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Billet de blog 7 mai 2014

L'histoire (11)

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À supposer, bien sûr, qu'il y ait une autre nuit. Car, lorsqu'ils pénètrent à nouveau, le lendemain, sur l'esplanade du Temple, ils y sont accueillis par un comité du sanhédrin, escorté plus ou moins discrètement de quelques gardes, en retrait sous un des portiques. C'est qu'ils sont venus aux aurores, à l'heure où les marchands installent leur commerce, ils ont mené leur enquête sur les événements de la veille, et sont remontés jusqu'à celui par qui tout avait commencé, lequel leur a évidemment donné sa version des faits. Et maintenant, ils veulent entendre ce que Yeshoua a à dire sur le sujet : de quel droit t'en es-tu pris à cet homme ? La prudence commanderait bien qu'il se défende en arguant la provocation de l'autre, mais ne serait-ce pas éviter le fond du débat ? Et puis, l'occasion est trop belle, ils sont le centre de l'attention de tous, il ne va pas laisser passer ça ! Et voilà comment ça a commencé à Yerushalaim. Yeshoua se lance dans la controverse, avec tout son savoir-faire en la matière. La foule converge vite pour ne rien perdre des échanges, dans le comité du sanhédrin figure un pharisien qui reconnaît immédiatement en lui, à sa façon de raisonner, aux arguments qu'il avance, un disciple de son parti, et devient son complice de fait, bref, il joue sur du velours. À un moment, un autre des membres du sanhédrin, un sadducéen, tente bien de faire signe aux gardes de venir l'arrêter, mais c'est trop tard, ceux-ci aussi se sont laissé emporter par l'assaut d'éloquence et font semblant de ne pas voir ou de ne pas comprendre. Quand il prend conscience que tout ceci ne le mènera pas à ses fins, et qu'au contraire il est en train de faire le jeu de Yeshoua en lui offrant un public et une audience imprévus, le comité rompt précipitamment la discussion et se retire.

Ayant dès lors le champ libre, Yeshoua en profite. Il déploie les thèmes qui lui tiennent à cœur, devant cet auditoire qui lui est plutôt favorable pour avoir défié l'autorité méprisée par tous. C'est la première de ses journées d'enseignement dans la capitale. Elle sera suivie d'autres : la nouvelle qu'un rabbi galiléen a défait le sanhédrin et livre un discours original circule vite parmi les pèlerins qui, chaque jour, se rendent alors au Temple en espérant l'entendre. Sur ce premier point, Yeshoua a gagné son pari. Il obtient effectivement, comme il l'avait escompté, d'élargir considérablement son public, de toucher des personnes d'origines diverses et nombreuses. Parmi celles-ci, il constatera que, conformément aussi à ses espoirs, celles qui viennent de la diaspora, ces gens qui vivent depuis plusieurs générations hors d'Israël, sont plus ouvertes et plus proches de comprendre ce dont il essaie de parler, de ce Dieu intérieur qui l'habite. Mais, et encore en accord avec ce qu'il n'avait pas osé espérer, personne non plus ne comprend vraiment. Mais cette fois, il le savait, il ne s'était pas bercé d'illusions, pas comme en Galilée. Peu importe, alors, il dispense, il répand, la parole, les mots, les idées, les images, qui feront leur vie et porteront peut-être leur fruit un jour.

Yeshoua est donc à son affaire, à sa place. Mais ce n'est pas le cas des disciples. Le monde qui vient pour l'écouter, c'est une bonne chose, mais on dirait qu'il ne pense pas à transformer tout ce potentiel en quelque chose d'utile. Il leur parle, il en sort même parfois des qui doivent siffler aux oreilles du sanhédrin, mais c'est tout, ça s'arrête là. Aucun mot d'ordre, aucune directive, pas de plan, pas l'ombre de l'esquisse d'un projet politique. Les disciples ne comprennent pas : ce n'est pas comme ça qu'on change le monde ! Il a gagné une bataille contre le sanhédrin, il ne doit pas s'en arrêter là, il n'a pas gagné la guerre... Ils font le tour des options qui s'offrent à eux. Les zélotes ? on les garde en réserve, il sera toujours temps de se rabattre sur cette solution, mais avant il y en a peut-être une autre qui vaudrait la peine d'être explorée : la facilité avec laquelle Yeshoua s'est tiré du comité qui leur avait été envoyé leur fait imaginer la possibilité d'une voie plus conventionnelle. Après tout, c'est le rôle principal de cet organe, décider de ce qui est orthodoxe et de ce qui ne l'est pas, c'est bien sur la base de ce principe qu'ils l'avaient envoyé, ce comité, et, s'il y a en Israël une instance qui puisse imposer la reconnaissance que Yeshoua est le Messie, c'est eux, le sanhédrin. C'est une procédure à laquelle ils n'avaient jamais pensé jusqu'à présent, tellement est détestable la réputation de cette assemblée, mais, en prenant des précautions, n'y aurait-il pas un moyen de... ?

De quoi exactement, ils ne savent pas. Quelles précautions, de quelles natures, ils ne savent pas non plus. C'est juste une idée, un sentiment, une vague intuition, qui trotte dans leur tête, autour de laquelle ils tournent et retournent, sans parvenir à rien de précis. Ce serait un tel coup d'éclat que de passer par la voie la plus légale qui puisse se concevoir ! Bien sûr, ça ne suffirait pas pour convaincre tout le monde que Yeshoua est le Messie, mais ce serait un avantage de taille, difficile à remettre en cause. Ils explorent donc le terrain de ce côté. Ils ne prennent pas encore de contacts officiels, ils ne formulent pas de requêtes, ils ne s'adressent même pas directement aux membres de l'assemblée, ils prennent seulement la température dans leur entourage, ne serait-ce que pour savoir déjà dans quelles dispositions ils se trouvent vis-à-vis de Yeshoua, s'il y aurait une chance qu'ils écoutent ce qu'il a à dire, qu'ils le laissent s'expliquer, ou si au contraire ils n'en ont rien à faire et que son sort, si jamais ils le tiennent en face d'eux, est plié d'avance. Mais les disciples sont bien de ces provinciaux rustauds que raillent volontiers les judéens, ils croient être discrets, ils ne se rendent pas compte un seul instant de la subtilité du jeu politique dans lequel ils ont mis le pied, du degré de ruse qui compose l'ordinaire de cet aréopage. Ce n'est pas leur monde, ils ne sont pas à leur place, leur démarche est repérée à cent lieues à la ronde, et ils vont se faire mener en bateau dans les grandes largeurs.

Le sanhédrin, en effet, en grande partie, se moque complètement de savoir si Yeshoua pourrait être le Messie ou pas. À côté de ceux qui ne croient même pas à grand chose de leur religion et qui ne sont là que pour des raisons très matérielles et terrestres, une grande majorité d'entre eux ne conçoit pas que le Messie pourrait ne pas être judéen. Les galiléens sont pour eux des mécréants à moitié païens, il n'y a rien qui puisse surgir de ce côté, tous leurs messies qui se manifestent régulièrement depuis chez eux ne sont que des terroristes ou de dangereux illuminés. Et enfin, ces notables judéens sont en relations étroites avec l'occupant, et savent bien qu'il n'y a aucune chance qu'ils puissent les chasser hors du territoire, ni à court, ni à moyen terme. Si, à la rigueur, les disciples étaient tombés par hasard dans l'orbite de l'un des quelques rares pharisiens 'convertis' par l'intermédiaire du "disciple que Yeshoua aimait", les choses auraient peut-être pu se passer autrement. Mais encore aurait-il fallu pour cela qu'ils n'aient pas, depuis toujours, boudé leur ancien collègue de chez Yehohanan ! ils paient donc là, eux aussi, leur tribut à cette concurrence ancestrale et soupçonneuse entre les deux régions, les anciens royaumes du nord et du sud. Car ces alliés de Yeshoua au sein de l'assemblée, dont on a bien compris où allait leur sympathie, vont évidemment être soigneusement tenus à l'écart de ce qui se trame. Non, en fait, les disciples n'ont rien trouvé de mieux que de s'avancer directement dans l'entourage du grand-prêtre, Kaiaphas, en plein dans le clan de Hanan, celui dont il sera dit dans les annales : "Malheur sur moi à cause de la maison de Hanan ! Ils sont grands prêtres, leurs fils sont trésoriers, leurs gendres administrateurs et leurs esclaves frappent le peuple à coups de bâton."

Source : dieu qui se cache (2) : L'histoire

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