Quelle affaire !

 

 Dans un livre en très bon état acquis pour un peu moins de 1,50 euros lors d’une brocante ligérienne bravement arpentée sous une pluie glaciale – soit la moitié du prix affiché, une affaire ! d’autant plus qu’il s’agit d’une édition, la deuxième qui, datée de 1948, peut être considérée comme « rare » –, j’ai découvert avec étonnement le portrait par anticipation d’un homme qui a beaucoup fait parler de lui depuis deux ans.

Jugez-en :

 

« C’est une affaire bien redoutable qu’aborde, au sortir de son obscurité première, l’homme public. Il y rencontre l’illusion d’un acquiescement universel. Ses faims de collégien pauvre, qui l’accompagnèrent passé la quarantaine, il tend à les satisfaire ingénument. S’il chancelle, son pays s’indigne : “Il lui en fallait, à celui-là !”. Il lui fallait tout, comme à nombre de ceux qui naquirent pauvres. Il lui fallait encore ce ruban, encore ce domaine, ce bétail blanc sur des prés verts : “Encore ce million, le dernier… Encore cette prébende… Cette femme ravissante, je n’ai qu’à étendre la main…”

 

« Il ne pensait pas qu’il fût si dur de refuser ce qui s’offre à l’homme mûr, auquel sa jeunesse n’a laissé qu’un âpre goût d’indigence. Il n’avait pas prévu qu’une table chargée, les cigares, la barrique de vin précieux, le wagon-salon, les coups de chapeau, les placets pussent être les premiers agents d’un voluptueux déshonneur. »

 

Colette, L’Étoile Vesper, souvenirs, Genève, Éditions Milieu du Monde, p. 68-69.

 

En lisant pour la première fois ces lignes, un nom m’est immédiatement venu à l’esprit. D’où le singulier du premier paragraphe. Mais quand je les relis, tant d’autres se pressent au portillon que je renonce à en dresser la liste…

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