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Billet de blog 28 nov. 2019

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Mixité scolaire à Marseille : Enjeux et Perspectives

La récente affaire de l’école Ruffi (13003) à Marseille et des soupçons de ségrégations scolaires par l’équipe municipale sortante pose la question du diagnostic de la mixité scolaire et de la mixité sociale qui en découle directement : Quels bénéfices? Pour qui? Quels outils? Quelles marges de manœuvres pour une ville? Quels enjeux?

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Rappelons tout d'abord que la publication de l’enquête PISA de l’OCDE, en 2015, couronnait tristement la France comme championne des inégalités sociales à l’école et ce malgré la mise en place par le ministère de l’éducation d’une série de mesures visant à réduire cette fracture scolaire.

La mixité scolaire, pourquoi ? Pour qui ?

« Lorsque l’on met tous les enfants d’origine populaire dans les mêmes classes et dans les mêmes établissements, on observe deux phénomènes concomitants : l’absence de confrontation avec d’autres milieux sociaux entraîne une baisse de l’ambition scolaire et professionnelle des élèves. Inversement, la mixité sociale développe des ambitions professionnelles plus élevées de la part des élèves des catégories populaires et des progrès scolaires plus forts. Il y a à la fois plus d’efficacité et d’équité : le niveau moyen des élèves est meilleur et les écarts entre les bons et les faibles diminuent. Toutes les études montrent en outre que les deux sont liées : l’équité favorise l’efficacité. Car en les mélangeant, les mauvais élèves progressent plus vite, sans pour autant que les bons progressent moins. C’est le cas dans des pays comme la Finlande, où la mixité sociale est grande. En outre, une nation ne se constitue pas en isolant les individus dans des ghettos en fonction de leurs revenus et de leur statut. Il existe un avantage culturel à ce que les enfants des différentes catégories sociales puissent se retrouver ensemble. La reconnaissance de l’altérité, plutôt que le développement d’une certaine peur de l’autre, me semble un atout. » (Pierre Merle, sociologue et spécialiste des questions scolaires et des politiques éducatives).

La ségrégation sociale dans les établissements est associée à une série large d’indicateurs sociétaux négatifs en termes d’attitudes citoyenne, civiques, de croyance dans les institutions, de capacité de communication, de tolérance et même de santé dont la consommation de stupéfiants avec les conséquences que l’on connait bien à Marseille de fabriquer cette petite délinquance minoritaire qui pourrit la vie de tous. Moins de jeunes en échec scolaire ou en errance, plus de perspectives d’intégration au monde du travail contribue logiquement à faire baisser les actes de violences générés par la misère sociale sur fond de trafic de drogue ou de radicalisation religieuse.

Travailler à plus de mixité scolaire constitue donc un bénéfice pour l’ensemble des citoyens. Une vraie égalité des chances permettrait de sortir d’une élite préformatée pour faire émerger des profils différents plus créatifs, conscients des réalités du monde et susceptibles d’intégrer la sphère économique de manière novatrice. Un vrai atout pour l’économie d’une ville. Mettre en place des conditions permettant à différentes strates sociales ou à différentes communautés ethniques de se rencontrer dès l’entrée dans la vie sociale par l’école, ou sur son parvis pour les parents, contribue à apaiser les tensions potentielles et crée un sentiment de sécurité accru dans les quartiers.

Pour la sociologue Nathalie Mons, présidente du Conseil national de l’évaluation du système scolaire, toucher à la carte scolaire ne suffit pas, il faut démontrer aux parents ce que leurs enfants ont à gagner à fréquenter une école mixte. Malgré le peu d’études sur le sujet, elle explique que la mixité sociale est un avantage pour tous les élèves sans exception et même au-delà des résultats scolaires.

Si l’on regarde les effets de la mixité en termes de cohésion sociale, là, tous les élèves sans exception y gagnent. Même le haut de l’échelle ! Elle attire toutefois l’attention d’une vigilance à avoir à agir autant sur l’hétérogénéité au sein des classes autant qu’au sein des établissements. (Attention donc aux classes « élites » ou « poubelles » !)

Quels outils ?

Alors que de nombreux pays et quelques municipalités en France travaillent depuis des années à favoriser le mélange de population dans les établissements scolaires, l’équipe municipale de Marseille a fait le choix électoraliste de favoriser l’école privée au détriment d’une mixité scolaire désormais réduite à minima.

La mixité sociale se bâtit sur deux leviers : l’aménagement urbain et la carte scolaire. C’est le choix prioritaire qu’a fait depuis 30 ans La commune de Guyancourt, dont le maire est un ancien enseignant. Cette politique se traduit au sein des quartiers par une action volontariste fondée sur l’équilibre entre 50% de logements locatifs aidés et 50% d’accession à la propriété. Ces quartiers permettent de favoriser la mixité à l’école. L’aménagement de la carte scolaire permet de conforter cet objectif. C’est un travail à long terme qui nécessite un réel positionnement politique qui en fasse une priorité. D’autres villes expérimentent en faveur de la mixité scolaire comme Nîmes qui mise sur la recherche universitaire, Toulouse ou Nancy sur le développement de l’attractivité de certains établissements ou encore le travail sur la géographie des nouveaux établissements et les facilités de mobilités à Amiens.

La boite à outils de la mixité sociale est riche et une municipalité a la possibilité d’en actionner certains : transport scolaire gratuit, incitations budgétaires pour l’enseignement privé favorisant la mixité, accompagnement des parents s’engageant sur la mixité, qualité du périscolaire dans les établissements publics…etc.

Quelles perspectives ?

Pour Marseille, on ne connait que trop les choix urbanistiques de ces dernières décennies de choix municipaux qui ont conduit à la fabrication de ghettos plutôt au nord de la ville et de résidences sécurisées et fermées plutôt au sud, générant un frein spatial puissant à la mixité sociale. Le soutien au développement de l’enseignement privé a fini d’achever le tableau de ce paysage d’apartheid phocéen.

La construction de logements neufs dans les quartiers pauvres ne suffit pas à intégrer de nouvelles populations au pouvoir d’achat supérieur. Les familles nouvellement propriétaires déchantent très vite en découvrant les carences de services publics comme les crèches, les écoles, les espaces verts ou sportifs, bibliothèques …etc. Ils finissent par revendre ou louer et à très court terme ces nouvelles résidences deviennent de nouveaux ghettos. A l’inverse il faut aussi prévoir de construire du logement social dans les quartiers sud mais quelques soient les mesures urbanistiques de mixité envisagées, elles doivent impérativement s’accompagner du développement de services de proximité chers à tous les habitants : marchés locaux, réseau de bibliobus, places en crèches…etc.

L’expérience de la ville de Medellin en Colombie qui a effectué une transformation durable et profonde en misant sur des interventions urbaines très localisées, sur la transparence et sur…l’implication des femmes, montre qu’il est nécessaire de travailler sur la proximité car les habitants sont très attachés à leur zone de vie.

Indépendamment d’une politique nationale, une municipalité peut donc faire des choix forts et efficaces dans l’intérêt général si elle a la capacité de se projeter au-delà d’un mandat électoral et la volonté d’agir pour le bien de tous.  Quelle que soit l’équipe qui sera choisie par les marseillais en mars 2020, elle sera face au choix d’entériner la ségrégation montante, terreau de la violence ou au contraire d’œuvrer pour une ville apaisée, avec comme priorités la mixité sociale et la proximité.
 

A.P.

https://www.cnesco.fr/fr/mixites-sociales/projets-innovants/

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