Posture Imposture

Bonjour, Après Calais, Tarifa, Nador... je suis actuellement en Sicille à Agrigenté. Là tous les jours débarquent du bateaux en provenance de Lampedusa de nombreux réfugiés encadrés par des policiers masqués et gantés. Hier ils étaient plus de 200 .

Posture Imposture : Projet .

En octobre 2013 avait lieu un naufrage meurtrier de plus au large de Lampédusa ; au même moment, j’observais le passage migratoire de centaines d’oiseaux sur la côte vendéenne (champ migratoire de Talmont St Hilaire). C’est à partir de ces deux événements migratoires que l’idée m’est venue d’aborder la libre circulation des hommes par la métaphore de l'oiseau.
Aborder ce sujet humainement "lourd" par la métaphore de l’oiseau introduit une sorte de distanciation, de médiation, donne une dimension poétique. Depuis plusieurs mois, j’ai amorcé ce projet en me rendant sur plusieurs zones d’attentes, de regroupements d’hommes et d’oiseaux. Dans certains endroits ou à des moments qui pour moi sont significatifs, (grillage frontière entre le Maroc et l’Espagne, couchages dans les rues, distribution des repas, campements de fortune, ports, guérites militaires…), je photographie un personnage à tête d’oiseau (cagoule) Ce personnage dissocie la photographie du reportage.

Voilà pour la théorie le concept! Mais lorsque je me suis retrouvé face à la réalité, aux conditions de vies, de survies de ces milliers d'humains, le gouffre  entre mes écrits et la réalité du terrain était tel que j'avais envie de rentrer sous terre. Souvent, prendre une photographie m'était impossible. Bien entendu, J'ai pensé au voyeurisme mais Pedro Vianna (rédacteur en chef du CIEMI) et Gérald Blancourd (photographe reporter de 80 ans) m'ont expliqué que ce risque vaut  la peine d'être pris.
J'ai reçu et je reçois encore pas mal de soutient moral de réfugiés (épatants) mais aussi de différentes associations comme La Cimade, le Gisti, le Gadem (Maroc) l'Auberge des Migrants (Calais) Le CIEMI.
Concrètement, c'est après plusieurs passages de quelques  jours à Calais auprès  des migrants et surtout  après avoir partagé le travail des bénévoles de l'Auberge des migrants que je me suis sentie capable de continuer mes investigations. Ma cagoule d'oiseau amusait beaucoup les réfugiés, ils me demandaient de la porter. J'ai de nombreuses photographies sur lesquelles beaucoup d'entre eux se marrent, (mais ils sont identifiables, Je ne peux pas les montrer).
Les photographies de  scènes de vie qui me servent de modèles de dessins sont pour moi encore plus difficile à prendre, heureusement, certains migrants m'en ont données.
Voilà pour le projet "Posture Imposture"; en paralèle je réalise un autre projet "D'un champ migratoire à l'autre", dans lequel je mets en relation les annalogies de deux époques, celle de la migration actuelle et celle du passé proche, quand immigraient en France des Espagnols et des Portugais fuyant la guerre et la dictature.
Beaucoup de Français étaient inquiets de cette entrée massive d'étrangers sur leur territoire. L'organisation de l'accueil fut difficile, les images des bidonvilles de l'époque sont similaires à celles des camps de migrants d'aujourd'hui.

Il n’y a pas un jour où l’on ne parle de migrants. Ils font partie de notre quotidien. Certains citoyens préfèrent ne pas voir et ne pas entendre cette actualité, d'autres sont effrayés.
Le phénomène migratoire a toujours existé. S'il n'était pas souvent lié à des faits dramatiques, il serait habituel, banal. C’est pourquoi, l'une des déclinaisons "D'un champs migratoire à l'autre" sera l'impression de dessins de scène de vie (réalisés à partir d'images actuelles et passées) sur serviettes en papier, mouchoirs jetables voir papier peint et/ou tissu d'ameublement, style toile de Jouy**, taies, rideaux... Objet du quotidien, du décor ; à force de le voir, nous ne les voyons plus.
(Symboliquement, la nappe sur laquelle on mange, la taie sur laquelle on ferme les yeux, les rideaux que l’on tire pour ne plus voir, le canapé sur lequel on s’assoit, le mouchoir que l'on jette sont porteurs de sens. Au premier regard, le spectateur ne verra que l’esthétisme de l'ensemble. Le deuxième regard sera sans doute différent).
Gérald Bloncourt  m'a donné le droit d'utiliser ses images. Il est plus militant que jamais et continue sa lutte pour la liberté et l'égalité.

*Cagoule : par métaphore, la cagoule peut être associée à l'oiseau migrateur, mais aussi à la honte (bourreau), à l'expression « se voiler la face » : « je ne veux pas voir ». La cagoule peut aussi faire allusion aux organisations nationalistes (mouvement la cagoule, le KKK) ainsi qu'à la torture.
Indienne*: Trop concurrentielles pour nos productions nationales, les indiennes furent interdites.
En 1760 à la lever de cette prohibition, Christoph Philipp Oberkampf (allemand naturalisé français) crée sa propre manufacture d’indiennes à Jouy en Josas. La toile de Jouy était née (devenu ensuite un nom générique) Connue pour ses motifs représentant des scènes de vie campagnarde idéalisées, elle fut aussi un support éducatif ( découverte de contrées nouvelles, de cultures indigènes, de plantes, d’animaux exotiques) et un support de communication (campagne napoléonienne, commerce triangulaire...), des motifs naturalistes donnent une unité aux compositions narratives. La représentation d'oiseaux y est fréquente.
Installation : Un jour je l'espère  quand je pourrai montrer ce travail (autrement que sur internet) , je l'accompagnerai également d'une installation au sol de centaines d'oiseaux nuisibles*** (leurres de chasseurs), un masque de palombe**** sur les yeux .
Le leurre d'oiseaux symbolise ici le leurre du migrant. Chaque migrant qui arrive en Europe fait croire à sa famille que tout va bien, qu'il est heureux ; rassurés, d'autres migrants prennent le départ .

*** Nuisible : selon une liste d'oiseaux établie par la loi Française . Certains oiseaux classés comme étant nuisibles en France, font l'objet de mesures de protection dans d'autres pays européens. L’origine de l’expression « espèce nuisible » est à rattacher aux conséquences que certaines espèces peuvent avoir sur les activités humaines. Certaines populations ou individus d’espèces animales peuvent effectivement poser des problèmes, voire localement devenir indésirables, par rapport aux objectifs des êtres humains.

*****Masque à palombe : masque de pigeon ramier (répertorié comme nuisible) ce masque posé sur l'oiseau (leurre vivant) évite qu'il ne prenne peur à l'approche d'un vol de ses congénères. Lors de la la chasse de certains oiseaux migrateurs, le chasseur pose sur les yeux de l'oiseau un petit masque (illustration de droite)qui l'empêche de voir et de bouger. L'oiseau bien calme sera un leurre pour ses congénères.

J'ai oublié de mentionner qu'étant dyslexique, je fais partie du fond de libération de la faute d'orthographe. Désolée pour pour les coquilles.





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