s’appliqua à reproduire lorsqu’il suivit le corps expéditionnaire à la recherche de « débris encore fumants », selon ses propres termes, après que Louis-Philippe l’eut choisi comme principal hagiographe de la conquête de l’Algérie ?

 

 

Nota bene : À propos de ces restes mortuaires, voir l'article publié sur le site de la LDH de Toulon, ici.

La gravure en tête du billet figure dans le livre du docteur Le Quesnoy, L'Armée d'Afrique depuis la conquête d'Alger, 1888. Le Quesnoy était médecin chef de l'armée française.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Ah ben zut, voilà Anne en gris...

J'espère que c'est provisoire...

Soutenez Mediapart !

Soutien

Souscrivez à notre offre d'abonnement : 9€/mois + 1 film en VOD offert
ABONNEZ-VOUS

Le blog

suivi par 124 abonnés

Parce qu'il le faut bien…