Hellfest : perseverare diabolicum

Et je décidais de retourner au Hellfest. Armé de l’expérience de l’année 1. Dépucelé en quelque sorte.

Avec tous les enseignements, du style, ne pas se balader 3 jours en Converse histoire de ne pas se retrouver le 3ème jour avec la démarche d’un labrador en fin de vie. Boire de l’eau avec la bière le premier jour, histoire de ne pas se réveiller avec une barre dans le crâne. La base. Et ressortir la chemise hawaïenne, le détail qui permet à la bande de velus testostéronés de se repérer de loin au milieu des t shirts noirs à pentagrammes et têtes de boucs. A part ça, Citrate de bétaïne, Alka Seltzer et Doliprane dans le sac. Et diète de bière pendant le mois précédent pour se préparer à l’épreuve.

À la question de fond que certains se posent, à savoir, comment un garçon bien élevé peut aller s’encanailler dans un alter-monde où l’on ne boit pas que de l’eau en écoutant des sons que le Béotien qualifierait en vrac de musique de sauvages ? Le rock mainstream m’ennuie. J’en ai trop entendu. Dans l’absolu, le mainstream m’emmerde. Trop de radios au son pop-rock, ce qui en soit ne veut rien dire, dans la mesure où l’on mélange allègrement Calogero, Vianney, Sting et Dire Straits… Argh. À chacun son sale goût, je ne l’affirmerai jamais assez. Mais la pop molle façon Coldplay m’ennuie profondément. Tout comme le rock grandiloquent calibré stade de Muse.

Bien sûr, tout n’est pas au top au Hellfest. Premier constat, les têtes d’affiche vieillissent. Les groupes mythiques voire historiques du hard rock ou du metal ont des membres d’origine, confits dans le Jack Daniel’s et les substances qui frôlent les 70 ans. Les gros plans sur les écrans géants trahissent des ans l’irréparable outrage. Certes, la gestuelle est précise, les mecs ont du métier. Mais pour combien de temps encore ? Le rock est devenu ce machin antique qui n’attire plus les foules comme auparavant. Nombreux sont les festivals qui se revendiquent du « rock » tout en accordant une large part de l’affiche au hip hop, à l’électro, à la variétoche pop rock, soft rock, au folk dépressif, aux gloires éphémères, qui remplissent tant bien que mal les rangs d’un public familial… Le rock est peut-être mort. Il ne fait plus peur en tout cas. Il n’est qu’un genre musical comme un autre décliné en multiples sous-genres.

Mais focalisons-nous sur le Hellfest, qui est une expérience quasi-mystique. Même la deuxième fois. Les têtes d’affiche, donc. Passons sur la prestation de ZZ Top, efficace. Sans bavures. Sans jeu de scène ni contact avec le public. Les barbus mécaniques enquillent les tubes, font leur set, il faut bien gagner sa vie et justifier le cachet. Tu es content quand ils jouent La Grange. Parce que le titre est une légende à part entière et que tu sais que c’est bientôt la fin du concert. Sinon, on s’ennuie ferme. Saut bien sûr quand on va au concert entre une et deux fois par an et qu’on est content d’avoir enfin vu une légende. On pourrait faire un DJ set à la place. Pas d’impro, pas d'envolée lyrique, pas de prise de risque. Rien. Les guitares sont chic. Mais on n’est ni venu à un salon de l’instrument de musique ni au visionnage d’un clip. Kiss enchaine. Et là-aussi, le public jubile.

Kiss est une belle blague marketing qui dure depuis des années. La version acceptable du shock rock d’Alice Cooper à l’époque. Propre. Les Pat Boone ou Ricky Nelson du hard rock. Des personnages de cartoon. Sur un hard rock aux antipodes de la musique vénéneuse des dégénérés de Mötley Crüe quelques années plus tard, ou des voyous des Guns’n’Roses. 

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