Intégristes ? les protestants calvinistes français aussi

Parce que je prenais la pilule années 1970 alors que j'étais divorcée et donc célibataire, mon beau-frère protestant calviniste pratiquant décida que ma sœur et toute sa famille ne devaient plus jamais me parler, ce à quoi toute la famille se plia sans rechigner.

Sur la virginité des filles

Le sujet dont je traite dans ce billet est en rapport avec la virginité exigée des filles par les intégristes ; quand on parle d’intégrisme il est en général désigné l’Islam sans le nommer, l’allusion paraissant évidente ; de fait tant les catholiques, les protestants, les juifs, donc chacune des religions dites du Livre comportent des intégristes, il peut y être exigé la virginité. On peut l’élargir aussi à la fameuse « tenue républicaine » exigée des filles, récemment, par le gouvernement actuel.

Il est décrit les années 1970 comme les années de la libération des femmes, de la permissivité sexuelle, voire de l’égalité. Pourquoi faudrait-il désigner plus particulièrement ces années, alors que les femmes combattent pour leur liberté autrement dit leur égalité, depuis au moins la Révolution française.

L’exigence de mon abstinence sexuelle parce que femme célibataire

Années 1970 j’étais célibataire et mère d’un fils de 6 ans. J’avais été mariée et j’avais divorcé ; cet état de divorcée moi je l’appelle célibat. Pourquoi doit-on trainer à vie qu’un jour on ait été marié ? je le comprends sur le plan de l’identité, et encore, mais dans la vie de tous les jours je ne vois pas la nécessité de faire état de toutes ses vies antérieures surtout si, femme, on aurait été sous l’autorité d’un homme d’après la loi : pour le droit de travailler, le droit d’avoir un compte bancaire, il fallait la permission du mari encore années 1960.

Pour ma part ce qui était exigé de moi, sans jamais le dire, c'était l'absence totale de tous rapports sexuels avec quiconque, l’abstinence totale. Le sous entendu étant qu’une femme célibataire qui avait des pulsions sexuelles et des rapports sexuels étaient forcément une trainée, ou une pute.

Je n’avais, années 1970, aucunement conscience de cette exigence, car j’évoluais dans un milieu où ce n’était pas le cas. Mais dans mon milieu d’origine, en l’occurrence la famille de ma sœur de 10,5 ans de plus que moi, c’était le cas. Autrement dit nous évoluions dans deux mondes parallèles qui s’ignoraient.

Renouvellement d’un essai de contact avec ma sœur

C'est à l'occasion, en 2015, de la énième lettre écrite et envoyée à ma sœur pour demander pour la ixième fois le pourquoi de ce silence de ma famille entière que je pris conscience de ces mondes qui s’ignoraient, depuis 45 ans. Je mis donc 45 ans à comprendre que non seulement nous étions dans deux mondes parallèles, mais surtout que ces deux milieux s’ignoraient, l’un méprisant l’autre. De mon côté j’avais conscience de ces deux mondes, mais mis 45 ans à comprendre comment le milieu intégriste de ma sœur m’avait volontairement fait le plus de mal possible, alors que moi je vivais ma vie avec pour but l’autonomie et ma morale d’honnêteté et de droiture, alors que la droiture n’était pas entendue dans un même sens par chacune des deux parties.

Réponse par mon beau-frère

Quelques jours après l'envoi de cette missive je la reçus retournée dans une enveloppe neuve. Puis je reçus un appel téléphonique de mon beau-frère m'informant qu’il s’était trompé de lettre, qu’il avait écrit une réponse mais c’était trompé en me renvoyant ma lettre au lieu de sa réponse et s'en excusait, et m’informer qu’il ne pouvait délivrer ma lettre à ma sœur ; le contenu de ma lettre, après 40 ans de silence total, d'aucune réponse à aucun de mes courriers précédents, était un peu « nerveux "  et sans doute agressif. C'était du genre "pourquoi un tel mépris, pourquoi cette méchanceté, ce silence ? etc…"

Mais le principal fut que je découvrais que mon beau-frère censurait le courrier destiné à ma sœur, son épouse, l'ouvrait et le lisait, et jugeait s'il était… de bonne mœurs ? Ouvrait-il tout le courrier de ma sœur ? Le lisait-il pour juger si son contenu était sans mauvaise influence sur ma sœur ? Censurait-il tout le courrier de ma sœur ou uniquement mes lettres ?

Ce coup de téléphone répondit enfin à mon interrogation : le silence total de ma sœur était sur ordre, ordre de son mari, mon beau-frère, tant que les conséquences ignobles des médisances, des non-dits, des silences, des allusions par chacun des autres membres de la famille, à tous les degrés, cousins, neveux, nièces, etc …

Tout s’éclaira enfin, bien que je mis encore quelques semaines à réaliser la profondeur des répercussions antérieures.

« État des lieux » de la famille de ma sœur

Mon beau-frère était (1) protestant calviniste pratiquant, lisait la bible tous les soirs, et bien sûr allait au temple tous les dimanches. Il avait converti ma sœur, ex catholique pratiquante années 1950, du genre à faire le pèlerinage de Chartres à pied années 1950. Ils s'étaient mariés à la mi des années 1950. Ils avaient sept enfants ; il était contre toute contraception, sauf la méthode Ogino (2). Qui leur réussit si bien ! Et ma sœur approuvait et appliquait cette mesure.

Années 1980 ils avaient de concert été chercher une de leur fille, célibataire et largement majeure, qui était partie en Martinique avec un amoureux, pour la ramener à la maison. Je ne connais pas la suite de l'histoire, mais l'allée retour Martinique avait fait date dans la famille.

Retour aux années 1970

Début des années 1970, célibataire depuis peu, échangeant, à l'époque, librement avec ma sœur, je l'encourageais à prendre la pilule. Elle était déjà mère de famille nombreuse. Mon argument fut que moi-même la prenais depuis 1965 sans effet particulier.

Ce fut là le choc. Mais je n'y repensais jamais. En effet comment imaginer que ma sœur ne me parla plus parce que je prenais la pilule et que je l'en avais encouragé ?

Le premier silence qui me percuta violemment, fut à l'occasion de la mort d'un de ses fils, début des années 1970. Je lui écrivis plusieurs lettres d'empathie, faisant référence à Dolto, à la sororité, dans l'ambiance du féminisme des années 1970. Je n'eus aucune réponse à ces courriers, non que j'en attendais vraiment. Cependant le silence avait commencé, puisque pour preuve de ma bonne foi j'avais fait la photocopie de ces courriers que j'ai toujours, mais que je n'ai jamais utilisé, elles sont dans de vieux dossiers dans la cave.

Je me déplaçais pour assister à l'enterrement de ce fils à 500 km de chez moi. Ce qui était une dépense conséquente pour moi mère célibataire, et une demande d'absence à mon employeur. Ma sœur ne m'adressa pas la parole, sinon pour le strict nécessaire. Malgré tout j’avais été surprise d'une telle indifférence de ma sœur à mon égard.

Donc depuis le début des années 1970 ma sœur et tout le reste de la famille avait décidé que j'étais une si mauvaise femme, de mauvaises mœurs, parce que prenant la pilule alors que j'étais célibataire, et que donc j'avais des rapports sexuels non approuvés par un maire et un curé et/ou une église quelconque.

Aux nouvelles générations et aux autres

Ainsi il faut instruire les jeunes générations que les fameuses années de la libération sexuelle des femmes, années 1960/1970, n'étaient pas aussi simples et joyeuses qu'il est imaginé ou dépeint.

Moi femme qui vécut ces "fameuses" années, je peux témoigner que, certes je vivais dans une joyeuse certitude que enfin nous étions égales. Mais loin de là.

Il y avait non seulement l'égalité sexuelle à acquérir, dissuader les garçons qu'ils seraient les seuls à ressentir des pulsions sexuelles, comme me l'enseigna ma propre mère, ce qui me perturba beaucoup pour de nombreuses années, alors que ces pulsions ne sont pas fonction du sexe mais de l'individu ; que les salaires étaient et restent toujours aussi inégaux ; les charges familiales et éducatives toujours sur les épaules de la majorité des femmes.

Cette odieuse et ignoble réaction de toute ma famille témoigne que la sexualité des femmes était réservée à l'état marital et uniquement dans le dessein de faire des enfants. Rien d'autres. Et peu importait que ce soit des musulmans, des protestants, des catholiques, des juifs, voire des athées.

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(1) il est mort depuis quelques années, pas ma sœur qui a 10,5 de plus que moi.

(2) méthode qui se base sur les dates des règles des femmes, et la température à prendre chaque matin.

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